À Poitiers, Benjamin Biolay cite Lykke Li et Marilyn Monroe, reprend Étienne Daho et électrise la foule de ses tubes

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Benjamin Biolay a livré vendredi soir à Poitiers un concert électrique et électrisant, surfant sur la vague de morceaux devenus, en 20 ans de carrière, iconiques.

Ironique et déroutant quand une tournée s'intitule Grand Prix d'imaginer une représentation débuter par un faux départ. Pourtant, vendredi soir à Poitiers, alors que le tube de Lykke Li, I Follow Rivers énergise le public sagement installé, de sa rythmique entêtante et dansante, le rideau s'ouvre sur un Benjamin Biolay seul en scène, éclairé d'une vive lumière blanche, sans aucun lien possible avec un éclairage de concert.

"Non, je ne vais pas vous faire de stand-up, je vous rassure", lance le chanteur, légèrement ennuyé. "Nous avons un petit problème sur la scène qui nous empêche de jouer. J'ai préféré venir vous le dire..."

Dans le public, un spectateur propose sa solution : "Guitare, voix, Benjamin!" auquel le chanteur acquiesce : "Au pire oui, on fera des trucs guitare-voix."

Une chanson pour porter chance

L'équipe technique s'active, "rideau ouvert pour que vous puissiez voir comment ça se passe..., des gens qui paniquent...". Le chanteur laisse traîner un silence mais le public n'aura pas le temps de trouver le temps long; Benjamin Biolay signale dans la foulée : "Ah, je crois que c'est réglé...!" et annonce le morceau d'ouverture Où est passé la tendresse ?, avant-dernier titre de son dernier album Grand Prix, lauréat de deux Victoires de la musique, avec ce commentaire : "Cette chanson, j'espère qu'elle va nous porter chance!" 

La soirée de Grand Prix peut démarrer sur les chapeaux de roue avec un répertoire chargé en morceaux devenus, en vingt ans de carrière, iconiques. Biolay enchaîne avec le tubesque Parc fermé largement repris par le public électrisé.

La soirée prend ensuite un virage plus posé avec le mélancolique Interlagos (Saudade), une évocation de ses années folles, "mes années 30/Où l'on ne m'aimait qu'assoupi", hommage à Aryton Senna, qui, ce dimanche-là, à "Interlagos", "était dans tous les esprits".

Heureux que cette chanson vous plaise ! "Négatif", c'est l'une des premières que j'ai écrites, bien avant que je fasse des albums. 

Benjamin Biolay, chanteur

Le titre invite le public sur la route des morceaux du début, tel ce Négatif, sompteusement réinventé. La voix de Biolay s'y révèle chaude et rocailleuse. Face à l'enthousiasme de la foule, le chanteur lâche un "heureux que cette chanson vous plaise". Il confie : "C'est l'une des premières que j'ai écrites, bien avant que je fasse des albums." 

Entouré de quatre musiciens soudés autour de lui (Pierre Jaconelli et Philippe Almosnino aux guitares, Johan Dalgaard aux claviers et Philippe Entressangle à la batterie), le concert reprend la ligne droite du dernier album avec ce Papillon noir, ce "visiteur du soir (...), ton seul alibi/Ta libido provisoire". Le "garçon bizarre" qui se "résigne à [s]on coquin de sort" s'offre tel un miroir tendu au public et réveille en chacun des souvenirs "de vie dans tout ce qu'elle a/De plus dérisoire".

La Superbe

Le public lâche volontiers la vitesse rageuse et rugueuse du dernier album pour des retours vers les cimes plus élégiaques de certains disques du passé, tel le splendide La Superbe auquel on accède par Lyon presqu'île. Si les cordes de La Superbe sont enregistrées, l'ouverture du morceau est accueillie par des cris enthousiastes dans la fosse. Ton héritage issu de ce même album de 2009 offre un moment de calme dans le rythme enlevé de la set list. Biolay s'est assis sur un tabouret face à un pupitre noir, la tête enfoncée entre les épaules, ramassée sur le micro qu'il tient serré entre ses mains. Son interprétation est aussi vibrante qu'appliquée. Troublante. Le public salue le morceau de vifs applaudissements qui semblent interpeller l'artiste, qui, à son tour, salue la foule, un poing levé, une main sur le coeur. 

Sur Miss, Miss, Biolay souffle un baiser à une jeune spectatrice dans les bras de son père. "Non, je ne peux pas me passer de toi", dit la chanson chaloupée issue de l'album Palermo Hollywood teinté d'influences argentines. "Las palmas arriba!", lance un Biolay enthousiaste avant d'opérer un retour vers le Grand Prix du soir et Visage pâle, titre où "l'amour a un prix que je n'peux plus payer". Biolay, mieux que personne, dit l'érotisme et la maladresse, le plaisir simulé et la dévotion : "J’aime quand tu dis : « Chéri » lorsque l’on s’emboîte/Quand nos mains soudain deviennent moites"... "Je n’te ferai jamais aucun mal/Pas autant que tu m’en as fait". Thème repris sur Qu'est ce que ça peut faire ? chanson sur laquelle Biolay glisse une courte citation à Lykke Li et son I Follow Rivers du début.

Changement de braquet

Puis, soudainement, le concert change de braquet lorsque résonnent les premières notes du tube d'Étienne Daho Le grand Sommeil. Biolay est radieux, le public bondit et chante, puis se laisse porter par Profite, duo enregistré, à l'origine, avec Vanessa Paradis. L'un des clous du spectacle arrivera avec la réinterprétation des Cerfs-volants où le chanteur invitera le public à saisir son portable pour éclairer la salle de petits flashs lumineux, comme à l'époque des briquets. La voix de Marilyn sur River of No Return résonne sur le "Merci!" lancé par Biolay en fin de morceau.

Le concert aurait pu trouver ici une élégante conclusion. Il choisira de poursuivre avec le superbe Padam, Padam, puis Idéogrammes, le génialissime Comme une voiture volée qui verra le public encore assis se lever et reprendre le morceau.

En rappel, un autre tube, issu du dernier album, décidément une réussite: Comment est ta peine ? Le public applaudit à tout rompre. Biolay, visiblement heureux de la soirée, se laisse aller au calembour : "Vous, c'est Poitiers, c'est d'la bombe!" avant de conclure d'un : "à Poitiers, on n'fait pas les choses à moitié".