Aveyron : imbroglio autour de deux demandes d'IG, indication géographique, pour le célèbre couteau de Laguiole

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Écrit par Karine Pellat

En faisant une demande d'indication géographique auprès de l'INPI en 2020, les couteliers de Laguiole espéraient bien protéger leur savoir-faire ancestral d'une très forte concurrence. Problème : les couteliers voisins de Thiers, eux aussi fabricants de Laguiole, viennent de déposer leur propre demande.

Une lame, un tire-bouchon, un poinçon et une abeille. C'est ce qui caractérise le véritable couteau de Laguiole. Parmi les fabricants, des points communs, mais aussi des divergences, puisque deux demandes d'indication géographique sont en cours auprès de l'INPI. La première pour "le couteau de Laguiole", la seconde pour "le couteau Laguiole"...

Pour les premiers, il faut protéger la zone de fabrication de Laguiole

C'est le plus célèbre des couteaux français, mais le "Laguiole" est aussi le plus copié au monde. Pour protéger un savoir-faire et un lieu de fabrication, le syndicat des couteliers de Laguiole a fait une demande d'"indication géographique" auprès de l'INPI en 2020 sous le nom de "couteau de Laguiole". Cette dernière est toujours en cours d'homologation. 

Sept fabricants sont à l’origine de cette demande d'indication géographique. Un regroupement qui représente 220 salariés pour un chiffre d'affaire de 15 millions d'euros.

L'aire de l’indication géographique "couteau de Laguiole " est limitée au Nord-Aveyron. 

Pour le maire de Laguiole, Vincent Alazard, une "indication géographique" permettrait de délimiter un territoire.

II ne faut pas délocaliser la fabrication du couteau de laguiole. Le secteur de naissance du couteau de Laguiole, c'est Laguiole !

Vincent Alazard, maire de Laguiole

Pour lui, comme pour le syndicat des fabricants de couteaux de Laguiole, c'est aussi un moyen de reconnaitre un vrai savoir-faire.

Pour les seconds, le couteau de Laguiole est aussi de Thiers

Problème, un autre groupement de fabricants de couteaux, le CLAA, couteau Laguiole Aubrac Auvergne, regroupant notamment des couteliers de la ville de Thiers, dans le Puy de Dôme, mais aussi du Cantal ou de l'Allier, vient de faire la même démarche auprès de l'INPI en demandant également une "indication géographique" sous la dénomination de "couteau Laguiole". Un couteau et deux demandes différentes.

Ce vendredi, en découvrant cette demande d'homologation, Vincent Alazard, le maire de Laguiole, se dit très surpris. Sur la forme, car il n'a pas été prévenu, et sur le fond, car "Laguiole", c'est avant tout un territoire.

Cette demande, c'est une forme de concurrence, car à la fin, l'INPI n'accordera qu'une seule indication géographique. Il n'y en aura pas deux.

Vincent Alazard, maire de Laguiole

Cette seconde demande représente 38 entreprises, 400 emplois pour un chiffre d'affaires de 43 millions d'euros. Elle couvre surtout un très grand territoire couvrant l'Aubrac et une partie de l'Auvergne.

Pour cette demande d'homologation, une enquête publique vient d'être lancée. Ouverte à tous, même aux particuliers, elle doit s'achever le 21 mars 2022.

Qu'est ce qu'une "indication géographique" ?

Une indication géographique distingue un produit originaire d’une zone géographique déterminée et qui possède des qualités, une notoriété ou des caractéristiques liées à ce lieu d’origine. Elle protège le nom dudit produit des contrefaçons et autres copies.

  • Pour les consommateurs, c’est une garantie sur la qualité et l’authenticité d’un produit .
  • Pour les artisans et les entreprises, c’est un moyen de valoriser leurs produits et leurs savoir-faire, ainsi qu’un outil efficace contre une concurrence déloyale.
  • Pour les collectivités locales, c’est un moyen de protéger leur patrimoine et de mettre en valeur des savoir-faire territoriaux.

Qui pourrait en bénéficier ?

La demande d’indication géographique « couteau Laguiole » concerne trois familles de couteaux : les couteaux fermants ou pliants, les couteaux sommeliers et les couteaux de table.

La présence d’une « abeille » et les formes dites « Yatagan » (soit la forme galbée du couteau) sont des caractéristiques obligatoires, sauf pour le couteau fermant, reconnu avec une forme droite.

Toutes les étapes de fabrication du couteau doivent être réalisées dans la zone géographique définie.

  • Fabrication des pièces constitutives : lame, ressort, mouche, platine, mitre, manche, tire-bouchon, poinçon, levier
  • Montage du couteau
  • Façonnage du manche
  • Finitions et décoration du couteau

Pour les deux demandes, l'INPI a entamé les enquêtes et les études préalables aux homologations. La réponse à la demande du syndicat des couteliers de Laguiole, déposée en 2020, est attendue dans le courant du mois de mars. Quant à la demande de l'association CLAA, couteaux Laguiole Aubrac Auvergne, l'enquête publique menée par l'INPI ne devrait pas s'achever avant plusieurs mois.