Le Palais de Poitiers se découvre autrement avec la "carte blanche" du PoCollectif

Dans l’ancien Palais de justice de Poitiers reconverti en lieu culturel et ouvert au public gratuitement, le PoCollectif avait carte blanche les 25 et 26 septembre pour créer un parcours musical. Une autre manière de visiter ce lieu emblématique de la ville, en mobilisant son ouverture artistique.

Le parcours musical débute par la salle des pas perdus. On y entre à pas feutrés. Là, disposés dans toute la pièce, 8 musiciens improvisent devant des spectateurs attentifs. Ils surprennent en jouant avec l’acoustique de la salle. Pendant deux jours, le PoCollectif a eu carte blanche pour découvrir à un public de tout âge le Palais de Poitiers, d’une autre manière.

Faire vivre la musique différemment

Ils sont 8 musiciens et 1 compositeur rassemblés autour de l’idée de faire vivre la musique autrement, hors des lieux ordinaires. Depuis 2015, le PoCollectif partage son amour de l’improvisation avec des sonorités expérimentales, qui cassent les codes, loin des standards. Contrebasses, guitares, percussions, flûte et claviers leur permettent d'explorer divers univers musicaux. "Notre volonté est de faire vivre notre musique dans des lieux de passage, pas dans une salle de concert basique. La mairie nous a laissé une liberté totale, c’était une occasion exceptionnelle dans ce lieu qui sort de l’ordinaire", se réjouit Yoann Magneron, un des contrebassistes du PoCollectif. Pour cette dernière, Léonore Moncond’huy, la maire de Poitiers, s’est même déplacée.

La première "pièce musicale" se déroule dans la salle des pas perdus. C’est une improvisation collective où l’expérimental est le maître-mot. Les sonorités sont étonnantes parfois volontairement dérangeantes. "On est parfois dans la radicalité, surtout sur la première pièce musicale. On voit que parfois certains ne sont pas réceptifs à cela et s’en vont. Mais ce que l’on veut, c’est ouvrir et amener le spectateur à faire un pas de côté pour comprendre la démarche", explique Yoann Magneron.

Dans cet esprit, la salle des pas perdus est le terrain de jeu parfait. "Nous avons travaillé pendant 6 jours, continue le contrebassiste. Dans cette salle, nous avons notamment recherché des placements et des fréquences. On sait que d’un mètre à l’autre, le rendu peut être complètement différent avec cette acoustique si particulière."

La volonté de questionner...

Le parcours musical continue dans la diversité. La grosse soixantaine de personnes est divisée en trois groupes qui se voient proposer chacun une œuvre différente. Dans un couloir ou dans une ancienne salle d’audience laissée telle quelle, la création s’exprime. Par ci et là, le parcours est semé d’objets musicaux - créés par les membres du PoCollectif eux-mêmes - parfois laissés libres pour que le public se les approprie. "Ce n’est pas ce que j’écoute en général, mais c’est très sympa", apprécie Teddy. Le jeune homme de 26 ans est venu découvrir cette expérience sans a priori et savoure.

Au sein du parcours, le public est diversifié. Des familles avec des bébés ou des enfants en bas âge profitent du spectacle aux côtés de seniors. Des passants débarquent dans le Palais pour le visiter sans trop comprendre ce qu’il s’y passe. Des étudiants profitent même du réseau wifi en libre accès pour travailler. Mais tous ou presque, semblent apprécier tout en s’interrogeant. "Pour moi, on veut d’abord solliciter l’attention. Après chacun interprète à sa manière. Dans la seconde partie du parcours, une spectatrice est venue m’expliquer comment elle interprétait ce que j’avais joué. Cela n’avait rien à voir avec ce que moi j’imaginais ! Mais c’est aussi ça qui est génial", raconte Yoann Magneron.

... et de s'affranchir des règles

Cette carte blanche se termine sur une pièce musicale plus conventionnelle. Celle-ci est complètement composée en amont, accompagnée de chant. Dans un rythme délirant, les spectateurs sont pris par l’émotion. Au moment de la dernière note, les clameurs du public sont intenses et l’émotion gagne cette fois les musiciens. La musique du PoCollectif n’est pas soumise au conformisme, ni aux règles. Ils ne pouvaient rêver mieux qu’une carte blanche au Palais de Poitiers pour faire vivre son art et dans, le même temps, le lieu.

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