Législatives 2022 : les réactions des élus socialistes après le tremblement de terre politique dans l'Aude

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Trois députés Rassemblement National élus sur les trois circonscriptions de l'Aude : c'est un véritable tremblement de terre politique qui s'est produit au second tour des élections législatives dans ce département de tradition socialiste.

"C'est un glissement de terrain qui révèle un glissement des valeurs" : Gisèle Jourda est sénatrice PS de l'Aude depuis 2014. Contactée ce lundi matin par téléphone, elle est encore sous le choc des résultats des élections législatives de la veille : "Ce sont l'effroi et la consternation qui dominent." Même stupeur chez Sébastien Pla, l'autre sénateur socialiste de l'Aude : "Je suis sidéré et triste, ca me fait mal au cœur. Jamais je n'aurais pensé voir ça dans mon département de cœur et de naissance." Gisèle Jourda, en revanche, n'est pas vraiment surprise par ce résultat : "Le feux couvait sous la cendre depuis extrêmement longtemps."

Effectivement, les responsables politiques audois ont eu tout le temps de voir monter la formation d'extrême-droite à chaque scrutin sur le département depuis plus de 10 ans : "Il y a eu de nombreuses alertes, comme le second tour des élections départementales en 2021, où beaucoup de candidats de cette formation avaient réussi à atteindre le second tour," analyse Hélène Sandragné, la présidente PS du conseil départemental de l'Aude. Qui poursuit : "La réalité, c'est que le Rassemblement National dispose maintenant d'un réel ancrage sur le terrain. Il y a eu une installation progressive sur le territoire, on ne peut pas le nier."

Ca va être très difficile pour le département de l'Aude, qui va se retrouver complètement coupé de l'exécutif

Sébastien Pla, sénateur socialiste de l'Aude

Un Rassemblement National qui progresse et qui fait reculer le PS... même si le mouvement avait été entamé dès 2017. Les électeurs audois, dans la foulée de l'élection d'Emmanuel Macron, avaient alors choisi de porter trois députés de la majorité présidentielle à l'Assemblée Nationale. De ce point de vue, l'élection de trois parlementaires ne va pas changer grand chose aux yeux de la présidente du département : " En cinq ans, nous n'avons pas eu beaucoup d'opportunités de travailler de concert avec les députés de la majorité, ça ne devrait pas trop changer, vues nos différences de points de vue avec le RN." 

Mais les responsables politiques audois s'inquiètent aussi de la capacité des trois nouveaux députés à faire exister le département au plus haut niveau, notamment auprès des cabinets ministériels : "Au moins les députés LREM avaient l'oreille de certains ministres. Il y a toujours davantage de chances d'être entendu dans les cabinets et de bénéficier d'arbitrages favorables lorsqu'on appartient à la majorité." Sébastien Pla abonde : "Ca va être très difficile pour le département de l'Aude, qui va se retrouver complètement coupé de l'exécutif."

Parmi les responsables politiques audois, un homme connait particulièrement bien Christophe Barthès, nouvellement élu député de la première circonscription de l'Aude et leader du Rassemblement National dans le département : Eric Ménassi, le maire de Trèbes. Christophe Barthès et lui étaient à l'école du village ensemble. Et les deux s'affrontent régulièrement, lors des scrutins, mais aussi lors des conseils municipaux de Trèbes puisque le RN y siège : "En huit ans, à part des insultes sur les réseaux sociaux, ils n'ont rien fait. Ils font des critiques, des remarques, mais ne font aucune proposition. S'ils travaillent autant à l'Assemblée Nationale qu'à Trèbes, je suis inquiet pour le pays !"  Sébastien Pla, avant d'être élu sénateur, a siégé au Conseil régional d'Occitanie : "Il s'opposent à tout et ne proposent rien du tout. Rien ne va avancer dans le département."

NUPES : un mauvais accord dans l'Aude ?

Des élus sidérés et inquiets. Mais qui apprécient différemment ce que cette élection révèle de leurs propres échecs. Pour Hélène Sandragné, la présidente PS du département, la NUPES n'est pas en cause dans cet échec local : "J'y croyais fermement. Une majorité du peuple de gauche est favorable à l'union. Sans l'accord de la NUPES, je ne pense pas que la gauche aurait pu accéder au second tour de la législative."  Pour rappel, la NUPES s'est qualifiée pour le second tour des législatives dans deux des trois circonscriptions audoises.

Eric Ménassi n'a pas vraiment la même vision des choses. Le maire de Trèbes considère que l'échec au second tour de la NUPES dans l'Aude témoigne "du refus d'adhésion à une alliance artificielle. Il n'y a pas eu les reports de voix qui auraient permis de gagner. Je considère qu'il y a deux gauches irréconciliables : nous avons trop de différences avec La France Insoumise."

Plus que l'accord en lui-même, c'est sa déclinaison dans le département de l'Aude qui interroge le sénateur Sébastien Pla : "Je suis un militant de l'union de la gauche. On a trop longtemps été la risée de tous quant à notre incapacité à nous mettre d'accord. C'était un accord de circonstance technique, mais que nous n'aurions peut-être pas du passer n'importe comment, à n'importe quel prix." Pour le sénateur, les candidats choisis et investis par la NUPES n'étaient pas forcément les bons : "Peut-être que la NUPES a fait peur dans ce département rural. Des propositions ont pu inquiéter les chasseurs ou les chefs d'entreprise."

Le problème de l'abstention

Et nourrir l'abstention. Car c'est le fait politique majeur de cette élection pour l'ensemble des responsables socialistes audois : l'énorme taux d'abstention dans un département habituellement plutôt citoyen, assimilé à "une crise démocratique" par Eric Ménassi. Sur la troisième circonscription de l'Aude, 44,58% des électeurs se sont abstenus. Le taux monte jusqu'à 52,83% dans la deuxième circonscription. "C'est la République qui a perdu. Avec de tels chiffres, aucun parti ne peut prétendre avoir remporté l'élection", analyse le sénateur Pla. Une conclusion partagée par sa collègue Gisèle Jourda qui juge urgent de répondre à la problématique. En reconnaissant le vote blanc et en rendant le vote obligatoire. La sénatrice avait d'ailleurs soumis un projet de loi en ce sens en 2016, mais était à l'époque bien seule pour le défendre.