Séismes dans les Pyrénées : des scientifiques mettent en cause des rejets d’eaux industrielles

Les séismes, de très faible magnitude, sont fréquents dans le bassin de Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques. Une équipe de chercheurs franco-allemande vient de démontrer dans une étude que l’injection d’eaux usées industrielles dans le sous-sol est responsable de ces séismes.

Ils ne sont généralement pas ressentis par les habitants, mais dans le bassin de Lacq, près de Pau, quasiment chaque jour, un séisme secoue le sous-sol.

Les Pyrénées se trouvent dans une zone sismique particulièrement prononcée, avec des milliers de tremblements de terre par an, qui inquiètent parfois. Le 21 mai dernier, un séisme d’une magnitude de 4,7 sur l’échelle de Richter a touché la région de Bagnères-de-Bigorre. Le bassin de Lacq, est lui à plus de 40 kilomètres de la chaîne des Pyrénées. Alors comment expliquer ces séismes qui durent depuis 50 ans ? 

L'activité humaine mise en cause

De nombreux chercheurs, spécialistes en sismologie, ont travaillé sur la question depuis de nombreuses années. Ils ont longtemps attribué l’origine de ces tremblements de terre aux activités humaines, avec l’extraction intense de gaz du réservoir de Lacq, plus grand gisement de gaz naturel exploité en France.

Depuis 2013, l’extraction a pris fin, mais les séismes perdurent. Des scientifiques de Grenoble avaient émis une autre idée depuis plusieurs années, une hypothèse qui vient d’être confirmée par des chercheurs. 

Le constat est sans appel. Les eaux usées industrielles, injectées dans le réservoir, jouent un rôle majeur dans l’origine des séismes.

Jean Letort

Enseignant-chercheur à l'université de Toulouse

Le scientifique qui travaille à l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie (Irap), affilié à l'université de Toulouse III, a dirigé pendant trois ans une étude sur le sujet avec une dizaine de chercheurs de Grenoble, de Pau et d’Allemagne. Elle a été publiée jeudi 23 mai dans Geophysical Journal International. 

"Pour cette étude, on a installé une quinzaine de capteurs autour du bassin de Lacq, dans des jardins de particuliers volontaires et on a enregistré les séismes", précise Jean Letort. "Il y a quelques séismes par an de magnitude supérieure à 2,5 parfois ressentis par les locaux. 200 à 300 sont inférieurs à 2,5 et six ont atteint 4, les derniers en 2013 et 2016", dit-il.

Les différents appareils ont surtout permis de dire que "l'énergie sismique libérée est directement liée aux variations du volume d'eaux industrielles injecté dans le réservoir."

Actuellement, le bassin industriel, en pleine reconversion, abrite près de 150 entreprises avec près de 8 000 emplois selon la région Nouvelle-Aquitaine et s'est tourné vers la chimie fine, notamment cosmétique et pharmaceutique. Le site comprend toujours une usine de traitement de gaz, exploitée par TotalEnergies qui alimente des entreprises locales en énergie et en matière première soufrée.

Des séismes qui restent difficiles à anticiper

Les chercheurs ont donc confirmé l'origine des mini séismes. Pour autant, ils manquent encore cruellement d'informations sur "les opérations d'injections d'eau" pour anticiper davantage les secousses.

"Pour pouvoir faire des prédictions de risques sismiques, on a besoin de faire des modèles. Pour cela, il nous faudrait connaitre les propriétés du réservoir, la pression des eaux injectées et les quantités, mais nous n'avons pas eu accès à ces informations détenues par les industriels", explique Jean Letort. "On a su par la Dreal qu'il y a près de 300 m3 d'eaux injectées par jour. On a quand même bon espoir d'avoir des éléments. Les industriels se disent ouverts malgré tout", dit-il.

"Ne pas faire n'importe quoi"

"Cette étude tombe à point nommé !", s'exclame Gilles Cassou, président de l'Arsil, l'association des riverains des sites industriels du bassin de Lacq.
En effet, plusieurs grands projets de créations d'entreprises sont sur les rails. Le bassin de Lacq est au centre d'un projet d'enfouissement de CO2. Porté par le gestionnaire de réseau de gaz Teréga, le cimentier français Lafarge, le groupe sidérurgique ArcelorMittal et le pétrolier espagnol Repsol, il prévoit de stocker dans le sol à partir de 2030 cinq millions de tonnes de CO2 par an mais le projet inquiète élus et salariés. 

"Eu égard à tous les futurs projets, il est évident que cette étude amène des précisions scientifiques importantes. Il faut donc un complément d'étude d'expertise pour que les services de l'Etat prennent des décisions sur les risques par rapport aux séismes, qui peuvent provoquer des dégâts en surface", dit Gilles Cassou.

Nous ne sommes pas contre les industries mais on ne peut pas faire n'importe quoi dans cet environnement industriel.

Gilles Cassou

Président de l'association des riverains des sites industriels du bassin de Lacq

"Avec les projets de séquestration de gaz carbonique et la géothermie profonde, la gestion des injections d'eaux usées est un enjeu crucial", souligne l'étude internationale de chercheurs. 

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