Ingrandes-sur-Vienne : un coup de massue mais pas de surprise pour les 298 salariés de la Fonderie Fonte du Poitou

Les 298 salariés de la Fonderie Fonte d'Ingrandes-sur-Vienne, s'attendaient à une mauvaise nouvelle ce mercredi 25 novembre à l'issue d'une réunion avec la direction du groupe Liberty. Sans surprise, celle-ci a annoncé la mise en place d'un PSE (Plan de Sauvegarde de l'Emploi) dans l'usine.
La fermeture de l'usine et un Plan de Sauvegarde de l'Emploi a été annoncé à la Fonderie du Poitou Fonte, installée à Ingrandes-sur-Vienne.
La fermeture de l'usine et un Plan de Sauvegarde de l'Emploi a été annoncé à la Fonderie du Poitou Fonte, installée à Ingrandes-sur-Vienne. © Isabel Hirsch - France Télévisions
La direction du groupe Liberty Alvance, qui a racheté les sites Alu et Fonte d'Ingrandes-sur-Vienne en 2019, vient d'annoncer la mise en place d'un PSE (Plan de Sauvergarde de l'Emploi) assorti d'un Plan de Départs Volontaires (PDV) pour la partie Fonte de l'usine. Elle ajoute que quarante salariés pourraient être reclassés sur des postes de la Fonderie Alu. Les ateliers de la Fonte doivent encore honorer les commandes mais elles ne garantissent du travail que pendant quelques mois supplémentaires.

"Nous n'avons plus confiance en Liberty"

Les 298 salariés de la Fonderie Fonte, qui fabrique des carters pour moteurs diesel, savaient leur usine en sursis depuis longtemps, un pessimisme renforcé par l'échec des négocations le 13 novembre dernier entre Renault, l'unique donneur d'ordre du site, et le groupe Liberty Alvance, du milliardaire anglo-indien Sanjeev Gupta.
Alvance Liberty a expliqué aux représentants syndicaux que Renault ne souhaitait plus attribuer au site d'Ingrandes la fabrication du carter qui aurait permis de maintenir une activité pendant quelques années encore. Pour les salariés, c'est avant tout le manque de confiance dans le groupe anglo-indien, propriétaire des deux entités Fonte et Alu, qui a motivé le retrait du constructeur français. 

En terme de qualité, il n'y a pas de problème, on sait faire mais il fallait restituer un climat de confiance. Renault n'a plus confiance en Liberty. Nous n'avons plus confiance en Liberty donc l'avenir n'est pas serein mais nous ne sommes pas morts.

Alain Delaveau, secrétaire du Comité Social et Economique

Cet été, plusieurs plans de continuité allant du reconditionnement des téléphones portables à celui de voitures d'occasion avaient été évoqués pour la Fonderie Fonte mais aujourd'hui, aucun n'a été mené à terme. Par manque de volonté d'investir de la part de la direction du groupe, accusent les syndicats.

C'étaient des projets où il fallait payer et le groupe Alvance Liberty ne veut pas sortir d'argent et ne fera quelque chose qu'avec l'aide des pouvoirs publics mais la Région, le bassin de Châtellerault et l'Etat ne veulent plus payer... En Europe, plus personne n'a confiance dans le groupe Liberty qui ne fait que des promesses et ne vit que sur des aides publiques.

Alain Delaveau, secrétaire du Comité Social et Economique 

En grève jusqu'à vendredi

Le représentant de la CGT dénonce l'attitude du groupe qui, contraint de racheter en 2019 les deux entités Alu et Fonte, n'a jamais investi à la Fonderie Fonte, fortement pénalisée par l'effondrement des ventes de diesel. Aujourd'hui, les syndicats ont décidé de chercher par eux-mêmes une solution pour sauver leur entreprise et les emplois. Ils annoncent être en contact avec deux repreneurs potentiels et demandent une réunion avec des représentants de l'Etat à qui ils demandent "de faire pression" sur le groupe Liberty pour qu'il se désengage.
La sortie de la Fonderie du Poitou Alu est bloquée par les grévistes pour empêcher les livraisons destinées à Renault.
La sortie de la Fonderie du Poitou Alu est bloquée par les grévistes pour empêcher les livraisons destinées à Renault. © Isabel Hirsch - France Télévisions
Pour l'heure, les salariés de la Fonte ont décidé de se mettre en grève jusqu'à vendredi prochain. Ils bloquent également les sorties du site Alu, afin d'empêcher le départ des culasses de moteur fabriquées sur place vers les usines de construction de Renault.

Liberty Alvance affirme vouloir "préserver des emplois et les compétences sur le site"

 
Dans un communiqué, le groupe Alvance revient sur les négociations menées avec Renault et sur ses intentions pour le site d'Ingrandes-sur-Vienne. "Après des semaines d'intenses négociations avec notre principal client pour les commandes d'un nouveau carter fonte, nous comprenons maintenant que, malheureusement, ces commandes ne viendront pas. Nous avons donc informé le CSE et rencontré l’ensemble des salariés aujourd'hui pour les informer de l'avenir à long terme de la fonderie et de nos projets de diversification de son activité afin de contribuer à la sauvegarde des emplois et à la création d'activités viables."
"Nous avons identifié des opportunités de marché à plus long terme dans la demande croissante des constructeurs automobiles pour des matériaux plus légers. Avec ces transformations, l'entreprise vise à créer au Poitou un fournisseur de classe mondiale de produits légers avancés pour le secteur automobile et discutera avec nos partenaires sociaux de la manière dont nous pouvons nous réorienter pour répondre à cette demande." 

Concernant cette réorientation, Liberty Alvance avance la piste du reconditionnement de véhicules qui impliquerait la formation et le transfert d'un nombre significatif d'employés. et celle du transfert d'un autre groupe de salariés vers la fonderie d'aluminium située sur le même site. "Ces deux initiatives permettront non seulement d'amorcer la transformation de l'entreprise, mais aussi de préserver des emplois et les compétences sur le site." précise le communiqué.

Guillaume de Goys, le directeur d'Alvance Aluminium Group; affirme dans ce même communiqué qu'il "comprend et partage les frustrations des ouvriers de la fonderie  qui ont été confrontés à une grande incertitude quant à l'avenir du site".
 


 
 
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