Témoignage d'un ancien militaire de Poitiers, victime du bombardement de Bouaké en Côte d'Ivoire

Thierry Jardry, alors au RICM, a été gravement blessé, il a aussi perdu des frères d'armes / © FTV
Thierry Jardry, alors au RICM, a été gravement blessé, il a aussi perdu des frères d'armes / © FTV

Alors qu'en cette veille de Noël, Emmanuel Macron se rend en Côte d'Ivoire pour rendre hommage, conjointement avec son homologue, Alassane Ouatara, aux militaires tués en novembre 2004, leurs proches et les victimes rescapées espèrent toujours la vérité.

Par Marie-Ange Cristofari

15 ans après ce raid sur la base française, qui avait fait 10 tués et 39 blessés, et 4 mois avant le procès à Paris, les blessures ne sont pas refermées.

Je veux savoir. J'ai des collègues qui ne sont plus là, eux, explique l'adjudant Thierry Jardry, gravement blessé lors de l'attaque.

Engagée dans l'opération Licorne, l'armée française est chargée de s'interposer entre les rebelles et l'armée régulière ivoirienne, alors aux ordres de Laurent Gbagbo. Dans ce contexte tendu, deux avions de chasse ivoiriens s'approchent à basse altitude du camp où stationnent les soldats français.

Ils sont passés une seule fois au-dessus de nous, 5 minutes après, on s'est fait bombardés. J'avais un ami de 20 ans, il est mort à deux mètres de moi ! raconte l'adjudant Jardry

Aujourd'hui retraité en Charente, il servait alors au RICM de Poitiers. Chacun des neuf soldats français tués dépendaient de régiments du Poitou-Charentes, cinq venaient du RICM (Régiment d'Infanterie Chars de Marine) de Poitiers, trois du 2e RIMA (Régiment d'Infanterie de Marine) d'Angoulême et un du RT (Régiment du Train) de La Braconne (voir notre encadré).

Un procès sans accusés


15 ans plus tard, les victimes sont toujours sans réponse. A leur retour à la base, les pilotes qui ont mené l'opération, pourtant filmés par des militaires français, prennent la fuite sans être inquiétés.

On pouvait les arrêter immédiatement... Mais immédiatement ! Personne ne s'est occupée d'eux, s'indigne Me Jean Balan, l'avocat des familles des victimes

Pourquoi la France, qui a, par la suite, détruit ces avions, n'a-t-elle pas arrêté ces pilotes, des mercenaires biélorusses et des militaires ivoiriens ? Michèle Alliot-Marie, Ministre de la Défense d'alors, a refusé de répondre. Face au silence et la raison d'Etat, les victimes se sentent abandonnées.

Le procès de ces pilotes, en mars prochain, devant la Cour d'Assises de Paris, constitue le dernier espoir pour les familles. Une audience sans accusé puisqu'ils ont disparu depuis le bombardement.

Un hommage inédit


Ce dimanche 22 décembre, Emmanuel Macron et Alassane Ouattara déposent une gerbe en l'honneur des victimes. Une première. Les présidents français et ivoirien se rendront sur les lieux de ce raid aux circonstances non élucidées à ce jour.

Qui sont les victimes de cette attaque ?

- Adjudant-Chef Philippe Henri-Pierre CAPDEVILLE (46 ans) du RICM
- Adjudant-Chef Thierry BARATHIEU (43 ans) du RICM
- Sergent-Chef Francis DELON (40 ans) du RICM
- Sergent Laurent DERAMBURE (32 ans) du RICM
- Caporal David DECUYPERE (29 ans) du RICM

- Caporal-Chef Patelise FALEVALU (34 ans) du 2e RIMa
- Caporal Emmanuel Robert TILLOY (23 ans) du 2e RIMa
- Caporal Benoît MARZAIS (21 ans) du 2e RIMa

- Brigadier-Chef Franck DUVAL (32 ans) du 515e RT

Ces informations sont consultables sur le site Mémoires des Hommes
 

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