Pays Basque : A Espelette, l’utilisation de la marque Ezpela fait polémique

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Écrit par Thibault Grouhel
Le piment d'Espelette au cœur de la polémique au Pays basque
Le piment d'Espelette au cœur de la polémique au Pays basque © France 3 Euskal Herri

Au printemps 2021, le gérant du groupe Exte Peio a déposé la marque Ezpela auprès de l’INPI, réclamant son exclusivité. Un geste mal passé auprès des habitants et des autres exploitants, qui a provoqué de vives tensions. Pierre Giudicelli de Mercury, à l’origine de la polémique, tente désormais de l'apaiser.

Se dirige-t-on vers une sortie de crise à Espelette ? Depuis quelques semaines, le conflit est ouvert entre les différents exploitants de la marque Ezpela, symbole du village connu pour son fameux piment. Pierre Giudicelli de Mercury, à l’origine de cette passe d’armes, veut y mettre un terme.

Tout a commencé au printemps 2021. Le gérant du groupe Exte Peio dépose auprès de l’INPI (Institut National de la Propriété Industrielle) la marque Ezpela pour une centaine de produits, dans le but d’obtenir l’exclusivité de cette appellation et ainsi empêcher ses concurrents de s’en réclamer.

Un courrier d’un cabinet d’avocats nous interdit d’utiliser cette dénomination, alors que notre entreprise s’appelle Ezpela depuis 20 ans.

Ramuntxo Lekuona, gérant de l'EARL Ezpela

Une manoeuvre passée inaperçue jusqu’à cet automne, et un courrier reçu par Ramuntxo Lekuona, exploitant agricole et utilisateur de ce même nom. “On n’a jamais rencontré ce monsieur, on n’a eu de sa part qu’un courrier d’un cabinet d’avocats nous interdisant d’utiliser cette dénomination, alors que notre entreprise s’appelle Ezpela depuis 20 ans, regrette le gérant de l’EARL éponyme. Il s’est ensuite permis d’envoyer via un huissier une lettre pour constater le fait qu’on utilisait Ezpela. C’était une manière de verrouiller totalement l’utilisation de cette marque, et c’est quelque chose que l’on n’admet pas, vu notre antériorité et la proximité géographique de ses affaires.” A Espelette, les deux magasins ne sont distants que de 200 mètres l’un de l’autre.

Pierre Giudicelli de Mercury, gérant du groupe Exte Peio et propriétaire de la conserverie Accoceberry, s’en défend aussitôt. “Cela fait 18 ans que la marque Ezpela existe, depuis qu’elle a été déposée par Pierre Accoceberry le 11 décembre 2003. A cette époque, cela n’avait provoqué aucune réaction, ni par les associations, ni par les habitants de la commune, indique-t-il. En 2019, la maison Kukulu a déposé la marque sur la catégorie fromage, et personne n’a rien dit. Je n’ai fait que continuer ce qui avait été créé dans l’entreprise Accoceberry que j’ai reprise en septembre 2019.”

Le piment de la discorde

Une appropriation qui passe mal dans le village, au point qu’un tag “Ezpela ez da salgai" (Ezpela n'est pas à vendre) a été inscrit sur la devanture de la boutique Etxe Peio, et que des insultes fusent sur les réseaux sociaux. “Je l’ai très mal vécu, avoue le propriétaire de l’entreprise. J’ai trouvé ces attaques injustes et beaucoup d’éléments étaient erronés. Cela a pris une ampleur que je déplore, par des personnes qui ne connaissent pas le fonctionnement de l’entreprise, ses valeurs et ma vision des choses. Ces actes ont été faits de manière trop agressive.” Pierre Giudicelli de Mercury dit d’ailleurs avoir porté plainte en raison de ces dégradations.

Pas de quoi faire reculer les autres utilisateurs de la marque pour autant. “Nous n'allons rien changer, nous allons continuer à utiliser le terme Ezpela, affirme Ramuntxo Lekuona. Ce que l’on demande clairement, c’est qu’il renonce à l'enregistrement d’Ezpela en tant que marque auprès de l’INPI.”

Une demande finalement entendue par Pierre Giudicelli de Mercury. Ce mercredi, il a annoncé avoir envoyé un courrier à l’association culturelle Ezpela, afin de lui faire don du dépôt de la marque : “Ce n’est pas un pas en arrière, puisque je ne cède pas mon droit de marque au profit d’une autre société commerciale. Même si je suis complètement légitime à détenir la marque Ezpela, je préfère en faire don à l’association afin qu’elle puisse préserver ses droits d’utilisation. Je trouve cela honorable que ce soit l’association qui porte ce nom depuis des dizaines d’années qui en utilise les droits.” Après la tempête, le calme semble être revenu à Espelette.

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