Transports, lycées ou tourisme : la région Nouvelle-Aquitaine dévoile son plan de déconfinement

Transports, entreprises, lycées, tourisme et secteur économique, alors que le déconfinement se profile, de nombreuses questions émergent sur ses modalités. La région Nouvelle-Aquitaine a dévoilé ce jeudi 7 mai ses premières actions. 

© France 3 Aquitaine

L'ambition, des masques pour tous. Depuis le début du confinement, 2,35 millions de masques dont 260 000 FFP2 ont été distribués aux personnels soignants des hôpitaux et des Ehpad ainsi qu’aux médecins de ville. Le 30 avril, une nouvelle commande a été réalisée, cette fois pour les 300 000 personnes à protéger, pour un total de 4,95 millions d’euros, financée par la Commission européenne et l’Etat.

"Il s'agit de notre troisième commande, pour un total de 10 millions d'euros, et ce ne sera pas la dernière. Il faut cependant que l'Etat aussi prenne en charge ses responsabilités", rappelle Alain Rousset, président de la Région.
 

 Deux masques par jour

Si les agents seront dotés de deux masques lavables par jour, les lycéens quant à eux recevront des masques jetables, l'équivalent de deux par jour. Les professeurs quant à eux seront équipés de visières. Une grande partie de ces équipements a d’ailleurs été réalisée par des entreprises locales, pour certaines issues de l’ESS (économie sociale et solidaire), mais aussi des ESAT (Etablissement et services d'aides par le travail) et des structures appartenant aux Territoires Zéro chômeurs. "On s'est appuyé sur les recommandations du ministère de l'intérieur pour évaluer le nombre de masques nécessaire jusqu'à la fin juin", détaille François Poupard, directeur général des services.Pour les entreprises, la plateforme CDiscountPro recense et distribue les masques pour les TPE et PME. Du côté des collectivités, un portail a également été ouvert par la Région pour prendre en charge les commandes. Enfin, les particuliers peuvent contacter leur mairie pour connaître les conditions d’attributions des masques dans leur ville. 
 

Une offre progressive de TER

Dès le 11 mai, toutes les lignes de TER seront de nouveau ouvertes, exceptées la liaison Niort-Saintes qui rouvrira le 15 mai, la liaison Saintes-Royan dont la réouverture est prévue le 20 mai et la liaison Thouars-Bressuire qui ne rouvrira qu’après le 1er juin. Près de 50 % des trains circuleront dès le 11 mai, un taux qui devrait monter à 70 % voire 90 % après le 1er juin. "Le nouveau réseau a été pensé en fonction des bassins d'emplois. Il y aura de plus grandes dessertes vers ces derniers", a précisé Hervé Lefèvre, directeur régional de SNCF Voyageurs Nouvelle-Aquitaine. Quatre lignes seront particulièrement sous surveillance, à cause d’une forte fréquentation. Les lignes Bordeaux-Arcachon (41.2U), Bordeaux-Saint-Mariens (43.1U), Bordeaux-Agen (44) et Poitiers-La Rochelle (14) proposeront 15 TER en heure de pointes, réservés aux abonnés et aux personnels soignants. Ces lignes seront donc fermées aux clients occasionnels dans un premier temps. Une réévaluation se fera selon les chiffres de fréquentation.

"Au fur et à mesure de ce qu'on va découvrir, on pourra ajouter des rames pour augmenter leurs capacités et faire des comptages précis avec les agents de contrôle. On libèrera au jour le jour la vente des places dans ces trains, si la fréquentation est en-deça de la capacité offerte", a précisé Hervé Lefèvre.
© SNCF Nouvelle-Aquitaine
Cependant, la SNCF alerte également sur la reprise des travaux de maintenance qui pourrait engendrer des interruptions du trafic, jusqu’au 7 juin. Le site de la SNCF actualisera quotidiennement, à 17 heures son plan de trafic du lendemain.
 

Obligation du port du masque

Enfin, si la gratuité du TER était appliquée pour les soignants pendant le confinement, la mesure sera prolongée pour tout le mois de mai. Du côté des abonnés mensuels, leurs prélèvements ont été suspendus pour les mois d’avril et mai, sans majoration en juillet.
La SNCF s’engage à nettoyer quotidiennement les trains.
La SNCF s’engage à nettoyer quotidiennement les trains. © SNCF
Concernant les mesures sanitaires, le nettoyage des trains sera renforcé, des protections vitrées seront installées aux guichets et des agents réguleront les flux de voyageurs, tant dans les gares que dans les trains. Les commerçants des gares pourront également vendre des masques et du gel hydroalcoolique et une soixantaine de distributeurs de gel gratuit ont été installés dans les gares. "On a déjà mis en place certains dispositifs dans les gares, comme la séparation des flux entrants et sortants avec des marquages au sol sur les quais. Il en sera de même pour les positionnements lors de l'attente, grâce à des ronds peints ou collés", illustre Hervé Lefèvre. 

Partout, le masque sera rendu obligatoire, ainsi que le respect des marquages au sol qui sont apparus dans les gares. Dans les trains, la règle d’une place sur deux sera appliquée, et sur les plateformes, une seule personne sera autorisée par mètre carré. Enfin, pour éviter d’encombrer les rames, les vélos seront interdits à bord jusqu’au 6 juin.
 

Retour des cars scolaires

Très vite, les 192 000 élèves pourront réutiliser les cars scolaires sans modification de circuit ou d’horaire. Les écoliers pourront donc utiliser de nouveau leur car dès le 12 mai, ce sera le 18 mai pour les collèges et après le 1er juin pour les lycées. 

"On est depuis plus de quinze jours avec les transporteurs et les inspections d'académie pour faire de la dentelle, du cas par cas, circuit par circuit pour permettre à tous de pouvoir se rendre à l'école. Cependant, on est encore en attente de certaines mesures nationales notamment sur la question du port du masque pour tous dans les transports"
, précise Renaud Lagrave, vice-président de la Nouvelle-Aquitaine, en charge des transports.

Comme dans le TER, le masque sera obligatoire, fourni par la région. En cas d’oubli, les chauffeurs seront équipés d’un stock dans les premiers jours. Les élèves devront également monter par l’arrière du bus en respectant le principe d’un siège sur deux. Les chauffeurs seront protégés des passagers. "Cependant, nous avons demandé à la prefète la mobilisation des forces de l'ordre pour que chacun respecte l'obligation du masque", ajoute Renaud Lagrave.
Ces pastilles apparaîtront dans les gares et les trains aquitains.
Ces pastilles apparaîtront dans les gares et les trains aquitains. © Région Nouvelle-Aquitaine et SNCF
Les transports interurbains suivent également la même formule : masque obligatoire, distanciation sociale et nettoyage régulier des bus. "Dans certains transports de certains départements, les plus petits ne porteront pas de masques, les plus grands oui", a précisé Alain Rousset, président de la région Nouvelle-Aquitaine.

Le temps de mettre en place un modèle de paiement sécurisé, la gratuité est maintenue. Les abonnés mensuels quant à eux ne seront pas prélevés des mois d’avril et mai tandis que les abonnements annuels seront prolongés de deux mois.
 

Retourner au lycée 

Jusqu’à la réouverture des lycées, prévue en juin, la région a mis en place plusieurs dispositifs pour accompagner les élèves : les manuels en ligne continueront d’être gratuits tandis qu’un service d’aide aux devoirs a été mis en place, du lundi au vendredi, en après-midi (05 57 57 50 00). Il a déjà reçu plus de 850 appels. Enfin, la région a également prêté 1 700 ordinateurs aux élèves qui n’en avait pas.

"Notre préparatif est suspendu à la décision de l'Etat d'ouvrir les lycées à partir du 2 juin, mais nous nous préparons précisément. Les visières, les masques seront acheminés dès la fin de cette semaine et la semaine prochaine", argumente Jean-Louis Nembrini, vice-président en charge de l’éducation et des lycées.

Dès juin, une cellule de suivi quotidienne sera mise en place, avec les proviseurs et principaux de collège des établissements pour évaluer les difficultés de chacun."La peur est liée à la solitude. Nous voulons que chaque chef d'établissement se retrouve en confiance et qu'il ait une référence à travers un groupe de collègues qui travaille à toutes les questions qu'il pourrait se poser", détaille Jean-Louis Nembrini. Concernant la restauration scolaire, les réfectoires seront nettoyés deux fois par jour. Un sens unique de déplacement sera mis en place et les repas seront servis sur des plateaux protégés. Comme dans les classes, le principe d’un siège sur deux s’y appliquera. Les plages de déjeuner pourront donc être élargies selon les besoins. 

Les internats aussi rouvriront dès juin, avec la mise en place de cloisons, un renforcement du nettoyage et, comme dans les classes, des limitations plus strictes du nombre d’enfants accueillis. 
 

Freiner le décrochage scolaire

Depuis deux mois, le confinement n’a pas aidé les élèves déjà menacés du décrochage scolaire. Pour limiter au plus vite le nombre de décrocheurs, la région organisera, en partenariat avec Cap Métiers, des rencontres professionnelles et mettra à disposition une carte des métiers qui ont du mal à recruter. Elle propose aussi une plateforme téléphonique pour les familles (0 800 940 166). Les élèves en difficulté seront également prioritaire pour un retour en classe dès juin. 

"Le problème, c'est que ces élèves vont être difficilement joignables puisque ce ne sont pas eux qui vont rentrer dès la mi-mai. Il faut donc utiliser tous les outils que nous avons pour les joindre. Et pour les identifier, on a besoin d'une cartographie très précise des décrochages et d'une autre, concernant les formations qui devront être remplies, de façon à avoir une vision précise", demande Jean-Louis Nembrini.  "Il faudra mobiliser le monde de la formation éducative et professionnelle. Cette crise peut nous amener à avoir un déficit à la fois dans les métiers nouveaux ou dans les métiers qui souffraient déjà de tensions. Les mois de mai et juin, ou au trimestre de rentrée scolaire, seront une période consacrée au rattrapage et à l'orientation, avec une information par Cap Métiers sur les secteurs qui vont demander des emplois", précise Alain Rousset.

Concernant les apprentis en cursus sanitaire, des plateformes d’enseignement à distance vont être mises en place, avec l’Université de Poitiers. Elles concerneront les formations sanitaires et infra-bac (aide-soignants, ambulanciers et auxiliaires de vie). Pour le retour dans les structures professionnelles, un guide a été diffusé pour donner les consignes d’accueil de l’apprenti et la désignation d’un référent Covid-19. Enfin, les formations d’infirmier et d’aide-soignants seront augmentées, dès la rentrée 2020. 

"Nous prendrons également en compte les jeunes néo-diplômés pour leur offrir une reconversion et faire en sorte que les filières professionnelles et l'apprentissage soient redirigés vers des secteurs en demande", ajoute Jean-Louis Nembrini.
 

Accompagner le secteur économique

Depuis plusieurs jours, le ministère du travail a diffusé sur son site 48 fiches outils pour les entreprises afin de gérer au mieux la reprise des activités : jauge de personnes, gestion des flux, prise en charge d’une personne symptomatique, ou choix des équipements sanitaires, chaque fiche est orientée selon le métier ou la filière. 

"Nous avons un fond de solidarité de 38 millions d'euros pour TPE et PME, sous forme de subventions et d'avances remboursables. Nous avons également un fond de soutien, de 15 millions d'euros, à destination des associations employeuses dans les domaines sportifs, culturels, de l'ESS ou encore de la jeunesse", détaille Bernard Uthurry, vice-président en charge du développement économique et de l'économie numérique.
  En parallèle, une cellule de veille a été mise en place, avec les fédérations professionnelles et les syndicats pour identifier les besoins et les difficultés de chaque filière. Un guide des aides a ainsi été créé, à trouver sur le site de la région. Une cellule d’écoute a également été mise en place par mail et par téléphone. Cependant, la région appelle les entreprises à privilégier au maximum le télétravail.

"Les dispositifs de région ont permis de traiter plus de 1000 dossiers via les plateformes départementales. On a noté que les entreprises craignent que leur trésorerie diminue dans les prochains moins et ne choisissent pas beaucoup les avances remboursables", analyse Bernard Uthurry.
 

Relancer le tourisme

Le tourisme, secteur particulièrement touché par le Covid-19, attend désormais les annonces du gouvernement pour espérer faire une saison estivale. Une situation floue inconfortable pour les professionnels du tourisme, alors que la région est la première destination de vacances.

Je suis très inquiet pour le tourisme, qui rencontre plus de difficile à se diversifier. On peut cependant saluer les décisions du gouvernement concernant l'annulation des charges. De notre côté, nous avons mobilisé le GIP littoral pour, en lien avec les communes, travailler et faire des propositions à la préfète pour la réouverture des plages, des grands équipements et de la restauration.
Alain Rousset, président de la région Nouvelle-Aquitaine

La région a donc demandé des clarifications au gouvernement, demandant ainsi l’ouverture des campings et des centres de séjour dans des conditions spécifiques tout comme la réouverture des plages. Autre domaine, l’abaissement de la TVA à 5,5 % pour les achats d’équipements sanitaires par les professionnels du tourisme a également été demandé. Un soutien des formations des salariés du tourisme ainsi que le recrutement des saisonniers devraient également se mettre en place prochainement. Cependant, rouvrir sans touriste ne sert pas à grand chose. La région a donc annoncé la création d’un chèque tourisme en Nouvelle-Aquitaine pour les familles les plus modestes. Les Pass Escapade seront également mis en vente, permettant de voyager sur le réseau TER a prix réduit. "L'idée d'un tourisme social avec la création de ce chèque vacances va d'ailleurs être repris ailleurs", a précisé le président de la région. 

Une plateforme devrait également bientôt recenser les hébergements et activités ouvertes dans la région, afin de promouvoir l’ensemble des territoires. Un observatoire sera ainsi mis en place pour analyser les flux de touristes et accentuer certains secteurs, moins attractifs. Le label “Vacances saines et sereines” servira donc à promouvoir ces lieux touristiques, tout en informant sur les mesures sanitaires.



 
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