La police de l'environnement veille au respect des restrictions d'eau

Depuis le 19 juillet dernier, un arrêté préfectoral a durci les conditions d'utilisation de l'eau potable dans la Vienne. Pour veiller au respect des nouvelles mesures, des brigades de la police et membres de l'Office français de la biodiversité mènent des contrôles tous les jours. Un travail méconnu, au service de l’environnement.

Les tournées commencent dès l’aube. Tous les jours, ces policiers un peu spéciaux parcourent le département à bord de leur voiture blanche siglée « police de l’environnement ». Ce matin, Sébastien Chauveau et Christophe Mairot se rendent à Leignes-sur-Fontaine, un village bordé par plusieurs étangs. Les deux contrôleurs s’approchent du petit ruisseau serpentant près d’eux. Bonne nouvelle, un filet d’eau est visible. "Si l’étang pompait l’eau du ruisseau, il serait totalement sec", précise Sébastien Chauveau.

Quelques mètres plus loin, camouflé dans la végétation, se trouve le point de captage. Les policiers n’ont pas à chercher longtemps, ils connaissent bien les lieux. "Là, le point de captage a été rehaussé et vissé, pour que l’eau ne s’infiltre pas. Ils respectent bien la réglementation." « Ils » fait référence à la commune, propriétaire de cet étang. Depuis l’entrée en vigueur des arrêtés préfectoraux restreignant l’usage de l’eau potable, un grand nombre de cours d’eau ne peuvent plus être ponctionné. "Ces derniers mois ont été particulièrement secs, rappelle Sébastien Chauveau. Et sans eau, la faune aquatique dépérie." Le policier insiste bien là-dessus : un simple filet d’eau peut faire toute la différence.

1 500 euros d'amende

Dans un livret rempli de cartes du département, les contrôleurs repèrent leur prochaine destination. Il est déjà 8 h. Dans son thermos, Christophe a apporté le café. Les températures ont baissé ces derniers jours, il faut se réchauffer avant de se diriger vers la prochaine destination.

Un autre étang à vérifier, puis les policiers iront se placer plus au nord, à Sillas, pour observer des exploitations agricoles. "Dans le bassin de la Vienne, l’arrosage des champs est autorisé de 18 h à 11 h", explique Sébastien Chauveau. L’exploitant agricole contrôlé ce mardi utilise des canons à eau. Depuis leur point de vue, les patrouilleurs estiment la distance qu’il reste à irriguer avant que le canon ne termine sa course. "Les jets commencent déjà à ralentir. Ils auront terminé avant 11 h", constatent les policiers.

La plupart du temps, les exploitants comme les communes respectent les décisions préfectorales. "En fonction des bassins, les règles ne sont pas les mêmes. Ce n’est pas toujours évident à faire comprendre", ajoutent-ils cependant. Alors, l’après-midi, les policiers passent beaucoup de temps à rédiger des rapports et préparer les contraventions si nécessaires. "Nous sommes plutôt dans une logique de communication et de pédagogie. La plupart du temps, si on relève une infraction, nous commençons par un rappel à l’ordre." Dans ces cas-là, les patrouilles restent vigilantes. En cas de récidive, l’amende tombe : 1 500 euros, voire 3 000 euros si le contrevenant recommence.

Jusqu'à 400 kilomètres par jour

Chaque jour, les patrouilles définissent les points de contrôles avant de prendre la route. Mais chaque journée comporte son lot d’aléas. En traversant une commune, les policiers tombent sur un agent municipal occupé à arroser des massifs de fleurs. En fonction de la provenance de l’eau, la commune pourrait être en infraction. Cette fois-ci, tout est en règle. Les patrouilleurs laissent repartir l’employé.

Avec les retours de vacances et des étudiants, la consommation d'eau potable augmente à la rentrée. C’est pour assurer sa disponibilité à ce moment-là que ces restrictions prennent du sens.

Sébastien Chauveau, policier membre de l'OFB

Plus loin, la brigade vérifie l’affichage d’une station-service. Depuis le 19 juillet, il n’est plus autorisé de laver sa voiture, même dans les stations équipée d’un système de recyclage. Seule une urgence sanitaire fait état d’exception. Des panneaux rappelant l’ordre préfectoral doivent donc être affichés par le propriétaire de la station, sous peine d’amende. Pour répondre à ces urgences, les jets restent accessibles, et certains en profitent pour braver l’interdiction.

Lors d’un contrôle aléatoire, les policiers tombent sur des rouleaux en action. Le propriétaire ne peut pas justifier d’une urgence, mais les contrôleurs se montrent conciliants. Il n’écopera que d’un rappel à l’ordre, et la patrouille notera l’adresse du lieu pour maintenir sa vigilance. "Le cœur de notre travail se trouve dans la protection de la biodiversité, note Christophe Mairot. Les stations de lavage, ce n’est pas notre première préoccupation, même si cela reste un élément à surveiller. Ce qui nous intéresse davantage, c’est la gestion de l’eau sur le terrain, dans les milieux naturels."

Une zone d'ombre

En effet, sur une tournée de six à sept heures, la patrouille ne peut pas contrôler tout le monde et parcourir le département d’un point d’eau à un autre demande déjà beaucoup de temps. "Parfois, on fait jusqu’à 400 kilomètres en une matinée." Un travail chronophage, mais indispensable pour ces policiers de l'environnement. "Certains ne comprennent pas l’utilité de ces restrictions. En fonction des zones, les réglementations sont différentes. Mais la finalité est la même partout : c’est en préservant l’eau dès maintenant que nous éviterons une pénurie à la rentrée", soutient Sébastien Chauveau. Après un hiver pauvre en pluie, les nappes phréatiques sont restées à un niveau bas et particulièrement inquiétant. "A la rentrée, avec les retours de vacances et des étudiants, la consommation augmente. C’est pour assurer la disponibilité en eau potable entre septembre et novembre que ces restrictions prennent du sens", ajoute son collègue.

Et malgré leurs efforts, le respect des décisions préfectorales repose sur le civisme des Français. "On ne peut pas avoir les yeux partout, précise Christophe Mairot. On appelle les gens à préserver cette ressource en faisant des efforts." Des efforts comme mettre un terme au remplissage des piscines, une action interdite depuis l’entrée en vigueur de l’arrêté préfectoral.

En période de sécheresse intense, certains propriétaires de bassins peuvent constater l’évaporation de plusieurs centimètres d’eau en quelques jours. Et beaucoup ne sont pas prêts à respecter ces restrictions. "On reçoit des appels tous les jours de nos clients pour nous demander s’ils peuvent ou non remplir leur piscine. On leur rappelle la législation, mais on ne peut rien faire de plus", avoue Michael Piron, gérant d’Alliance Piscines, à Poitiers. Pour les contrôleurs, impossible de pénétrer chez chaque particulier afin de vérifier sa consommation d’eau. Les centaines de captages de la Vienne resteront toujours leur priorité.

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