Réouverture des commerces non essentiels : une bonne nouvelle, mais… "ce qui a été perdu est perdu"

Les gérants de commerces non essentiels se réjouissent de la réouverture annnoncée dès le 28 novembre. Pour autant, des inquiétudes subsistent quant à l'application de la nouvelle jauge sanitaire. Les restaurants, bars et salles de sport doivent encore patienter.
La rue Sainte Catherine à Bordeaux au premier jour de ce deuxième confinement.
La rue Sainte Catherine à Bordeaux au premier jour de ce deuxième confinement. © J. Chapman
"On s'y attendait, on se doutait bien que le gouvernement allait revenir à la raison", poursuit Cathy Gueguen, commerçante à Anglet. "C'est une très bonne nouvelle". Jointe par téléphone, Cathy Gueguen, présidente de l'Union commerciale de Bayonne ne cache pas sa satisfaction. Mardi soir, le président Emmanuel Macron a annoncé la réouverture des commerces non-essentiels à compter du samedi 28 novembre.

Le 21 novembre, près de 500 commerçants du Pays basque s'étaient rassemblés pour demander la réouverture de leurs établissements. Comme d'autres, Cathy Gueguen se disait alors prête à braver les interdictions et à relever le rideau de sa boutique. "Nous ce que l'on veut, c'est ouvrir le 1er décembre au plus tard. Et on va y arriver", assurait-elle.

"Ce qui a été perdu est perdu"

A quelques semaines des fêtes, et après quatre semaines de fermeture obligatoire, ils auront donc été entendus. L'idée n'est pas de se refaire une santé de si tôt, mais plutot, de limiter les dégâts.  "Même si le gouvernement a mis en place des aides, ce qui a été perdu est perdu, poursuit la commerçante. Mais nous avons manifesté, car nous voulions travailler, et nous allons pouvoir le faire."

2020 est une année à oublier très vite. On place nos espoirs dans 2021, et on va tout faire pour limiter la casse. 

Cathy Gueguen, président de l'Union commerciale de Bayonne

Cathy Gueguen place désormais beaucoup d'espoir dans cette période de fin d'année, propice aux achats. "Noël approche, les gens ont envie de faire des cadeaux, de faire plaisir à leurs proches. Les clients ont très bien compris l'enjeu et ils ont envie de revenir dans les petits commerces. Je suis très optimiste", poursuit-elle.

La jauge de 8 m2 remise en cause

Autre secteur concerné par cette réouverture : les salons de coiffure. Selon, l'Unec, l'Union nationale des entreprises de coiffure, les salons ont perdu près de 40 % de leur chiffre d'affaires avec la crise sanitaire. 
Eux aussi vont pouvoir à nouveau recevoir de la clientèle. 

Pour autant, le protocole sanitaire, qui implique une jauge d'occupation de 8 mètres carrés par personne sera difficile à appliquer.
"Beaucoup de salons ne font que 20 ou 25 mètres carrés, note Isabelle Adam, présidente de l'Unec en Aquitaine. Ils ne pourront recevoir que deux clients en même temps. Si ce protocole est appliqué, cela implique d'ouvrir un salon sans être rentable". 
 

"Ce n'est pas très équitable"

D'autant plus qu'en coiffure, certaines prestations nécessitent des temps de pose parfois long, pendant lesquels les coiffeurs ne pourront recevoir d'autres clients. 
"La réouverture est une très bonne nouvelle. Tout le monde est heureux de reprendre le travail. Mais avec ce protocole, certaines grosses structures vont pouvoir s'en sortir, mais pas les plus petites. Ce n'est pas très équitable", estime Isabelle Adam.

Autre mesure annoncée par le chef de l'Etat : les petits commerces pourront ouvrir 7 jours sur 7 et jusqu'à 21 heures. La mise en application de ce dispositif est compliquée, et ne pourra compenser le manque à gagner, estime Isabelle Adam. "Certes, cela permet d'étaler et donc de recevoir plus de monde. Mais quand on a qu'un ou deux salariés, on ne peut pas leur imposer des journées aussi longues tous les jours de la semaine".
 

Négociations en cours

La représentante de l'Unec assure que les négociations pour revenir à la jauge précédente, soit 4 m2 par client, sont toujours en cours. 
"Le protocole sanitaire a toujours été appliqué dans les salons. Les normes d'hygiène sont très importantes dans notre façon de travailler et il n'y a pas eu de problème lié au virus dans nos salons", note-t-elle.
 

Les salles de sport restent fermées

Certains entrepreneurs n'ont pas de quoi se réjouir en cette fin novembre. Les bars, les restaurants, les salles de sport… Pour eux, la réouverture ne peut être envisagée avant le 20 janvier, au plus tôt. "Une catastrophe", pour Franck Laduche, à la tête de plusieurs salles de sport dans le métropole bordelaise. 

Chaque mois qui passe, nous perdons de l'argent. Nous avons perdu entre 40 et 50% de nos adhérents, qui résilient leurs abonnements. Et ceux qui restent demandent une suspension de leur cotisation.

Franck Laduche, dirigeant de salles de sport dans la métropole de Bordeaux

Solliciter les bailleurs

Pour ce dernier, les aides de 10 000 euros ne suffisent pas à compenser les pertes. "Il y a déjà un grand delta entre les aides annoncées, et celles qui sont réellement versées. Et pendant ce temps, les loyers continuent d'être prélevés", déplore-t-il.

Solliciter les bailleurs, c'est la demande que formule le chef d'entreprise. "Les commerçants, les restaurateurs font des efforts hallucinants. Il faut amener les bailleurs à y participer. Pour l'instant, on ne les contraint pas, on leur demande gentiment de faire un geste… Mais ceux qui le font sont très rares !"

Autre espoir de Franck Laduche : que les aides accordées soient prolongées dans le temps. "Lorsque nous pourrons rouvrir, nous aurons perdu un grand nombre d'adhérents. Si on décide de nous supprimer toutes les aides à ce moment-là, c'est un vrai drame qui va se jouer". 

Adaptation de l'espace public à Bordeaux


Le maire de Bordeaux Pierre Hurmic va faiciliter la tache aux commerçants pour mettre l'espace public à disposition quand c'est envisageable et éviter tous les attroupements dans les rues du centre-ville. Il va autoriser l'ouverture des commerces le dimanche " même si ce n'est pas dans notre ADN" a précisé le maire ce mercredi après-midi. Idem pour l'ouverture jusqu'à 21 heures. Ce qui peut aussi contribuer à ne pas permettre les attroupements devant les boutiques.
 
 
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