Ferroutage Bayonne-Cherbourg : “une excellente nouvelle“ mais qui concerne ”mois de 10% du trafic de camions sur l'A63”

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La compagnie maritime française Brittany Ferries a annoncé mercredi le lancement en avril 2021 d'une ligne de ferroutage entre le port de Cherbourg (Manche) et Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), permettant le transport par rail de remorques de poids lourds jusqu'à la frontière espagnole.

Par C.O avec AFP


    La compagnie entend faire rouler un train par jour dans chaque sens entre des terminaux multimodaux à aménager à Cherbourg d'une part (en correspondance avec les ferries pour l'Angleterre et l'Irlande) et à Mouguerre, près de Bayonne, d'autre part.

    "Après la période de montée en charge, ce sont environ 20.000 remorques qui pourront être acheminées chaque année depuis/vers le port de Cherbourg, soit l'équivalent du volume Angleterre actuellement traité sur Cherbourg", a indiqué la compagnie bretonne dans un communiqué.


    "Brittany Ferries après avoir pris la mer va prendre le rail!", a déclaré son président Jean-Marc Roué. "Le Brexit est consommé, le besoin de renforcer les échanges nord-sud s'impose. Relier l'Espagne au Royaume-Uni et (à) l'île d'Irlande en associant la route, le rail et le transport maritime s'inscrit dans la transition énergétique et responsable de notre entreprise", a-t-il souligné, cité dans le communiqué.

    Ports de Normandie (le gestionnaire public des ports de Caen-Ouistreham, Cherbourg et Dieppe) doit aménager le terminal de Cherbourg pour un coût de 7 millions d'euros, financés par la région Normandie, le département de la Manche, la communauté d'agglomération du Cotentin et l'Europe.

    L'investissement pour Brittany Ferry est" supérieur à 30 millions d'euros" pour l'acquisition de wagons auprès de la société alsacienne Lohr et la construction du terminal intermodal de Mouguerre, selon le communiqué.


Une annonce applaudie 

"C'est une excellente nouvelle, J’applaudis des deux mains", s'exclame Renaud Lagrave vice-président de la Région Nouvelle-Aquitaine, chargé des Infrastructures, des Transports et de la mobilité.

"C’est un exemple qu’il faut suivre, ça fait partie des dispositifs que la Région a décidé de soutenir".

 

Du côté de l'organisation des PME du transport routier (OTRE), même son de cloche. "On est dans la pertinence, il y a complémentarité entre ferroutage et le transport de poids lourds", se réjouit Caroline Augé, représentante régionale de l'organisation OTRE".

"Cette complémentarité peut se faire avec remorques mises dans un train à Bayonne et livrées après en Angleterre, nous en tant que transporteurs on est pour, il n'y a de souci".

"La Région va intervenir pour faire en sorte que le réseau soit le mieux possible pour accueillir du fret", explique Renaud Lagrave. "On met 512 millions d’euros (voté le 10 avril 2019) pour rénover le réseau et cela profitera, entre autres, à ce ferroutage. Par exemple en ce moment il y a des travaux en Nouvelle-Aquitaine qui potentiellement vont servir au fret. Le réseau TER et de fret sera utilisé, pas le réseau LGV. On s’appuiera sur l’existant. Il faudra peut-être de nouveaux rails au sud de Bordeaux car ligne est potentiellement saturée".
 

Attention aux coûts et délais de transport

Des modes de transport complémentaires mais aussi très concurrentiels. On pourra toujours mettre en avant les enjeux climatiques, si les entreprises n'ont pas les moyens de financer le ferroutage ce sera un échec. "C'est le client qui va décider", tranche Caroline Augé, "nous nous ne sommes que des prestataires de service". "Il faut un service opérationnel et de qualité basé sur trois points : couts, délais, et horaires souples. Si on arrive à fonctionner sur ces trois axes ça fonctionnera. La Suisse y arrive. Pays plus petit, mais nous, sur des marchandises qui ne font que traverser la France, c’est une vraie solution". En revanche si les prix sont trop élevés ou que les délais se rallongent, on sent bien que ça ne passera pas.

"Beaucoup de de clients (selon la marchandise) sont prêts à essayer, mais si ça leur coute plus cher et qu’il y a des pannes, ou trop de délais, très vite ils seront découragés".

"Les clients les plus tatillons sont ceux qui font du frais, ou ceux vendant de la marchandise à haute valeur ajoutée comme des pièces mécaniques pour les usine". Ceux-ci sont à flux tendu car il y a derrière toute une chaine de fabrication. 


Seulement 10% du trafic de poids lourds sur l'A63

C'est la question que tous les néo-aquitains se posent. Est-ce-que cela aura une incidence sur le trafic de poids lourds dans la région, notamment sur l'A63. Que deviendra cette longue file continue sur cet axe bien souvent saturé ? "Au total, 8000 poids lourds circulent chaque jour sur l’A63, 80% sont des poids étrangers", explique Caroline Augé de l'OTRE. "Beaucoup viennent d'Espagne, du Portugal et des pays de l'est". Mais ils sont peu à se rendre en Grande Bretagne ou à en venir. "Je pense que cela représente moins de 10% du trafic sur l’A63, mais cela va en augmentant", analyse Caroline Augé. "C'est peut-être pas énorme aujourd'hui mais on donne un signal clair pour dire que c'est possible avec d'autres ports comme celui de Rotterdam, ou en Allemagne, en Italie", contre balance Renaud Lagrave.

"On fait passer un message alors que ce thème avait été largement abandonné ces dernières années. L’idée c’est de démarrer avec quelque chose".

L'OTRE aussi veut voir plus loin que les faibles répercussions aujourd'hui sur le trafic des poids lourds dans notre région. "Le commerce entre les iles britanniques et Espagne est à la hausse. Le Brexit va contraindre cette hausse dès 2021 c'est vrai .Mais si il n'y a pas d’accord avec le Brexit les délais de passage routiers aux douanes vont augmenter, les taxes aussi. Pour contrer ce flux de poids lourd qui va attendre à la frontière, on gagnera du temps en mettant les remorques sur un train qui partira plus vite".
 

Impact économique local ?

Les transporteurs routiers de la région, seront toujours sollicités. Ils ne réalisent en effet que très peu de trajets à l'international. "On dénombre 1900 entreprise spécialisées dans le transport routier de marchandises. Elles ne sont pas menacées du tout car elles font du transport régional, national, voire frontalier". Serait-ce même un changement dont ils pourraient tirer profit ?

"C’est un plus car on arrivera à une autre forme de transport qui sera un transport de proximité, car il faudra amener la marchandise au point de départ et la prendre en charge à l’arrivée".

"A voir si c’est ce sont des entreprise françaises ou espagnoles qui prendront en charge ce transport de proximité autour de Mouguerre", s'interroge Caroline Augé.
La Région de son côté sera très vigilante sur un point : l'information aux entreprises locales. Elle a déjà rencontré des représentants de Brittany Ferries. "On va être amenés à se revoir dans pas longtemps, et nous ce qui nous importe c'est qu’il puisse y avoir un maximum d’informations apportées aux entreprises du territoire pour qu'elles sachent que ça existe et voir si ça pourrait les intéresser.
 

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