Filmer le travail. Le documentaire de François Perlier relate la vie au travail de quatre exilés à Poitiers

Rencontre avec le réalisateur poitevin François Perlier, et l'une des protagonistes de son documentaire "La vie recommencée". Un film consacré au parcours d'accès au travail de quatre personnes exilées, projeté en avant-première lors du festival "Filmer le travail" ce samedi 25 février à Poitiers.

À 25 ans Bénédicta a déjà vécu plusieurs vies. Une vie d'enfant, contrainte à travailler pour pouvoir aller à l'école au Nigéria. Une vie de jeune fille esclave sexuelle en Italie, piégée dans un réseau de prostitution par une prétendue amie de sa mère, qui lui avait promis de l'accueillir pour qu'elle fasse des études. Et depuis 2017, une vie de femme libre en France, à Poitiers, avec ces deux jeunes enfants.

Bénédicta est l'un des personnages du film documentaire de François Perlier " La vie recommencée ". Sensible aux parcours chaotiques des exilés auxquels il a consacré plusieurs films, le réalisateur poitevin s'attache ici à nous faire partager l'importance de l'accès au travail pour Bénédicta ; Anibal et Martha qui ont fui la répression politique qui sévit au Honduras, et Mohamed qui a quitté la Guinée-Conakry à 16 ans.

"Les quatre personnes que j'ai filmées ont vécu des choses très dures, et pas seulement pendant leur exil, ici aussi en Europe. Mais à partir du moment où les gens sont accueillis dignement, qu'on leur donne un logement, qu'il y a de la solidarité institutionnelle et bénévole qui se met en place autour d'eux, ils sont volontaires, ils sont reconnaissants, et quand on leur donne du travail, ils n'attendent que ça" précise François Perlier.

Travailler pour envisager l'avenir

Pour les personnes exilées, l'accès à un permis de travail nécessite un parcours dans les méandres administratifs qui peut être très long, et très difficile à vivre.

Dans le film, Anibal raconte qu'il a été très déprimé de ne pouvoir travailler. En attendant son permis de travail, il a fait du bénévolat dans une épicerie solidaire et s'est inscrit en licence d'espagnol à l'université. Son épouse Martha, qui était avocate au Honduras, a fini par pouvoir effectuer quelques heures de ménage et d'aide éducative. Il lui faudra encore beaucoup de temps et de patience pour que son diplôme et son expérience professionnelle soient reconnus en France.

Extrait du film "La vie recommencée". Réalisation François Perlier 

"Commencer à pouvoir travailler leur ouvre la possibilité, au terme d'un parcours d'attente qui peut durer plusieurs années, d'envisager de débuter une nouvelle vie. Travailler, gagner sa vie, s'installer vraiment, être indépendant, penser à l'avenir", explique François Perlier.

Travailler pour remercier et se construire

Bénédicta, elle, a récemment obtenu son diplôme d'aide à domicile. Elle travaille, passe son permis de conduire, s'occupe de ses deux jeunes enfants, et compte bien trouver le temps et l'énergie de passer ensuite les diplômes d'aide-soignante, puis d'infirmière.

"Moi, j'ai toujours travaillé depuis que je suis enfant, alors quand je suis arrivée en France, c'était très compliqué pour moi de rester à la maison sans rien faire, d'aller aux restos du cœur, de manger sans rien donner en retour. Il y avait quelque chose qui était très lourd dans mon cœur parce que je n'arrivais pas à donner, alors qu'on me donnait tout le temps. C'était très difficile, et je me suis battue pour pouvoir travailler et donner en retour, pour remercier.", raconte la jeune femme.

Extrait du film "La vie recommencée". Réalisation François Perlier 

"Bien sûr qu'il y a cette part de reconnaissance, et de rendre à la société. Mais travailler, pour eux comme pour tout le monde, c'est aussi se construire socialement" continue le réalisateur.

La rencontre que je propose permet de se rendre compte que ce sont des gens comme nous, des gens tout simplement.

François Perlier

Réalisateur

Dans leur travail, dans leur intimité, dans leurs échanges avec les bénévoles qui les accompagnent et les soutiennent, François Perlier nous offre en partage les paroles simples et sincères qu'il a su recueillir.

"Moi quand je fais du documentaire, je vais dans la rencontre, dans la proximité des personnes que je filme avec un contrat moral de confiance. Ça permet d'amener le spectateur très proche des gens, de se poser avec eux, de les écouter, d'avoir le temps de la réflexion, de se poser des questions. Parce que c'est l'ignorance qui provoque la peur, le rejet. La rencontre que moi je propose, permet de se rendre compte que ce sont des gens comme nous, des gens tout simplement."

Aujourd'hui, Bénédicta, Anibal, Martha et Mohamed ont tous un emploi. Un emploi peu qualifié, mal payé, éprouvant. Sans pathos, le film de François Perlier donne à voir leur réalité et leurs espoirs.

"La vie recommencée" sera projeté le 25 février en avant-première à Poitiers dans le cadre du Festival Filmer le travail, puis diffusé sur France 3 Nouvelle-Aquitaine.

  • Samedi 25 février à 14h au Cinéma Tap Castille à Poitiers (Avant-première au festival Filmer le Travail)
  • Jeudi 16 mars 2023 à 22h50 sur « La France en Vrai » - France 3 (Diffusion du documentaire)