Animateurs en centre de loisirs : beaucoup de responsabilités mais des petits salaires

Le monde de l’animation est frappé depuis plusieurs mois par une pénurie d’animateurs. Moins de jeunes sont diplômés du Bafa et les structures peinent donc à trouver du personnel. L'une des raisons : une formation coûteuse et des petits salaires.

"Historiquement les animateurs en centre de loisirs étaient considérés comme des bénévoles que l’on indemnise, d’où les faibles rémunérations", explique Denis Renaudin, délégué à la fédération des centres de loisirs de la Vienne. En effet, le personnel des centres de loisirs peuvent être soumis au contrat éducatif d’enseignement. Légalement, cela permet aux structures de payer, au minimum, 23,06€ brut par jour, soit 2€20 de l’heure. Pour rappel le SMIC horaire s’élève à 10€25.

Un jour de repos dans la semaine

"C’est un fonctionnement complètement obsolète", ajoute Denis Renaudin. "Dans nos centres de loisirs nous y avons recours que pour 20 à 30% de nos animateurs, précise-t-il. Nous les payons entre 80€ et 90€ brut à la journée". Soit un peu plus que le niveau du Smic. "C'est un métier à responsabilités qui s'est professionnalisé. Pourtant on garde encore l'image du baby-sitter", regrette-t-il. 

Apolline Louvel a passé son bafa en 2019 et depuis, tous les étés, elle travaille dans l'animation. L'étudiante poitevine de 19 ans raconte avoir été payée 1 000€ pour un mois et demi de travail. "Les colos c'est de l'arnaque si tu veux te faire de l'argent". Le nombre d'heure par jour ? "Houla !, sourit-elle. C'est du H24, avec seulement un jour de repos dans la semaine". Elle se souvient de son premier jour. "Dès que je suis arrivée sur ma structure on m'a dit que j'étais bénévole". Depuis elle préfère travailler dans les centres de loisirs, où elle est payée 1 500 € par mois. "Ça m'a permis de rembourser le coût de ma formation".

Des abandons de postes

Les candidats sont de moins en moins nombreux. Selon les données du service jeunesse et sport du département, 297 jeunes étaient diplômés du bafa, brevet d'aptitude aux fonctions d'animateurs, en 2018 contre seulement 242 en 2020. Une baisse constante depuis plusieurs années. Selon le rapport de l'organisation professionnelle Hexopée 74% des structures d'accueil déclarent avoir des difficultés de recrutement. 50 000 postes d'animateurs ne trouvent pas preneurs en France aujourd'hui. 

C'est le cas dans ce centre de loisirs à Chasseneuil-du-Poitou (86). Pour répondre à ses besoins en effectif le directeur a même dû passer par les réseaux sociaux. "Depuis un certain temps il y a de moins en moins de candidatures", note Patrick Tillet, directeur du centre. Il ne fait plus passer systématiquement un entretien. "Par le passé on avait beaucoup d'étudiants. Aujourd'hui ce sont souvent des jeunes qui n'ont pas d'emploi. On est en formation avec eux sur le terrain. Il y a beaucoup plus d'animateurs qui abandonnent le poste parce que les conditions sont trop difficiles". Pour pallier le manque de candidats, le gouvernement envisage d'abaisser l'âge d'accès à la formation à 16 ans.

Jusqu'à 18 enfants à charge

Au Céméa, centres d'entraînement aux méthodes d'éducation active, le responsable du site de Poitiers, Christophe Besson, explique notamment le manque de candidat par l'engagement que représente le métier d'animateur. "Sur l'accueil périscolaire aujourd'hui, c'est un animateur pour 18 enfants quand ils ont entre 6 et 12 ans et 14 enfants pour des enfants en maternelle", détaille le responsable de site. "Ces responsabilités peuvent faire peur et insécuriser".

À 18 ans, Apolline avait déjà en charge des groupes d'une douzaine d'enfants. "C'est extrêmement stressant, commence-t-elle. À tout moment il y en a qui part. C'est super difficile de gérer toute la réglementation et d'être présent avec les enfants".  

Entre 800 € et 900 € la formation

Sarah El Haïry, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports, chargée de la Jeunesse et de l'Engagement, déclare dans une interview donnée dans le quotidien La Croix qu’en 2011, à l'échelle nationale, 53 000 personnes avaient reçu le bafa. En 2019 elles n'étaient plus que 43 000. Une aide de 200 € sera donc mise en place à partir du 1er janvier 2022 pour 20 000 jeunes. Il s’agit d’une aide permettant de financer la formation, évaluée en moyenne entre 800 et 900 €.
 


Le coût de cette dernière est un enjeu majeur pour inciter les jeunes à se lancer dans le métier. Fatoumata Camara, 17 ans, habite dans le quartier Bellejouanne à Poitiers. Elle passe son bafa avec l’association Cap Sud. Grâce à une aide de la Caf, l’adolescente à dû débourser 270 €, au lieu de 360 € pour sa première session. Pour obtenir le bafa, il faut en faire deux. "J’ai hésité avant de m’inscrire, raconte-t-elle. C’est une grosse somme à payer en tout". De son côté, Apolline a déboursé près de 800€ pour l'ensemble de la formation, malgré l'aide de la Caf. "Et il faut compter le coût du trajet pour s'y rendre", ajoute-t-elle. La jeune femme habitait à 1h30 et 45 minutes de ces deux lieux de formation. 

Un métier passion

En revanche le risque d'une faible rémunération n’inquiète pas trop Fatoumata, pour qui l’animation "est une passion". Le montant du salaire n'est pas non plus déterminant pour Cloé Lapierre, stagiaire, "On ne fait pas cette formation pour l'argent, mais pour l'envie de travailler. On apprend beaucoup au contact des enfants", explique celle qui passe son bafa pour travailler en paralèlle de ses études. Une analyse que partage Apolline : "Clairement quand j'étais en colo j'étais sous payée, mais j'en garde de supers souvenirs, j'ai appris tellement de choses avec les enfants". Elle est catégorique, "si tu n'aimes pas les enfants, il ne faut pas faire ce métier".

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