Sites “Seveso” : un danger en Limousin ?

Il y a deux ans, l'incendie de l'usine Minerva Oil en Haute-Vienne avait marqué les esprits. / © PHOTOPQR/MAXPPP
Il y a deux ans, l'incendie de l'usine Minerva Oil en Haute-Vienne avait marqué les esprits. / © PHOTOPQR/MAXPPP

L’incendie spectaculaire survenu la semaine dernière à Rouen dans l’entreprise Lubrizol soulève de nombreuses questions dans la population. En Limousin, 9 sites industriels sont aujourd’hui classés Seveso.
 

Par François Clapeau

Qu’est-ce qu’un site Seveso ?


Seveso, c’est le nom d’une ville du nord de l’Italie qui a été touchée en 1976 par une catastrophe industrielle. Un nuage d'herbicide contenant des produits toxiques s'est échappé d'une usine chimique ; il a provoqué des hospitalisations d’enfants et la mort de plusieurs dizaines de milliers d'animaux d'élevage. Aucun plan d’urgence n’avait été mis en place.

L’Europe a alors conçu une directive pour prévenir les risques liés à ce type d’accident.

Aujourd’hui, les établissements industriels sont classés « Seveso » en fonction des quantités et des types de produits dangereux qu'ils accueillent. Il y a deux seuils différents, "Seveso seuil bas" ou "Seveso seuil haut".

Ce sont les entreprises qui doivent déclarer les risques liés à leur activité.
Des contrôles sont ensuite effectués dans le cadre de commission de suivi de site avec les services de l’Etat.  

Les effets des accidents industriels sont décrits :

L’effet thermique est généré par le rayonnement d’un incendie ou d’une explosion.
L’effet de surpression est généré par le souffle d’une explosion.
L’effet toxique est la conséquence du rejet accidentel de produit polluant sous forme de nuage gazeux.

 

En Limousin, sommes-nous concernés ?


Il y a dans la région 9 sites classés Seveso : 6 en seuil "bas" et 3 en seuil "haut".
6 sont en Haute-Vienne, 2 en Corrèze, et 1 en Creuse.

Seveso seuil bas

Haute-Vienne :
-International Paper (Saillat-sur-Vienne)
Dernière inspection : 18/04/2019
-Mazal (Limoges)  
Dernière inspection : 03/08/2017
-Eurocup (Saint-Junien)
Dernière inspection : 18/07/2019

Corrèze :
-Butagaz (Brive)
Dernière inspection : 16/11/2018
-Nexter Mechanics (Tulle)
Dernière inspection : 08/02/2018

Creuse :
-Picoty (Guéret)
Dernière inspection : 13/06/2019


Seveso seuil haut 

-Titanobel (La-jonchère-Saint-Maurice) 
Dernière inspection : 21/03/2019
-Primagaz (Saint-Priest-Taurion) 
Dernière inspection : 12/03/2019
-EPC France (Saint Sylvestre) :
Dernière inspection : 04/07/2019
 


Le plus connu, c’est sans doute International Paper à Saillat-sur-Vienne. Il est classé Seveso seuil bas. L’usine fabrique du papier et du carton, et elle utilise des acides ou des liquides inflammables.

En Creuse, le pétrolier Pictoy est aussi classé Seveso seuil bas, avec ses stockages de carburant.

Les tullistes vivent avec l’entreprise Nexter qui utilise des produits toxiques pour fabriquer des pièces métalliques.


Il y a aussi en Limousin des installations "classées". Selon les services de l'Etat, il s'agit de "toute exploitation industrielle ou agricole susceptible de créer des risques ou de provoquer des pollutions ou nuisances, notamment pour la sécurité et la santé des riverains".
Il y en a 309 en Haute-Vienne, 230 en Corrèze, et 151 en Creuse.

 

Y a-t-il un risque ?


Oui, et le classement Seveso vise à le limiter.
Les sites Seveso font l’objet d’une attention particulière. Les pompiers les connaissent, ils y vont souvent.

Mais la planification des interventions n’évite pas les problèmes et il y aussi des risques sur des sites qui ne sont pas Seveso : on l’a vu avec l’incendie de Minerva Oil à Meuzac, en Haute-Vienne, il y a bientôt 2 ans. Cette usine n’était pas classée Seveso, elle n'était même pas soumise à autorisation.

 

Les habitants de Rouen se plaignent d’un manque d’information ; qu’en est-il ici ?


En 2015, une directive Seveso 3 avait renforcé l’accès aux informations en matière de sécurité pour la population.

Pourtant, il faut toujours s’accrocher pour trouver des données précises sur les différents sites internet dédiés à ce sujet sensible.

Le site du ministère a été mis à jour la semaine dernière, juste après l’accident de Rouen.

Et puis il y a des éléments étonnants.
On trouve toujours dans certains documents le classement Seveso de l’ancienne usine Valdi qui recyclait des déchets industriels au Palais sur Vienne. Aujourd’hui, l’usine a été rasée et le site est dépollué.  

Et quand on regarde les conclusions des différents comités de suivi disponibles sur internet, on peut avoir des surprises, par exemple avec celui d'une entreprise de Haute-Vienne où beaucoup d’informations sont cachées ; mais c’est un site qui stocke des explosifs, et il veut rester discret...

 

Les habitants des zones à risques sont-ils prévenus ? 


Exemple à Saillat- sur-Vienne.

Intervenants : Jacques Bertrand, maire de Saillat-sur-Vienne, et Pierre Allard, maire de Saint-Junien.



 

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