Pour Noël, le Celtic Social Club vous offre une ballade irlandaise

Alors que leur troisième album vient de sortir au Royaume-Uni, le "celtic band" du niortais Manu Masko nous fait un joli cadeau de Noël avec "I'm free". Un magnifique clip en dessins animés qui clôture une année 2020 qui avait privé le groupe des scènes de concert.
On the road again ! Enfin presque... En attendant de retrouver la scène, le Celtic Social Club nous offre une ballade irlandaise
On the road again ! Enfin presque... En attendant de retrouver la scène, le Celtic Social Club nous offre une ballade irlandaise © Celtic Social Club
C'est une mélancolique et, somme toute, banale complainte d'un musicien irlandais qui visiblement a bien des choses à se faire pardonner. "Look at where we've ended up, you're angry and I'm sad." Apparemment, en Irlande aussi, les histoires d'amour finissent mal (en général). Elle est en colère et lui est triste. Sur le comptoir de son "local pub", il noie son chagrin dans le whisky. Dehors, évidemment, il pleut des chats et des chiens, comme ils disent outre-Manche. Alors, il met le contact de son combi Volkswagen et s'en va dans la nuit.

Voir le clip de The Celtic Social Club "I'm free"

"I'm Free", une complainte irlandaise pour fêter Noël

Une vraie Christmas Song

Les dessins en noir et blanc d'Andy Bolter (par ailleurs patron du label Kitchen Disco Record) vous plongent immédiatement dans cette humide ambiance insulaire et ces trop longues nuits glacées de Belfast. Une triste histoire donc et, pourtant, une mélodie qui réchauffe le coeur, comme un bon vieux feu de cheminée dans un fauteuil club au cuir élimé d'un cottage perdu avec un épagneul breton comme seul compagnon (et éventuellement un verre de whisky bien tourbé). Bref, une vraie Christmas Song, spécialité britannique s'il en est. "C'est Dan Donnelly, notre chanteur, qui a écrit ce morceau", explique Manu Masko, "visiblement, c'est en grande partie autobiographique..." On n'en saura pas plus. Pour le Celtic Social Club, en tout cas, c'est le quatrième single tiré de "From Babylon to Avalon", un troisième album sorti fin 2019, juste avant ce maudit confinement. "On a fait deux dates, les 7 et 8 mars, et, après, trente-cinq concerts ont été annulés dont une tournée en Angleterre", se désole le batteur niortais. 
Le Celtic Social Club a profité du confinement pour créer "125 Harlem", leur propre label
Le Celtic Social Club a profité du confinement pour créer "125 Harlem", leur propre label © Celtic Social Club

Le disque, on le fait vivre par le numérique. C'est un peu complexe, mais on essaye d'aller chercher les gens un peu différemment, d'où l'idée de ce clip, par exemple, imaginé pour la sortie de l'album en Angleterre. On a profité de cette période-là pour se structurer, élargir notre "fan base". On ne voulait pas rester passifs, faire des vidéos dans notre cuisine avec un pauvre néon et un son pourri. Chacun chez soi, on a enregistré des bouts de maquette et, dès que ça s'est un peu ouvert au mois de mai, on s'est retrouvé en studio. Douze nouveaux titres viennent de partir au mixage.

Manu Masko, fondateur du Celtic Social Club

Un nouvel album donc qui devrait sortir en juin prochain et, surtout, un nouveau label, "125 Harlem". "Les labels sont dans une situation catastrophique", constate Manu Masko, "alors autant maîtriser la totalité du bazar !". La 125ème rue à Harlem, l'adresse d'un studio d'enregistrement, c'est un peu là que tout a commencé pour le Celtic Social Club. Notre deux-sévrien était parti à New-York pour travailler avec Ariel Borujow, le producteur, entre autres, d'Eminem et de Madonna. Comme ça, vite fait. Il découvre là-bas le New Orleans Social Club, version blues du Buena Vista. Avec son compère Jean-Pierre Riou de Red Cardell, lui vient alors l'idée de ramener le concept en Bretagne. La formation quimpéroise était déjà montée sur scène pour un concert mémorable avec le Bagad de Kemper. Sur les traces d'un Dan Ar Braz, le Celtic Social Club se propose d'assumer des racines millénaires et de les mélanger avec des guitares électriques, des arrangements qui mixent rock, reggae, dub et tradition. 

Le projet, co-produit par David Fourrier de La Sirène à La Rochelle, fera l'objet d'un concert événement au festival des Vieilles Charrues en 2014. Trois albums et des centaines de concerts à travers le monde plus tard, le Celtic Social Club s'impose aujourd'hui comme un porte-étendard revendiqué de la culture celtique dans la world music.

On ne rallumera pas ici les vieilles querelles autour des concepts galvaudés de "bretonnité" ou de "celtitude". Finalement, il n'y a guère que les bretons qui, fort légitimement, s'intéressent aux disputes universitaires entre les tenants du "Cheval d'orgeuil" du bigouden Pêr-Jakez Heliaz et les "fils de plouc" léonards de Jean Rohou.

N'en reste pas moins que celui qui a eu la chance, un jour, de faire vibrer le plancher bois d'un fest-noz sur la transe lancinante d'un kan ha diskan des frères Morvan ou d'une Louise Ebrel reçoit sûrement d'une façon toute personnelle les ondes profondes envoyées par les uilleann pipes, la cornemuse irlandaise de Ronan le Bars ou le violon de Pierre Stéphan. Mais le Celtic, c'est plus que ça. Que ce soit sur ce dernier single "I'm Free" ou le précédent "Remember Joe Strummer", émouvant tribute au chanteur des Clash, le Celtic Social Club marche résolument sur les traces du légendaire combo punk, précurseur de cette ouverture musicale qui en a inspiré tant d'autres.

Voir le clip de The Celtic Social Club "Remember Joe Strummer"

"Remember Joe Strummer", en hommage au chanteur des Clash

On est plusieurs dans le groupe à considérer que les Clash, c'est un monument. Ils ont lancé des pistes avec plein de mélanges de musique comme sur "Sandinista". C'est un peu le début de la world music. Sans les Clash, il n'y aurait pas eu la Mano Negra, par exemple. On avait donc écrit ce morceau, mais la fin de la chanson ne marchait pas, un problème d'arrangement. J'ai donc été chercher une interview de Joe Strummer sur internet et je l'ai mixée. Son épouse a écouté le morceau et a tout de suite dit "faites en ce que vous voulez". On a alors passé un deal avec la fondation Strummer qui soutient des projets musicaux partout dans le monde et une partie des droits générés par ce titre leur est reversée.

Manu Masko, fondateur du Celtic Social Club

Inutile de préciser que les éminents membres de ce club pas du tout sélect et qui accueille tout le monde à bras ouvert a plus que hâte de retourner sur scène. Pas avant le printemps sûrement. En attendant donc, et pour célébrer quand même ce drôle de Noël 2020 en musique, installez-vous confortablement dans votre fauteuil, verre en main, et laissez-vous bercer par "I'm free", la ballade irlandaise qui réchauffe les coeurs.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
culture culture bretonne culture régionale musique concerts