Pour abreuver les animaux sauvages des chasseurs remplissent les mares asséchées

Dans la forêt de Chizé, des chasseurs viennent au secours des animaux sauvages victimes de la sécheresse. Toutes les semaines, ils se relaient pour remplir les mares asséchées de la forêt grâce à leur citerne. Une intervention humaine indispensable à leurs yeux.

Les vannes s’ouvrent. Près de 2 500 litres d’eau, issus de forages privés, s’écoulent abondamment de la citerne, vers un point d’eau asséché de la forêt de Chizé. Chaque semaine depuis le mois d’avril dernier, des chasseurs alimentent en eau quelques mares de la forêt, dont les niveaux ne cessent de baisser. "Cette eau est indispensable pour tous les animaux : les sangliers, les chevreuils, les oiseaux et même des petites bestioles comme les libellules et les papillons", soutient Joël Chenu, chasseur à Chizé.

Pour cet homme qui se définit comme un amoureux de la nature, cette intervention humaine est absolument primordiale pour la préservation de l’écosystème du territoire. "Tous les points d’eau sont secs. Les oiseaux ne savent plus où aller boire et ça dérègle la chaîne alimentaire."

Sélection naturelle

Depuis cinq ans, les chasseurs de Chizé remplissent les mares asséchées de la forêt, l’une après l’autre. Pour l'un de ces points d'eau, près de 20 000 litres ont déjà été apportés en 2022. "On a commencé les remplissages très tôt cette année. Je n’avais jamais vu les mares dans un état pareil. Le problème c’est que l’été, il n’y a plus aucun point d’eau à des kilomètres à la ronde", ajoute Joël Chenu. Au total, les deux hommes maintiennent un niveau d’eau suffisant pour abreuver les animaux sauvages sur une vingtaine de points. Un travail colossal, mais aussi une énième intervention humaine auprès d’une nature bouleversée par les changements climatiques.

"C’est une solution compréhensible, mais forcément transitoire, explique Charles-André Bost, directeur de recherche au CNRS. La situation est assez extrême, la faune et la flore souffrent de ces périodes de sécheresse et les changements climatiques sont très rapides." Trop rapides pour permettre aux espèces de s’adapter immédiatement, en particulier dans un massif forestier où il n’y a pas de mares permanentes naturelles.

Le chercheur préfère cependant être honnête : ces apports humains ne pourront pas durer éternellement et la sélection naturelle finira par réguler la biodiversité du territoire. "Certaines espèces vont disparaître, au profit d’autres qui se montreront plus résistantes à la chaleur et la sécheresse. C’est un passage obligatoire pour l’adaptation de l’écosystème."

C’est une solution utile, mais elle ne pourra pas durer éternellement.

Charles-André Bost, directeur de recherches au CEBC - CNRS à Chizé

En attendant que la nature reprenne la main, le scientifique ne voit pas d’un mauvais œil ces apports d’eau hebdomadaires. Cet espace naturel doit de toute façon être suivi et protégé. "La forêt de Chizé est un réservoir de biodiversité ancré dans une vaste plaine céréalière et un des derniers bastions de cette biodiversité dans un territoire profondément modifié par les pratiques agricoles", souligne-t-il. Ce n’est donc ni la première, ni la dernière fois que l’Homme influence son environnement dans le territoire.

La flore est aussi touchée

Plus loin, sur les plaines, la flore aussi peine à sortir de terre. La sécheresse récente a perturbé les semis. Plantées par les chasseurs du territoire, des cultures servent d’habitude de garde-manger et d’abris à la petite faune sauvage, comme les oiseaux ou les rongeurs. Mais cette année, la végétation est restée au ras du sol et cette dizaine de centimètres en moins a des conséquences sur le développement de la biodiversité.

"Beaucoup d’animaux se retrouvent exposés aux prédateurs car ils n’ont plus la possibilité de se camoufler sous les feuilles", constate amèrement Michel Brunet, administrateur à la Fédération des chasseurs des Deux-Sèvres. A cause de ces plantes restées à l’état végétatif, la petite faune manque de nourriture et souffre d’autant plus du réchauffement climatique. "Certaines espèces, comme les cailles, vont migrer vers leur pays d’origine. On dénombre moins d’oiseaux en période de canicule."

Un souci pour ces chasseurs, dont le but est d’aider à l’installation d’une population suffisante d’oiseaux sauvages. "Les prélèvements ne doivent pas interférer avec le développement des espèces", rappelle Michel Brunet. Alors, pour permettre la pratique de la chasse, la bonne santé de la biodiversité est au cœur des préoccupations.

"L’idéal serait d’avoir de l’humidité pour accompagner ces hausses des températures, espère l’administrateur à la Fédération des chasseurs. Ça aide à l’éclosion des œufs et au développement des insectes pour nourrir la faune juvénile." Si la chaleur est bien présente en France depuis le début de la saison estivale, les orages, eux, se font désespérément attendre.

Carte. Chizé (79)

Reportage d'Alain Darrigrand et Eléa Tymen