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Poitiers : deux logeurs de prostituées comparaîtront devant le tribunal de Rennes en avril

La cité judiciaire de Rennes lors du précédent procès des proxénètes poitevins. / © Antoine Morel /France 3
La cité judiciaire de Rennes lors du précédent procès des proxénètes poitevins. / © Antoine Morel /France 3

Un an après le procès du réseau de traite humaine démantelé à Poitiers, deux logeurs de prostituées vont comparaître devant le tribunal correctionnel de Rennes (Ille-et-Vilaine) pour « proxénétisme aggravé », les 1er et 2 avril prochains.

Par Hugo Lemonier

L’audience se tiendra près d’un an après le grand procès du réseau de prostitution nigériane à Poitiers. En juin 2018, 23 prévenus comparaissaient devant la juridiction inter-régionale spécialisée (Jirs) de Rennes.
 
Seul un logeur, sur les trois Poitevins mis en examen, avait été convoqué devant le tribunal. Il avait été condamné à 3 ans de prison assorti d'un mandat d'arrêt et à 33 000 euros d'amende.
 


Deux autres logeurs attendaient encore d'être traduits en justice. Ces Poitevins sont accusés d’avoir profité de dizaines de victimes de la mafia nigériane. Leur procès est exceptionnel à plus d’un titre.

D’une part, Laurent D., qui n’était pas présent à l’audience l’an dernier, n’a finalement pas bénéficié de la procédure de plaider coupable. Il était en effet supposé échapper à une audience publique après avoir conclu un accord avec le procureur et avoir confessé l’ensemble des faits qui lui sont reprochés : avoir facilité et tiré profit de la prostitution de plusieurs femmes entre 2014 et 2017. Pour autant, les juges ont refusé que Laurent D. jouisse de cette procédure simplifiée.

Cela s’explique certainement par la gravité des faits reprochés au prévenu. Laurent D. avait en effet avoué avoir sollicité des « avantages en nature » de la part de plusieurs femmes en contrepartie d’une ristourne sur le loyer.

Nous avions rencontré l’une des victimes, résidant dans l’appartement du suspect. Lize (le prénom a été modifié) avait emménagé dans un appartement de la rue de la Cueille Mirebalaise avec trois autres Nigérianes, dont une mineure de 16 ans.
 
Selon elle, Laurent D., leur nouveau propriétaire, leur aurait alors proposé un marché : "On devait payer 700 euros à quatre. Par exemple, si on n’avait que 400 euros à lui donner, il nous proposait de coucher avec lui. En échange, il oublierait les 300 euros qui manquaient", soutient la jeune femme. "Comme on refusait, il nous coupait l’eau et l’électricité pendant deux ou trois jours." Un témoignage confirmé par des écoutes téléphoniques que nous avons pu consulter.
 


73 ans et sur le banc des prévenus


Autre fait exceptionnel dans ce procès, le profil du second prévenu : Hubert B., 73 ans, banquier à la retraite et propriétaire de dizaines d’appartements à Poitiers. Il est accusé d’avoir facilité et tiré d’importants profits de la prostitution, et même d’avoir incité les victimes à vendre leur corps pour s’acquitter de leur loyer.

Hubert B. avait évité de comparaître lors du grand procès qui s'était tenu l’an dernier en pointant des vices de procédure. Débouté, il devra s’expliquer devant le tribunal pour les faits qui lui sont reprochés, et qu’il a toujours niés.

Mais, l’enquête a permis de recueillir des preuves accablantes contre Hubert B. : "Il pouvait se montrer menaçant pour obtenir le paiement des loyers", insiste la juge d’instruction dans son ordonnance de renvoi. 

"Le 27 janvier 2017, il donnait pour instruction à [un de ses employés] de vider le logement de Precious O. (préalablement interpellée), réclamant [de son employé] qu’il fouillât bien l’appartement pour découvrir éventuellement de l’argent", poursuit le magistrat.


Une partie de la famille manque à l’appel 


Les grands absents de ce procès resteront néanmoins le reste de la famille B. D’après notre enquête, la femme et la fille du prévenu, une avocate d’affaires dans un grand cabinet parisien, auraient joué elles aussi un rôle prépondérant dans ce business de la misère humaine.

Maud B. ne serait intervenue qu’après la mise en examen de son père pour expulser - de façon totalement illégale - les dernières prostituées présentes dans les appartements de la famille. D'après les témoignages que nous avons recueillis, l'avocate aurait, en outre, réclamé une dernière fois les loyers impayés à ces femmes, victimes d’une mafia internationale.

Autre figure de cette saga familiale : le fils d’Hubert B., Ludovic, était lui aussi propriétaire d’un appartement occupé - selon nos informations - par des prostituées. Cet homme, un responsable local des Scouts d’Europe, n’a lui non plus attiré l’attention des enquêteurs.

Pourtant, la lecture du dossier d’instruction fait apparaître à plusieurs reprises le nom de la SCI, dont est gérant Ludovic B. D’après les enquêteurs, au moins cinq femmes prostituées auraient résidé dans son appartement rue Rabelais.
 

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