L'Aquitaine produit son soja, la légumineuse (presque) parfaite

© CC par M. Martin Vicente
© CC par M. Martin Vicente

Emmanuel Macron a affirmé au G7 sa volonté de recréer "une souveraineté protéinique de l'Europe".  En Aquitaine, une filière soja progresse et surtout en Lot-et-Garonne. Mais c'est une culture qui, comme le maïs parfois décrié, nécessite une irrigation régulière. 

Par CB et AFP

Pour Françoise Labalette, responsable du pole Economie Filière oléagineux à Terres Univia, groupement interprofessionnel des huiles et protéines végétales:

Le soja en France a démarré dans les années 70, avec les premiers travaux dans une zone près de Toulouse, menés par l'INRA.
Parce que cette graine végétale est la plus riche en protéines : deux fois plus que les lentilles, et qu'elle est équilibrée en acides aminés comme l'est l'oeuf, qui est une référence en la matière.

Mais il est vrai qu'un "nouvel" engouement se tourne vers cette graine avec quatre fois plus de surface cultivée depuis 2012.
Car "effectivement, elle n'a pas beaucoup de défauts" : la graine nécessite un traitement physique (chauffage ou fermentation) pour disposer de ses atouts mais qui n'a besoin ni d'apports azoté, ni trop de pesticides (en conventionel) car elle connaît, "pour l'instant" peu de parasites.

C'est pour cela que dans le Sud-Ouest, et donc en Aquitaine, c'est une plante qui se cultive beaucoup en bio... 18 à 20 % des surfaces françaises et près de la moitié en Aquitaine.

Aquitaine : terre de soja ?

Françoise Labalette le constate, la filière est en train de s'organiser dans la région. Des liens se crént entre les producteurs de soja, via des coopératives, et des éleveurs ou transformateurs agro-alimentaires, que ce soit dans le bio ou le conventionnel.

Mais elle l'explique , la démarche est balbutiante quant à pouvoir proposer l'origine française des viandes grâce à des animaux, nourris avec des céréales et du soja produits localement, sans OGM voire bio. Mais c'est déjà ce qu'il se passe dans certains élevages en Aquitaine (volailles ou porcs, notamment dans le jambon de Bayonne).

Car le soja se cultive partout en Aquitaine et particulièrement en Lot-et-Garonne. Certains agriculteurs, parfois incités et soutenus par des groupements interprofessionnels ou coopératives, se sont mis à la légumineuse qui est intéressante car elle ne nécessite pas d'engrais et connaît très peu de parasites ou maladies.

Quant à ses besoins hydriques? "Cela dépend de la zone de culture. Pas d'irrigation dans l'Est (en Bourgogne et départements limitrophes, NDLR) mais des besoins dans le Sud-Ouest, donc en Aquitaine, "parce qu'il fait évidemment plus chaud".

Jean-Pierre Raynaud était l'invité du 19/20.
Le reportage est signé Catherine Bouvet, Sylvie Tuscq-Mounet et Eric Delwarde.
 
Le Soja en Aquitaine


Selon Thierry Mazet, Directeur de l'Agriculture, Région Nouvelle-Aquitaine :

C'est un enjeu stratégique important pour la France et le sud-Ouest.
Le soja est une source de protéines très intéressante pour les élevages mais avec autant d'importations nous participons, indirectement, aux effets néfastes comme la déforestation (notamment de la forêt amazonienne au Brésil, NDLR)

La démarche est donc de relancer, en Nouvelle Aquitaine comme en France, la filière d'oléagineux protéiques.
Mais la progression n'est pas si évidente que cela.

Ça progresse timidement, comme le tournesol... Pourquoi ? Parce que ça coûte, aujourd'hui, moins cher de l'importer que de le produire !

Il faut dire que sur le marché mondial, la Chine connaît un terrible épisode d'épizootie, la grippe porcine, et n'importe plus le soja pour ses élevages décimés... Le cours est donc très bas.
 

Le vrai effet de levier, c'est avec la PAC. Si on met en place des dispositifs de cultures au niveau européen.
Thierry Mazet

Et donc valoriser cette filière avec des coopératives, en faisant du bio ou grâce à une transformation sur place.

Essais et cultures adaptées à nos sols

Depuis 2013, les Chambres d’agriculture de la région Aquitaine mènent des essais sur la culture de soja "pour dynamiser le développement des surfaces de soja bio en Aquitaine".

Le but : répondre à la demande croissante chez les fabricants d'aliments du bétail comme les industries de l'alimentation humaine.

Le site de Captieux, en Gironde, est situé au croisement des départements de la Gironde, des Landes et du Lot-et-Garonne, a été retenu pour mettre en place "un suivi sur plusieurs années de la culture du soja et identifier les priorités dans l’itinéraire de conduite du soja bio".

Tandis qu'une dynamique de filière se met en place, ces essais permettent de mettre au point des protocoles : du choix de la variété au mode de culture, labour, désherbage,...
Il faut dire que la culture nécessite des soins particuliers de désherbage qui, sous nos latitudess doit être fait en cinq passages !

En Lot-et-Garonne :
Selon Serge Bousquet-Cassagne, président de la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne, il y a de l'avenir pour cette filière mais aussi un frein.  

Le soja pousse MER-VEI-LLEU-SE-MENT bien en Lot-et-Garonne ! MAIS il faut l'I-RRI-GUER ! Mais comme en France, on est contre l'irrigation...

Et le Président de la Chambre d'agriculture de décrire les vertus de la légumineuse et l'adéquation de sa culture à notre région en soulignant que, comme le maïs, il faut que les champs soient irrigués.

En Lot-et-Garonne, c'est possible, nous avons de l'eau, des lacs...

Sinon, pour lui, la culture semble approcher la panacée :

  • le soja se ressème,
  • il y a très peu de parasites
  • pas de besoin d'ajout d'engrais azoté
  • et on peut procéder à un désherbage mécanique assez précis

M. Bousquet-Cassagne insiste :

Et on a de bons rendements : 3 à 4 tonnes /ha!  Mais... pas d'eau, pas de soja!


La France et l'Europe importent trop de soja essentiellement pour les animaux

La démarche serait alors de cultiver plus de soja en France et en Europe pour nourrir le bétail et ainsi éviter d'importer du soja OGM...
Mais pour l'instant, le soja et les protéines végétales sont essentiellement importés.
L'Union européenne importe chaque année 17 millions de tonnes de protéines brutes végétales (soja, légumes secs, tournesol...) parmi lesquelles 13 Mt sont à base de soja et représentent l'équivalent de 30 millions de tonnes de graines de soja. L'Union Européenne est le 2e importateur mondial derrière la Chine (environ 100 Mt par an).

Au total, 87% de ce soja importé sert à nourrir les animaux

Et l'essentiel est OGM (Organisme Génétiquement Modifié), vient :
  • des Etats-Unis 
  • du Brésil
  • d'Argentine
Voici un tableau qui montre l'évolution de la production selon les pays. En progression au Brésil depuis 2013 > 
  • © Terres Univia
    © Terres Univia


Déficit de production en Europe

Les Européens, historiquement, sont moins producteurs de soja. L'Italie est en tête avec 991 000 tonnes, loin devant la France (412 000 et la Roumanie 326 000 tonnes)

Sur ce tableau, on observe que le soja est très peu produit, à part en Italie. >
 
© Terres Univia
© Terres Univia

Au total, l'autosuffisance protéique de l'Europe est de 35%, résume Sébastien Abis, analyste des marchés agricoles mondiaux, un taux qui est de 55% en France.

    En Europe, ce taux varie selon la graine : 79% pour le colza, 42% pour le tournesol et seulement 5% pour le soja.
    Précision d'un rapport de la Commission du 22 novembre 2018. 
 
Depuis quelques années, la tendance varie, surtout en France où la production de soja et de protéines alternatives (tournesol, colza, légumineuses, pois, féverolles), est encouragée. 

La France ne produit que 5% du soja

C'est sûr qu'en ne produisant que 5 % de nos besoins pour l'élevage et l'industrie agro-alimentaire, une progression est possible. En France, la Bourgogne et le Sud-ouest font partie des zones de production qui représentent 141 000 ha.

Depuis 2014, la culture du soja, tant conventionnelle que biologique, a connu un fort développement en deux ans, +86% entre 2014 et 2016 (source Terres Inova, Univia).

Le Sud-Ouest représente 58 % de la production française, en Aquitaine ainsi que les vallées et coteaux du Tarn.

Des cultures de soja sont menées dans tous les départements aquitains (entre 1000 et 5000 ha cultivés) mais surtout en Lot-et-Garonne (+10 000 ha cultivés).

 
© Terres Univia
© Terres Univia

Sources : Terres Univia, groupement interprofessionnel

En savoir plus sur les Chiffres Clés 2017 – Oléagineux et Plantes Riches en Protéines par Terres Univia

 

Quels débouchés ?

Si nos importations de sojas américains sont massives, c'est essentiellement pour l'alimentation animale.  Car les modes d'élevage industriels actuels se passent difficilement de ces tourteaux de soja, sources de protéines essentielles à la croissance rapide des races à viandes.

Le soja, ça paye

Pourtant, cette filière connaît cet intérêt récent sans doute aussi sous l'impulsion de l'industrie agro-alimentaire.

On a pu voir dans les rayons de nos magasins de plus en plus de produits au soja (yaourts ou lait notamment) parfois dans le cadre d'une alimentation moins carnivore voire plus du tout (végane).

D'après Serge Bousquet-Cassagne, de la Chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne, le soja bio représente environ la moitié de la production du département et il se vend, en ce moment,  trois fois plus cher que le conventionnel.
  • soja conventionnel : 200 à 300 euros la tonne
  • Soja bio :  600 à 700 euros la tonne 
Il y a donc de quoi se projeter dans l'avenir. En attendant, les agriculteurs français veulent des actes pour répondre à la proposition du Président de la République.
 
   

   

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