"Ce sont des funérailles, mais on célèbre la vie" : comment changer de perspective sur la mort

Changer la vision de la mort et du deuil pour ouvrir de nouvelles perspectives : c'est ce que cherchent à faire certains professionnels du funéraire. Une quête de personnalisation, explorée à l'occasion du Salon du funéraire de Paris, qui se termine ce vendredi 24 novembre 2023.

"Il faut sortir du côté obscur", déclare Lydia de Abreu. "La personnalisation fait de plus en plus partie des progrès faits dans le secteur du funéraire." Pour faire changer les choses, la cheffe d'entreprise a fondé Joli départ en 2020. Cette pompe funèbre propose une démarche encore inédite dans ce secteur : s'approcher au plus près des souhaits des personnes endeuillées. 

Au moment de rencontrer ses clients, Lydia de Abreu se déplace à domicile pour mieux comprendre les attentes des personnes. "Les gens recherchent de plus en plus la personnalisation", explique-t-elle. "Ils veulent rendre un bel hommage à leurs proches, et surtout avoir quelqu'un qui les comprend."

Joli Départ propose donc des monuments originaux, des cercueils colorés et des cérémonies qui sortent de l'ordinaire. "Une des dernières cérémonies que j'ai faites, c'était un monsieur où la cérémonie a été organisée dans son jardin", se rappelle Lydia de Abreu. "J'ai invité les gens à écrire sur son cercueil."

Avec pour objectif de sortir du tabou qui continue d'entourer la mort et le deuil : "En fait, il n'y a pas d'obligation de suivre un rythme, un script, d'aller à l'église ou au crématorium. On peut proposer autre chose."

Lydia de Abreu est une ancienne journaliste, qui s'est formée au métier de conseiller funéraire en 2020. "C'était la période Covid, c'était violent. J'ai vu le traumatisme des familles, je n'aurais pas voulu lancer mon entreprise à ce moment-là", déclare-t-elle. Elle crée finalement Joli départ au deuxième semestre 2020.

Mais Joli départ trouve aussi son origine dans l'histoire personnelle de Lydia de Abreu. "J'ai perdu mon mari il y a six ans et je voulais faire quelque chose qui lui ressemblait", raconte-t-elle. "Et je ne sais pas pourquoi, je me suis lancée deux ans après. C'est triste de voir tout le temps des cercueils en bois."

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Co-construire les cérémonies funéraires

La personnalisation des cérémonies funéraires permet également de créer des espaces de conversation pour libérer la parole. "C'est un vrai service à se rendre en tant qu'endeuillé, pour se donner une chance sur le chemin de deuil", confirme Sarah Dumont, créatrice du site HappyEnd, le site compagnon pour la mort et le deuil. "Ce n'est pas possible qu'autant de personnes ne se permettent pas de sortir des traditions."

HappyEnd est à la fois un média, un lieu de conseils et un annuaire de professionnels proposant d'autres types de cérémonies. "On référence 800 professionnels, des mosaïstes pour les monuments funéraires, des lâchers de papillons, des urnes artisanales... Le vrai obstacle pour nous, c'est le désintérêt pour la mort du vivant des gens", récapitule Sarah Dumont. "Il faut que les gens s'emparent du sujet de la mort, pour anticiper."

Selon elle, les inhumations pleine terre ou les sépultures paysagères resteraient encore largement inconnues du grand public. "Ce qu'il faut faire, c'est partir d'une page blanche pour vraiment co-construire, sortir du "ça ne se fait pas", espère la fondatrice de HappyEnd. "Récemment par exemple, la famille d'un adolescent décédé a décoré le funérarium avec des objets de sa chambre. Ils ont dansé au cimetière, c'était une vraie fête."

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Les familles risquent sinon de perdre du sens et mal s'engager dans le processus de deuil. "Il me semble important d'avoir le temps. Souvent, les cérémonies sont trop express. et les familles ont le sentiment de devoir expédier cet au revoir. Ça coûte un peu plus cher, mais en une demi-heure, qu'est-ce qu'on a le temps de faire ?", se demande Sarah Dumont.

Prendre le temps, c'est la volonté de Lydia de Abreu. "Il faut informer sur les possibilités. Je m'occupe d'abord de la partie organisationnelle, puis je passe du temps avec la famille, pour faire du sur-mesure", décrit-elle. L'accompagnement, au plus près des familles endeuillées, c'est le vrai enjeu de cette quête de personnalisation.