Partout en Aquitaine, le "click and collect" sort les librairies du rouge

Ce lundi 4 mai, la librairie Mollat a retrouvé une activité avec un service de "click and collect". Après un mois difficile, de nombreux libraires aquitains ont pu développer ce drive qui permet de satisfaire les clients, tout en limitant les pertes.

Grâce au click and collect, les libraires indépendants retrouvent leur clients.
Grâce au click and collect, les libraires indépendants retrouvent leur clients. © Jessica Ruscello / Unsplash
Le 16 mars, le monde des livres s’est retrouvé en suspens. Après un mois d’avril sans revenu, certains libraires proposent désormais un drive, ou des services de livraisons. 
 

Cliquez, récupérez

Après une réouverture le 30 avril de son site internet, la librairie Mollat a ouvert un service de click and collect, ce lundi 4 mai. “Il a fallu qu’on s’organise en amont, et qu’on ait les autorisations nécessaires pour mettre ce service en place”, explique Mathilde Mollat. 

Aujourd’hui, près de 50 % des libraires aquitaines proposent désormais un service de click and collect. Le principe est simple : commander par mail ou directement en ligne les livres de son choix, puis les récupérer aux horaires indiquées.
 
Alors, pour faire face à la demande, les librairies se sont organisées. “Nous proposons de livrer directement à domicile via colissimo et un service de drive, à notre boutique”, détaille Mathilde Mollat. 

À Bergerac, en Dordogne, la Colline aux livres a pris les devants fin avril. “Dès que la législation s’est allégée, on a commencé à proposer certains livres à la vente, et développé le click and collect”, se souvient Baptiste Gros, le propriétaire de la librairie. 

Désormais il propose de récupérer ses commandes trois jours par semaine.“Nous avons prévu deux créneaux les mercredis et samedis matin, à l’heure du marché, pour éviter de multiplier les déplacements, ainsi que le vendredi après-midi, pour les parents occupés le matin”, explique Baptiste Gros. Même stratégie du côté des Pyrénées-Atlantiques : Le 5ème Art dispose une table à l'intérieur les mardis et vendredis, pour distribuer les commandes.
 

Maintenir le lien

Alors pour que leur clients ne se languissent pas trop, les librairies ont tenu à maintenir un lien via les réseaux sociaux. “Nous avons eu de vrais échanges avec nos clients grâce aux Mélimollat, des rendez-vous poétiques ou les rébusmollat ainsi que les questionnaires avec des auteurs”, énumère Mathilde Mollat. 

A Saint-Jean-de-Luz, la librairie "Le 5ème Art" propose régulièrement ses coups de coeur et des lectures sur sa page facebook. “Comme il n'y a plus de contact direct, les réseaux sociaux et la newsletter étaient le seul moyen de maintenir le lien avec nos clients. Avec cet aspect immédiat, des interactions se sont facilement mises en place”, explique Christelle Dierickx.
Même son de cloche du côté de la Dordogne, où Baptiste Gros a senti l’envie de ses clients de replonger dans les livres de sa librairie. “On a mis en place des lectures du confinement, une newsletter qui nous a permis de garder le contact. Nos clients sont  derrière nous et nous soutiennent”, se réjouit le propriétaire de la Colline aux livres. 
 

Grosses commandes

Et les commandes affluent. De Saint-Jean-de-Luz à Bordeaux en passant par Bergerac, les clients veulent soutenir leur librairie et achète en gros. “J’ai majoritairement de grosses commandes, pour les familles. C’est l’équivalent d’un gros samedi”, précise la propriétaire du 5ème Art. 

À Bergerac, Baptiste Gros et sa compagne n’arrêtent plus. “On a des journées de 8 heures, entre les commandes et le conseil aux clients qui n’ont pas de livre précis en tête”, explique le gérant. Et pour cause “au bout d’un mois, on a fait le tour des livres qu’on avait chez soi”, explique le libraire. 
“Il y a aussi beaucoup de soutiens de nos clients qui veulent à tout prix qu’on résiste à la crise et nous avons près de 50% de nouveaux clients avec les commandes”, constatent Baptiste Gros et Christelle Dierickx. 
Car au-delà de l’aspect financier, le drive “fait un bien fou au moral”. “On revoit nos clients, on échange avec eux”, explique Baptiste Gros.

Un véritable soutien que ressent également la propriétaire du 5ème Art. “Les clients sont heureux de participer à notre survie, on sent qu’il y a une vraie fidélité, ça fait chaud au coeur”, se réjouit-t-elle. 

Tenir pendant les prochains mois

Des commandes qui font du bien alors que le combat n’est pas encore terminé. “On a perdu près de 80 000€ en deux mois, c’est une somme extrêmement importante. Avec les commandes, nous gagnons environ 3000€ par semaine contre 10 000€ en temps normal. On perd du chiffre mais on engrange quand même, on dort un peu mieux”, détaille Baptiste Gros. 
Le syndicat de la librairie française estime qu’une librairie sur trois pourrait fermer dans les prochains mois à cause de la crise. Des fermetures à la fois liées au confinement mais aussi à des prévisions d'une reprise lente. “Nous ne pouvons pas prévoir avec précision la suite, mais pour l’instant, il n’est pas question de fermeture pour les librairies de Nouvelle-Aquitaine”, précise Marion Ségot, chargée de communication des librairies indépendantes de Nouvelle-Aquitaine, qui rappelle également qu'un fonds de solidarité a été mis en place par l'Etat pour aider, entre autres, les librairies indépendantes.

L’association rassemble plus de 110 librairies dans la région, et propose, depuis cinq ans, une plateforme pour que les clients puissent consulter les stocks de leur librairies locales. “C'était un moyen de maintenir le lien pour éviter une fuite des clients vers les grosses plateformes en ligne”, précise Marion Ségot. Et si le manque à gagner est généralisé à toutes les librairies, beaucoup d’entres elles parient désormais sur la saison estivale, avant la rentrée littéraire de septembre.


Et ça repart ! 

A une semaine de la fin du confinement pur et dur, dans les librairies, on réfléchit aussi à l’après. “Nous sommes en train d’étudier combien de personnes pourront rentrer à la fois dans le magasin. Ce qui est sûr, c’est que nous mettrons à disposition du gel hydroalcoolique et nous demanderons à nos clients de porter un masque”, assure Mathilde Mollat. Et si les rencontres à l’Espace Ausone restent suspendues, la petite-fille du fondateur de la librairie promet déjà une nouvelle formule.
Au 5ème art, comme pour les autres libraires, beaucoup de changements sont à prévoir pour respecter les règles de séciruté.
Au 5ème art, comme pour les autres libraires, beaucoup de changements sont à prévoir pour respecter les règles de séciruté. © Le 5ème art / Facebook

Mêmes préparatifs à Bergerac et Saint-Jean-de-Luz, où les deux libraires organisent désormais le retour des clients. Dans les deux boutiques, obligation de porter un masque et de se laver les mains à l’entrée. “Nous demandons aussi à nos clients d’éviter au maximum de toucher les livres”, explique le libraire de Bergerac. Des pratiques qui vont un peu bousculer les habitudes, même si "c'est difficile de ne pas flâner dans une librairie", sourit Baptiste Gros.

A Bergerac, la Colline aux livres s’est également vu offrir des visières par la mairie et des masques pour les employés confectionnés par “les mamies du coin”. “Nous avions mis nos salariés au chômage technique mais ils vont revenir dès l’ouverture, avec toutes les protections nécessaires”, détaille le propriétaire.
 

Et des nouveautés

Pour éviter un afflux dès l’ouverture, Baptiste Gros a également décidé de prolonger le drive et les livraisons tout au long du mois de mai, en particulier pour les personnes à risque.
Sur la côte basque, Christielle Dierickx est aussi sur le pont. “Nous allons contrôler le nombre de clients à l’intérieur du magasin pour essayer de respecter les distances. J’ai également prévu un petit stock de masques, pour ceux qui auraient oublié le leur”, glisse la gérante du 5ème Art. Sa librairie n’ouvrira d’abord que du mardi au samedi avant d’élargir ses horaires. 

“Nous avons également décidé de prendre un virage vert : les sacs papier seront remplacés par des sacs en tissu et je vais concentrer les approvisionnements à un ou deux par semaine. Cette crise nous a aussi fait prendre conscience qu'il était urgent de changer nos habitudes pour préserver notre planète”, assure Christelle Dierickx. Positiver semble donc être le maître mot des libraires, pour que jamais, la littérature ne s’arrête.

 
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