Une élue de la mairie de Poitiers raconte avoir été victime de "racisme délibéré" en pleine rue

Samira Barro-Konaté, conseillère municipale déléguée aux vacances et à la petite enfance de la mairie de Poitiers, s'est exprimée sur les réseaux sociaux après avoir été victime de "racisme délibéré".

Cela devait être une balade comme les autres pour Samira Barro-Konaté qui promenait sa fille de quatre mois en poussette. En congé maternité depuis plusieurs mois, elle sort son enfant quotidiennement, notamment au parc de Bourgogne, près de la ludothèque l'île aux Trésors, située dans le quartier des Couronneries.

"J'ai été un peu sonnée"

Cette balade pour le moins ordinaire, comme à son habitude, a pris une tout autre tournure ce mercredi 3 juillet. "Un conducteur arrive face à nous, qui allait dans le sens opposé, fait demi-tour pour se mettre à ma hauteur", dévoile la conseillère municipale déléguée aux vacances et à la petite enfance de la mairie de Poitiers. "Dans cette voiture se trouvait uniquement un homme blanc, âgé d'une cinquantaine ou soixantaine d'années, qui m'interpelle en me disant : 'Je te laisse passer'."

Ne connaissant pas cette personne, elle demande à ne pas être tutoyé. "Il me répond : 'oh, mais arrête de faire ta princesse'. Je commence à reprendre ma poussette et à avancer. À ce moment-là, il me dit : 'De toute façon, Marine Le Pen te renverra chez toi'. Puis, il repart dans la direction dans laquelle il devait partir de base, avant de me rencontrer."

CARTE. Parc de Bourgogne - Poitiers (Vienne)

Quelque peu inconsciente face à ce qui lui était arrivé, Samira Barro-Konaté reprend sa balade avec sa fille. "Après cela, j'ai été un peu sonnée, je n'avais pas pris la mesure de ce qu'il s'était passé." Ce n'est que plus tard qu'elle se rend compte de la gravité de ce qu'elle vient de vivre. "J'ai écrit à mes amis pour leur expliquer ce qui venait d'arriver. J'avais besoin quand même d'en parler, mais je ne voulais pas faire une vidéo, car je suis trop timide." Elle décide alors de s'exprimer sur le réseau social X (anciennement Twitter).

"Le racisme décomplexé est de plus en plus présent"

"J'ai été très peu victime de racisme délibéré comme cela. Même moi, qui vis à Poitiers, dans un quartier populaire, ultra-cosmopolite, je ne pensais pas que ce genre de chose m'arriverait. Il y a une montée de la parole raciste en France en ce moment." Victime de "racisme délibéré", Samira Barro-Konaté n'a cependant pas porté plainte et préfère sensibiliser les gens sur les réseaux sociaux.

On ne peut pas imaginer que le département de la Vienne soit exonéré par ce phénomène. Les scores élevés du Rassemblement national ne sont pas à négliger sur ce point.

Joëlle Dumasdelage

Présidente de la section Vienne de la Ligue des Droits de L'Homme

Elle a reçu des messages de soutien de la part de nombreuses personnes, du conseil municipal, mais également de la maire de Poitiers Léonore Moncond'huy : "Le climat politique génère une libération de la parole raciste intolérable, ici à Poitiers envers une femme, une mère, une élue de la Ville de Poitiers. Nous ne devons jamais accepter une telle banalisation de la violence et du rejet de l’autre", écrit-elle sur le réseau social X.

Selon Samira Barro-Konaté, le contexte politique actuel et la montée du Rassemblement national engendre ce type d'actes. "Même s'il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier, une partie des électeurs du RN est raciste. Et moi, ça me fait peur, mais aussi pour toutes les personnes racisées. C'est inquiétant."

Joëlle Dumasdelage, présidente de la section Vienne de la Ligue des Droits de L'Homme, partage l'avis de cette conseillère à la ville de Poitiers. "Globalement, le racisme décomplexé est de plus en plus présent. On ne peut pas imaginer que le département de la Vienne soit exonéré par ce phénomène. Les scores élevés du Rassemblement national ne sont pas à négliger sur ce point."

Selon le site Viepublique.fr, les actes racistes, xénophobes et antireligieux sont en forte hausse depuis plusieurs années. En moyenne, de 2021 à 2023, les services de sécurité ont recensé un crime ou délit à caractère raciste pour 10 000 habitants sur l’ensemble du territoire français.

Graphique : Infractions à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux enregistrés par les services de sécurité en France, de la part du ministère de l'Intérieur

L'actualité "Société" vous intéresse ? Continuez votre exploration et découvrez d'autres thématiques dans notre newsletter quotidienne.
Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
choisir une région
Nouvelle-Aquitaine
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité