Pollution aux micro-billes de plastique : l'inquiétude monte sur les plages de la côte atlantique

Alors que des millions de micro-billes de plastique, tombées d'un bateau, envahissent les plages du nord-ouest de l'Espagne et font polémique, des élus et des associations du Pays Basque suivent de près la situation.

Avec des passoires ou des tamis, des bénévoles tentent depuis des jours de ramasser des millions de micro-billes de plastique, échouées sur des plages de Galice et des Asturies au nord-ouest de l'Espagne.

Ces petites billes blanches déferlent sur la côte depuis la chute en mer, le 8 décembre, de six conteneurs tombés d'un porte-conteneurs.

Selon le géant danois du transport maritime Maersk, à qui appartenaient ces conteneurs, l'un d'entre eux contenait des sacs remplis de granulés de plastique destinés notamment à la production de bouteilles.

Des actions de "nettoyage citoyen" sont organisées par des organisations comme Écologistes en action. Mais la taille de "ces petites billes de 5 mm de diamètre les rendent très difficiles à récupérer une fois mélangées au sable", a indiqué l'ONG.

Dans cette région d'Espagne encore traumatisée par la marée noire provoquée en 2002 par le naufrage du pétrolier Prestige, la pollution de plastique émeut la population et a provoqué une tempête politique. Le gouvernement accuse la région, d'avoir trop tardé à demander l'aide de l'État.

Surveillance au Pays-Basque

À 700 kilomètres de là, dans les Pyrénées-Atlantiques, la situation est regardée de près au Pays-Basque.

La communauté d'agglomération (CAPB) a indiqué, mercredi 10 janvier, qu'une "cellule de suivi" avait été mise en place. "C'est un nouveau drame et tout le monde est en attente", assure Martine Bisauta, vice-présidente en charge de la transition écologique et énergétique. 

"Des échanges ont eu lieu avec les cabinets d’Arantxa Tapia, ministre de l’Économie et de l’Environnement du Gouvernement basque et d’Eider Mendoza, députée générale du Gipuzcoa pour garantir une parfaite collaboration et la meilleure réactivité sur ce dossier", précise la collectivité.

Les premières simulations montrent que les conditions océano-météorologiques sont favorables : les particules ne sont pas présentes sur le littoral basque pour l’instant.

Communauté d'agglomération du Pays-Basque

Un laboratoire du pays-basque espagnol a été missionné par le gouvernement basque pour anticiper l’arrivée éventuelle de granulés plastique sur le littoral. Il est en lien avec un laboratoire français et avec "Intecmar", la cellule de crise mobilisée en Galice.

"Larmes de sirène"

L'organisation internationale Surfrider Foundation n'a pas vu non plus de trace des micro-billes échouées en Espagne, mais connaît bien ce type de pollution dans l'océan et sur terre. "Il y a des sacs tombés de bateaux et aussi des pertes de granulés tout au long de la chaîne de production et de transformation", selon Lucie Leteurtre, chargée de communication. 

"On se bat depuis dix ans contre ça. Ces pollutions de microplastiques contaminent l'ensemble des réseaux trophiques (ndlr : l'ensemble des relations alimentaires entre espèces au sein d'un écosystème)", explique Cristina Barreau, coordinatrice du programme sur les déchets aquatiques au sein de l'association. "On a donc une pollution plastique et aussi chimique et on a peur que cela contamine durablement tout le littoral du golfe de Gascogne".

Les animaux, même les plus petits, vont les ingérer, ce qui cause la mort. Ces granulés agissent comme des éponges : les contaminants chimiques présents dans l'environnement se fixent dessus.

Cristina Barreau

coordinatrice du programme sur les déchets aquatiques Surfrider Foundation

L'ONG appelle à des réglementations strictes au niveau européen. "On demande une règlementation de cette activité industrielle pour que toute la chaîne de valeur plastique soit impliquée. Que les sacs de micro-billes soient des marchandises dangereuses", conclut Cristina Barreau. En octobre dernier, une proposition législative a été réalisée en ce sens. "On souhaite que cette proposition soit encore plus musclée", ajoute Cristina Barreau.

Jusqu'à 167 000 tonnes de micro-billes plastiques s'échappent chaque année dans la nature en Europe, selon une estimation réalisée pour la Commission européenne en 2018. Ces granulés, parfois appelés "larmes de sirène", avaient notamment déferlé en masse, il y a environ un an, sur les côtes de l'ouest de la France.