Béarn : qui est donc l'ours de la station de ski d'Artouste ?

Mais qui est donc l'ours qui se promène sur le domaine skiable d'Artouste ? France 3 Pau Sud Aquitaine révèle que des empreintes d'un plantigrade ont été observées sur la station de ski béarnaise, le 17 mars. L'analyse des photographies, par la communauté scientifique, livre une mine d'information.
Empreinte d'un ours, probablement Rodri, qui a été observé sur le lieu dit du "Soussouéou", sur le domaine skiable d'Artouste (Laruns 64), le 17 mars 2020
Empreinte d'un ours, probablement Rodri, qui a été observé sur le lieu dit du "Soussouéou", sur le domaine skiable d'Artouste (Laruns 64), le 17 mars 2020 © Christophe Soulé
Ce mardi 17 mars est une journée très particulière pour les équipes de la station de ski d'Artouste, située sur la commune de Laruns dans les Pyrénées-Atlantiques.
Il faut faire vite. Le confinement a été annoncé la veille par Emmanuel Macron et il doit commencer à 12 heures.
Alors, à Artouste, tout le monde est sur le pont pour terminer le démontage : ramasser les jalons et ranger tous les équipements.
Tous les employés sont mobilisés. Parmi eux, Christophe Soulé, pisteur secouriste. Christophe, accompagné d'un petit groupe de collègue, est sur le secteur du Soussouéou. Le Soussouéou, une vallée au décor magique et envoûtant. Il a neigé dans la nuit, les Pyrénées sont recouvertes d'un magnifique duvet blanc. Le petit groupe, qui sait qu'il sera confiné dans quelques heures, profite de chaque instant.
 
Au sol, la neige est fraîche. Christophe Soulé se trouve sur la piste bleue du " Grand Coq ". Une référence au grand tétras, ou grand coq de bruyère. Gros gallinacé vivant en montagne dans les forêts et présent dans les Pyrénées. Cette piste bleue est une très longue piste qui traverse une forêt de sapin dominée par un col qui porte, pour l'occasion, bien son nom : le col de l'ours.
Le pisteur, observe que les traces d’animaux sont nombreuses. " C'est habituel. C'est un endroit sauvage. Il y a toujours beaucoup de traces d'animaux." nous confie t-il. Soudain, il tombe nez à nez sur des empreintes tout à fait singulières. Ce sont bien des pattes d'ours !

Nous avons suivi les traces et très vite elles partaient dans un endroit sauvage, totalement inaccessible.
Christophe Soulé, Pisteur secouriste à Artouste  



Le pisteur photographie alors les marques avec une référence : sa botte de ski. Il prend une série de photos.
 
Photo 1
Photo 1 © Christophe Soulé
Photo  2
Photo 2 © Christophe Soulé
Photo 3
Photo 3 © Christophe Soulé
Photo 4
Photo 4 © Christophe Soulé
Photo 5
Photo 5 © Christophe Soulé
Photo 6
Photo 6 © Christophe Soulé

La taille d’un beau mâle adulte

À son retour, il partage son expérience avec une amie. La photo est envoyée à l’un des spécialistes des ours en Béarn : Gérard Caussimont. Ce naturaliste est président du Fonds d'Intervention Eco-Pastoral Groupe ours (FIEP), basé à Pau. Et ça tombe bien car avec le confinement, Gérard Caussimont a un peu de temps pour analyser, étudier, scruter le cliché. 

C’est vraiment une très très belle empreinte. Une belle photo !  

À la réception du document, Gérard Caussimont, est extrêmement satisfait. « Grâce à la taille de la chaussure, 31, 5 cm, j’ai pu reconstituer les dimensions de cet animal. La première trace en bas de la photo, c’est une patte arrière. La largeur de la paume fait 13 cm et 20,5 cm de long ». Pour le naturaliste, il n’y a pas de place au doute c’est bien « la taille d’un beau mâle adulte ».

A partir de cette photo, que l’on nous a envoyée et après vérification des informations, il est possible de recouper et de confirmer un ensemble d’éléments très précieux sur l’activité actuelle des ours en Béarn et dans les Pyrénées occidentales. 
Gérard Caussimont, Président du Fonds d'Intervention Eco-Pastoral

Cette satisfaction est partagée par tous ceux qui accompagnent et suivent de près le dossier de l’ours dans les Pyrénées. Pour toute la communauté, cette photo est aussi porteuse de bonnes nouvelles.
 

 

Un lieu de passage historique

Pour le scientifique ce n'est pas une surprise de constater des traces d'ours sur ce secteur du Soussouéou.

C'est un lieu de passage historique. A une époque, avant que la station de ski ne soit construite, dans les années 50-60, il y avait même des ours à demeure. Et avec la diminution de l'activité sur la station juste avant le confinement, je ne suis pas surpris. Cet ours devait être de passage. La nuit ils se déplacent beaucoup à la recherche de nourriture. Les anciens ont nommé le col qui surplombe : le col de l'ours. Ce n'est pas un hasard.
Gérard Caussimont, Président du Fonds d'Intervention Eco-Pastoral

Mais qui est donc cet ours ?

Quant à la patte avant. Là aussi, la qualité, de la photo permet une observation précise. « La paume de la patte avant fait 11 cm, ce qui est est légèrement inférieure à celle de l’ours Néré. » Indice supplémentaire, Néré a été observé, au même moment en Espagne, en vallée de Hecho, Aragon. Pour Gérard Caussimont, ce n’est donc pas Néré.

 
Empreinte de la patte de l'ours Rodri (probablement), prise le 17 mars sur la commune de Laruns en Béarn
Empreinte de la patte de l'ours Rodri (probablement), prise le 17 mars sur la commune de Laruns en Béarn © Christophe Soulé


Il faut savoir que Néré, c’est une bête très imposante. Près d'un mètre au garrot et 2 mètres debout. Un ours âgé de 23 ans. Surnommé « le noir » en raison de son pelage noir.
Néré est né en 1997 en Val d’Aran. Ses empreintes sont extrêmement reconnaissables en comparaison de celles des autres, ce qui permet une identification rapide. L'enquête se poursuit pour savoir qui est donc cet ours ?

Pour moi c’est Rodri.
Gérard Caussimont, Président du F.I.E.P


Alors si ce n'est pas Néré, c'est sûrement Rodri. Cet hiver, les équipes du FIEP, n’ont pas cessé d’aller à la recherche d’indices d’ours dans les vallées béarnaises. « J’ai relevé des traces d’ours lors de circuits dans la zone à ours les 14 janvier, le 7 février et le 27 février dans les hautes vallées d’Aspe et d’Ossau, pouvant correspondre à un ou deux mâles adultes de grande taille comme Néré ou Rodri ". Cette photo confirme donc les observations du spécialiste. «  Je soupçonne que cette trace est plutôt celle de l’ours Rodri. »

Car Rodri lui est plus jeune que Néré. Ce mâle, né en 2014, a été identifié pour la première fois par la génétique en 2015 dans le Val d'Aran et en Haute-Garonne, sur la commune de Melles. C'est un ourson de Bambou et de Moonboots. Depuis 2016, il a commencé un déplacement vers les Pyrénées occidentales (Hautes-Pyrénées et Béarn) où il est depuis semble-t-il installé.

Au-delà de ces observations pour identifier l’ours, le président du FIEP constate qu’avec le changement climatique " On s’aperçoit, que depuis une dizaine d’années, les sorties de sommeil hivernal ce font différemment. »  Le sommeil hivernal est une réaction de l’ours lorsqu’il n’a pas de nourriture.
Si l’enneignement est moindre, l’ours peut être actif pour rechercher de la nourriture, comme des glands, durant une partie de l’hiver. « Comme tout le monde le sait, il y a eu moins de neige cette saison et les ours en ont profité pour sortir et pour chercher à manger. Ce qui explique que nous avons observé des indices tout au long de l’hiver ».

Le hasard a voulu que les ours terminent leur confinement hivernal lorsque nous, les humains, nous commencions le nôtre.
Gérard Caussimont, Président du F.I.E.P
 

C'est une bonne nouvelle


Au regard de l’ensemble de ces éléments, Gérard Caussimont se réjouit. « Ce qui est important c’est que dans la même semaine, on a eu deux ours détectés à 24 heures d’intervalle et à plusieurs kilomètres de distance. L’ourse Sorita a été observé par l’Office Français de la Biodiversité (O.F.B), sans ourson, le 18 mars sur la commune de Borce en Béarn. Cela nous indique que 3 ours (2 mâles et 1 femelle) sont toujours dans le secteur des Pyrénées occidentales. » 
Pour le F.I.E.P, comme pour les autres membres du réseau ours brun, ces confirmations sont de bonnes nouvelles. Le printemps vient tout juste de commencer et avant même que ne commence les opérations de suivi, les spécialistes béarnais des ours savent donc que trois ours sont sur zone. « Les ours qui étaient présents l’année dernière dans notre secteur, sont toujours vivants. Et c’est déjà pas mal ! ». 
A cela se rajoute, Claverina, réintroduite en octobre 2018, qui a passé l’hiver en Espagne, en Aragon. 

Et Sorita dans tout ça


L’année dernière Néré et Rodri ont été observés avec Sorita. Pour beaucoup de scientifiques, ils se seraient même accouplés avec elle. Reste une question en suspend. Pourquoi Sorita était-elle seule, sans ourson, le 18 mars dernier ? « Cette année, on essaiera de comprendre pourquoi Sorita n’a pas d’ourson ? Pourquoi elle n'est pas suitée ? » rajoute le spécialiste.  « Nous devions reprendre nos opérations d’observation sur le terrain fin avril. Le problème, c’est qu’avec le confinement on ne sait pas trop ce qu’il va se passer. »

Et il n’ y a pas que des ours


Sur la photo on peut aussi observer d’autres empreintes. La trace en bas à droite, avec les deux sabots parallèles, « ressemble à celle d’un ongulé, un Isard probablement. " Un ours, un isard, mais pas que... Au-dessus de la trace de l’ours, il y a une toute petite empreinte, que l’on retrouve aussi à droite de la patte arrière. « Ça, cela serait un renard. » Isard , renard , ours… Cette piste bleue du "Grand Coq", est donc bien plus qu’une piste skiable, c'est une véritable avenue pour les animaux de la forêt.
 
Sur la photo prise par le randonneurs on peut observer de nombreuses empreintes d'animaux
Sur la photo prise par le randonneurs on peut observer de nombreuses empreintes d'animaux © Nicolas Ransom / Christophe Soulé


Nous avions accompagné lors d'un reportage Gérard Caussimont sur les traces de l'ours ->

 
 
Les 4 ours des Pyrénées Occidentales / source : paysdelours.com
  • Claverina (né en 2013). 
    Claverina est une femelle lâchée en vallée d'Aspe (Béarn) le 4 octobre 2018, en provenance de Slovénie. Après de grands déplacements exploratoires, elle a passé l'hiver en Aragon et a repris sa découverte des Pyrénées occidentales au printemps 2019 sans avoir eu d'ourson.
  • Sorita (né en 2013)
    Sorita est la seconde femelle lâchée en Béarn, le 5 octobre 2018, en vallée d'Ossau. Elle s'est également beaucoup déplacée avant de s'installer en Hautes-Pyrénées pour l'hiver lors duquel elle a eu 2 oursons.
  • Rodri (né en 2014)
    Ce jeune mâle a été identifié pour la première fois par la génétique en 2015 dans Val d'Aran et en Haute-Garonne (Melles).
    C'est un ourson de Bambou et de Moonboots.  Depuis 2016 il a commencé un déplacement vers les Pyrénées occidentales (Hautes-Pyrénées, Béarn) où il est depuis semble t-il installé.
  • Néré (né en 1997) : 
    Néré est un ours mâle, né en Haute-Garonne en 1997, de Ziva et d'un mâle resté en Slovénie.
    Au printemps 2000, il a quitté les Pyrénées centrales pour aller s'installer en Béarn. Depuis 2016 il fait toutefois des incursions printanières en Pyrénées centrales, il a même été repéré en Couserans (Ariège) en 2018, ce qui représente un déplacement important typique d'un grand mâle à la recherche de femelles.
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