Le Pays basque, une étape périlleuse sur la route des migrants

De nombreux migrants sont morts au Pays basque ces derniers mois. Venus d'Afrique, transitant par l'Espagne, puis le Pays basque, ils tentent de rejoindre le nord de la France ou de l'Europe, mettant parfois leur vie en danger.

Trois hommes ont péri, fauchés par un train. Un quatrième, grièvement blessé, a été transporté au centre hospitalier de la Côte basque, à Bayonne. Tous, selon le procureur de la République, étaient originaires d'Algérie, et arrivaient au Pays basque après avoir traversé l'Espagne. 

Les militants dénoncent une "intensification des contrôles"

Un terrible bilan humain, qui illustre une réalité difficile à accepter, celle d'hommes et de femmes prêts à prendre des risques insensés pour rejoindre un pays européen.  "Ce drame n'est malheureusement, ni le premier, ni le dernier, relève Laurence Hardouin, avocate au barreau de Bayonne, qui souligne une "problématique récurrente depuis des années".

Mettre des barrières, des frontières, des murs ou des barricades n'empêchera pas le parcours migratoire. Toutes ces personnes arrivent à passer en Europe, dans des conditions périlleuses. Et alors qu'on est à six mois de l'élection présidentielle, la politique migratoire est le sujet que tous les politiques utilisent à tort et à travers pour faire peur (...), et les contrôles s'intensifient. 

 

Ces contrôles s'intensifiant, ces personnes qui, au péril de leur vie ont tout tenté, n'ont aucune envie d'être arrêtées. Et ce qui s'est passé hier soir, n'est que la conséquence d'une politique inhumaine qui amène des gens à mourir en Europe. 

Laurence Hardouin, avocate

 

 

Six décès en quelques mois

Depuis quelques années, le Pays basque est devenu une des principales portes d'entrée en France pour les personnes exilées, venues de toute l'Afrique. Depuis 2018 , ils seraient plus de 25 000 à avoir transité par Bayonne, estiment les associations locales. Si certains tentent la traversée par les Alpes, depuis l'Italie, de nuit, dans un froid glacial, d'autres optent pour une arrivée via les Canaries, puis l'Espagne. Un défi tout aussi risqué. A l'été, un jeune Ivoirien de 22 ans puis un Guinéen de 18 ans sont morts en tentant de traverser à la nage la Bidassoa, le fleuve séparant l'Espagne de la France. Déjà de nombreuses associations dénonçaient une politique trop répressive et tiraient la sonnette d'alarme. 

" On arrive quand même à un décompte de six décès depuis le mois de mai au Pays basque, en Espagne et en France. Il n'est pas possible qu'en 2021, des personnes meurent sur le territoire français, parce qu'ils recherchent un avenir meilleur", s'indigne Amaïa Fontan.
La porte parole de l'association Etorkinekin réclame la mise en place d'un parcours sécurisé pour les migrants, '"qu'ils puissent passer la frontière sans être harcelés et contrôlés par la police, se reposer dans des haltes, et se rendre à, leur destination finale qui peut être Nantes ou Paris". 

Un enjeu politique

A l'instar d'Etorkinekin, de nombreuses associations et citoyens basques se sont emparés à bras le corps de la question migratoire, et veulent faire valoir la solidarité. Et la question ne peut plus être ignorée des politiques. A Bayonne, le centre Pausa, qui accueille pour quelques jours les exilés en transit, est géré par la communauté du Pays basque et bénéficie d'investissements réalisés par la mairie de Bayonne.

Le député de la sixième circonscription des Pyrénées-Atlantiques, Vincent Bru (Modem), se dit tout à fait conscient des tragédies qui peuvent se nouer sur son territoire. "Ces drames humains sont révélateurs de la pauvreté, ils touchent des personnes dans une immense misère, dont le seul salut consiste en un départ vers l'Europe, note-t-il. Ils sont prêts à quitter leur famille, leur pays, leurs amis... Ils n'ont aucun espoir, et sont prêts à prendre des risques ahurissants "

Pour le député, la seule réponse efficace ne peut avoir lieu qu'en amont. Et elle impliquerait une coopération entre les pays d'accueil et les pays d'origines des migrants. "On ne peut pas se cantonner à tenter de le traiter localement, et on ne peut pas non plus, sauf dans le cas d'une migration économique, ouvrir grand les portes sans créer un appel d'air. "

La solution doit être globale. Il faut agir au niveau européen pour porter de l'aide à ces états. On n'arrivera jamais à résoudre le problème de l'immigration sans passer par des échanges bilatéraux entre la France et les autres états 

Vincent Bru, député 6e circonscription des Pyrénées-Atlantiques

 

"Un meilleur accueil des migrant•es passe par un changement radical de la position hexagonale dans la politique de gestion des frontières et de migration", estime de son côté le parti de gauche abertzale Eh bai, dans un communiqué. (...)  Il est temps d’avoir une vraie politique d’accueil des migrant.es.Le Pays basque ne peut pas être un cimetière mais doit continuer à être une terre d’accueil."

Un rassemblement est prévu ce mercredi 13 octobre à la gare de Saint-Jean-de-Luz en mémoire des trois personnes disparues. 

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