À la découverte des coulisses de l’opéra le Barbier de Séville à Sanxay

Publié le Mis à jour le
Écrit par Mélanie Caron .

Pour la 22e édition des Soirées lyriques de Sanxay, le Barbier de Séville entre en scène. Un spectacle préparé depuis quatre ans, grâce à des centaines de petites mains. Retour sur les coulisses d’un opéra unique en son genre.

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Ce soir, les gradins du théâtre antique sont pleins. Près de 2.000 spectateurs viennent assister à la répétition générale du Barbier de Séville, de Rossini produit spécialement pour la 22ee édition des Soirées lyriques de Sanxay. À quelques heures de la répétition générale, première représentation publique du spectacle en préparation depuis quatre ans, les coulisses sont en effervescence. Des coulisses bien originales, installées dans des préfabriqués, à quelques pas seulement des visiteurs.

Près de la scène, une tente abrite tous les accessoires nécessaires à la mise en scène de l’opéra. Argenterie, assiettes, plats et verres en tout genre. À l’intérieur, Guillemine, accessoiriste, et sa sœur Pia, son assistante, veillent sur les précieux objets, partie intégrante de la mise en scène. Petit à petit, elles transportent les caisses remplies jusqu’à la scène.

"Cette mise en scène est assez particulière parce que la mise en place des accessoires est extrêmement détaillée", souligne Pia en préparant les assiettes. Une bonne nouvelle pour cette jeune assistante, venue du monde du cinéma après ses études de scénographie, très pointilleuse sur ce type de détails. "Ça demande beaucoup de concentration et nous devons assurer la régie de plateau, la mise en place… c’est un travail laborieux." Épuisant, certes, mais très formateur pour cette future accessoiriste, présente sur cette édition 2022 des Soirées Lyriques de Sanxay pour apprendre son métier "sur le tas".

250 bénévoles

Depuis les coulisses de la scène, on aperçoit les stands de nourriture en contrebas, tenus par des bénévoles. Au total, pour assurer le service de la nourriture, des boissons, le placement des spectateurs, mais aussi pour loger bénévolement artistes et professionnels, ce sont 250 personnes qui ont décidé de soutenir gratuitement le festival.

Derrière son stand, Pierrette Champion et son mari s’activent pour préparer les plateaux des nombreux spectateurs affamés. "J’ai fait toutes les fleurs sur les tables !" s’exclame la jeune retraitée avec fierté. Depuis deux ans, le couple fait la route depuis Saint-Varent, dans les Deux-Sèvres, pour prêter main forte à l’équipe bénévole. "On vient depuis des années voir les spectacle grâce à des amis. Maintenant que nous avons le temps, on s’est dit qu’il fallait aider", explique Philippe Champion.

Tous les deux regrettent malgré tout le manque de jeunesse dans les rangs des bénévoles. "On espère que la tradition ne se perdra pas", souffle Pierrette. Car sans ces bénévoles, le festival installé depuis maintenant 22 ans ne tiendrait pas la route.

Des loges étroites

Dans la petite salle de maquillage, l’activité commence à 19h30. Sur les murs, des affiches rappellent les détails des maquillages de chaque personnage. Mais les cinq professionnelles ont répété tant de fois les gestes qu’elles n’ont plus besoin de s’y référer. "Normalement, nous devrions être huit, souligne Sandrine, maquilleuse en chef à Sanxay depuis trois ans. C’est un peu la course, il faut être efficace."

Ici, tout le monde vient du milieu de l’opéra. Tours, Rouen, Toulouse… les maquilleuses ont fréquenté des opéras aux quatre coins de la France. Travailler à Sanxay, dans des conditions beaucoup plus difficiles, c’est un peu le défi annuel. "Ça change du travail en salle, ici on part de rien, tout est à créer", ajoute la maquilleuse en chef en désignant les palettes colorées entassées devant des miroirs d’appoints. Il faut s’adapter aux néons capricieux, aux courants d’air, à la lumière insistante du soleil couchant et à l’espace cloisonné des préfabriqués. Certaines préfèrent d’ailleurs transporter leur matériel jusque dans la loge des artistes pour réaliser leur maquillage au calme.

Ce soir, Mélanie s’occupe d’Andreea Soare, cantatrice originaire de Roumanie, évoluant dans le rôle de Berta. Entre ses mains expertes, le visage de l’artiste vieillit de plusieurs décennies. "Tu es une belle vieille", commente la perruquière de l’équipe en les rejoignant. L’artiste rit de bon cœur. Il y a quelques semaines, elle jouait le même rôle au Capitole de Toulouse, les rides en moins. "Chaque opéra est très différent, avec une nouvelle équipe c’est forcément une œuvre différente", affirme-t-elle.

En plus, ici, à Sanxay, l’ambiance a quelque chose de spécial. La cantatrice a déjà joué dans le théâtre antique en 2017, lors de la représentation de la Flûte enchantée. Et lorsqu’on lui demande ce qui lui a donné envie de revenir, Andreea cherche ses mots. "Ce que j’aime le plus, c’est le plaisir que prennent les chanteurs sur scène. On fait des blagues, on est détendu… cette approche nous permet de mettre plus de personnalité dans nos rôles." Professionnels avant tout, mais aussi de grands enfants, heureux de se retrouver annuellement avec l’envie de jouer sans subir trop de pression.

Place à l'improvisation

"Cette mise en scène laisse de la place au mystère et à l’improvisation, approuve Andreea Soare entre deux coups de pinceau à lèvres. C’est intéressant, mais parfois difficile, surtout pour moi, car j’aime connaître les détails en avance…" Et l’improvisation ne s’arrête pas à la scénographie. Jouer en plein air réserve tous les soirs son lot de surprises. "La lumière attire un tas d’insectes sur scène. Quand vous devez jouer avec des frelons gros comme des prunes, il faut un certain self-control , soutient l’artiste. Autant d’imprévus que le public ne doit ni voir, ni ressentir.

Au pied de la scène, moins d’une demi-heure avant le lancement du spectacle, les premières notes de musique retentissent. Dans la fosse, les musiciens de l’orchestre lyrique échauffent les instruments. Contrairement aux scènes d’opéra habituelles, les musiciens ne se trouvent pas sous la scène, mais bien devant, au plus proche du public.

Laurence Bailly Le Calvé est violoniste à l’Orchestre de chambre de Nouvelle-Aquitaine. En 22 ans, la rochelaise n’a manqué que deux représentations à Sanxay. Et chaque année, la sensation d’émerveillement est la même. "C’est toujours une aventure. Je vois ce festival comme un rayon de soleil dans l’été", sourit-elle. Grâce au lieu, déjà, un véritable théâtre antique, qui s’accompagne d’une réverbération du son unique en son genre. Et pour tout ce que représentent les Soirées lyriques. "On a hâte de partager notre travail avec le public. Le but c’est d’attirer des gens qui n’ont pas l’habitude d’aller voir de l’opéra."

Laurence récupère son instrument. Dans quelques minutes, elle jouera avec ses collègues tous les airs les plus connus du Barbier de Séville. Avec un objectif en tête : rappeler que l’opéra n’est pas réservé à une élite.

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