Sécheresse : la situation se tend en Poitou-Charentes

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Écrit par Marine Nadal

La région subit un phénomène de sécheresse précoce et inhabituel en ce printemps. Les quatre départements sont désormais concernés par des restrictions sur les usages de l'eau. Les particuliers sont appelés au civisme pour éviter une crise qui s'annonce déjà sérieuse pour le secteur agricole.

Exceptionnel. Voilà comment qualifier le printemps 2022. Certes, la météo ensoleillée et les températures quasi estivales de ce mois de mai font le bonheur de beaucoup d’entre nous. Pourtant, la situation est préoccupante. La sécheresse s’installe et l’eau pourrait manquer dans les semaines à venir.

Les quatre départements du Poitou-Charentes comptent parmi les 16 départements français touchés. Et tous ont franchi le seuil d’alerte, nécessitant l’entrée en vigueur de restrictions sur l’usage de l’eau. Le 2 mai dernier, le Préfet de la Vienne a lancé un appel à la sobriété, demandant aux usagers de limiter leur consommation d’eau potable. Mais la situation continue depuis de se détériorer.

La sécheresse cette année est proche de celle de 2005, dernière année référence

François Turpeau, vice-président de la Chambre d'agriculture 86

La Vienne particulièrement touchée

C’est dans ce département que l’état des cours d’eau et des nappes phréatiques est le plus préoccupant. Le seuil d’alerte renforcée a été franchi pour les bassins du Clain, de l’Auxances, de la Pallu et de la Clouère. D’autres zones sont en alerte et sous surveillance : le bassin de la Dive-du-Nord ou celui de la Boivre.

Utilisez le curseur pour comparer la situation entre le 25 avril et le 5 mai 2022.

« Les nappes se rechargent habituellement en hiver, sauf qu’entre octobre et mars, on n’a quasiment pas eu de pluie cette année », se désole François Turpeau, vice-président de la Chambre d’agriculture de la Vienne. Des niveaux historiquement bas pour toute la partie nord de la région qui inquiètent l’ensemble de la filière.

Dans les Deux-Sèvres, le bassin du Layon au nord du département a été placé en alerte, ainsi que le sous-bassin versant de la Boutonne "supra" où des restrictions s'apliquent désormais pour l'irrigation agricole. Une vigilance court sur la Sèvre niortaise, le Mignon et le Lambon.

En Charente, le bassin du Bief est en alerte renforcée, ceux de l’Auge, de l’Argence et de la Touvre ont franchi le seuil d’alerte.

Quant à la situation en Charente-Maritime, une alerte renforcée concerne le bassin de l’Arnoult, celui du Curé et celui du Mignon. L’Aume-Couture à l’est du département, les bassins de la Gères-Devise, de la Charente-aval autour de Rochefort et de Saintes sont en alerte.

La préfecture de Charente-Maritime a mis en place de nouvelles restrictions le mardi  10 mai. Elles concernent les bassins de la Seudre et de la Boutonne supra qui sont en alerte printemps. En conséquence, les prélèvements pour l'irrigation sont interdits du lundi au vendredi de 8 heures à 19 heures. Et de 8 heures le samedi au dimanche 19 heures.

Une gestion en quatre seuils

Dans le détail, l’échelle de surveillance compte quatre niveaux : la vigilance, l’alerte, l’alerte renforcée et la crise. Ce dernier n’a encore été atteint nulle part.

  • La vigilance : représentée en gris sur les cartes, elle incite les autorités à informer et sensibiliser la population sur la situation.
  • L’alerte : signalée en jaune, elle indique que le niveau des nappes phréatiques est bas. Des mesures peuvent être prises à ce stade.
  • L’alerte renforcée : en orange, elle permet aux préfets d’interdire tous les prélèvements dans le milieu naturel (sauf dérogations notamment en agriculture).
  • La crise : le plus haut niveau d’alerte, en rouge sur les cartes. La ressource est alors exclusivement réservée à l’alimentation en eau potable, la santé, la sécurité civile et industrielle, l’abreuvement des animaux et, bien sûr, à garantir l’existence des cours d’eau menacés.

Site internet "Propluvia"

Particuliers et collectivités appelés à faire des efforts

Un Français consomme en moyenne 146 litres d’eau potable chaque jour, selon le Ministère de la Transition écologique (chiffres-clés 2020). Dans le contexte actuel tendu, chacun est appelé à limiter ses usages, quand certains ne sont pas déjà interdits par arrêté préfectoral.

Dans les zones classées en alerte et alerte renforcée, l’arrosage des pelouses et des massifs fleuris sont interdits. Seuls les potagers peuvent l’être à certaines heures, généralement en soirée.

Le remplissage et la vidange des piscines privées sont interdits, sauf si le chantier a démarré avant les premières restrictions. Vous ne pouvez pas non plus laver votre voiture à la maison, ni nettoyer vos façades, toitures ou les trottoirs devant chez vous.

Les collectivités et entreprises ne peuvent pas non plus arroser leurs espaces verts. Les terrains de sport et les golfs bénéficient de dérogations, mais la législation prévoit que les volumes d’eau utilisés doivent être parfois réduits de moitié.

Des conséquences lourdes pour les agriculteurs

Face à ce printemps sec, les plus inquiets sont les agriculteurs. Ce phénomène de sécheresse intervient alors que plantes et céréales ont un besoin crucial d’eau. Les récoltes pourraient être faibles voire perdues par endroits. Un nouveau coup dur pour les exploitants. « La trésorerie en prend un coup, avec les augmentations que l’on subit déjà sur les carburants, sur les engrais, sur les semences, tout… alors si l’on fait une mauvaise récolte derrière, ce sera dramatique », anticipe François Turpeau.

L’irrigation de certaines cultures reste possible grâce à des dérogations. Cela concerne le maraîchage, les légumes de plein champ, la production de melons ou de noix par exemple. Les pépinières ou les producteurs de plantes aromatiques et médicinales peuvent également conserver des systèmes d’arrosage par goutte-à-goutte.

Tous scrutent le ciel et espèrent des pluies abondantes le plus tôt possible. Météo France prévoit des orages le week-end prochain en Poitou-Charentes. Pas sûr que cela suffise.

Le 10 avril dernier, l'émission "Dimanche en politique" abordait déjà la question de la sécheresse.