Aveyron : une commune de 1700 habitants veut installer cinq caméras pour surveiller les poubelles du village

Lassée par les incivilités, la commune de Marcillac-Vallon (Aveyron) a voté en conseil municipal l'installation de plusieurs caméras de vidéoprotection. Une décision assumée par le maire mais largement contestée par plusieurs associations. 

L'école maternelle et deux parkings de la commune sont concernés par l'installation de caméras de vidéoprotection.
L'école maternelle et deux parkings de la commune sont concernés par l'installation de caméras de vidéoprotection. © Commune de Marcillac-Vallon - FTV

Tags, dépôts sauvages d'ordures autour des containers, verre brisé à proximité des collecteurs, tout cela, Jean-Philippe Périé n'en veut plus. Pour tenter de mettre fin à ces incivilités, le maire (SE) de Marcillac a décidé l'installation de cinq caméras de vidéoprotection, à différents endroits de sa commune comme des parkings et les abords de l'école maternelle. Une décision votée en conseil municipal à la majorité (13 voix pour, 4 voix contre, 2 abstentions), le 19 novembre 2020.

Sur le procès-verbal du conseil municipal (disponible en version PDF), le secrétaire de séance précise que ce dispositif avait déjà été présenté aux membres du conseil municipal, le 27 aout 2020, par l’adjudant-chef Poirier, référent sûreté du Département de l’Aveyron.

 

 

" Il y a des problèmes toutes les semaines "

Si le maire reconnaissait qu'il était " désolant d’en arriver à ce type de contrôle dans [les] petites communes rurales ", il est aujourd'hui sûr de sa décision. " Il y a des problèmes toutes les semaines. Les employés municipaux passent environ une demi-journée par semaine à nettoyer les abords des containers. Ce n’est pas normal et cela coûte à la collectivité ", justifie l'élu.

" On a décidé cela à la suite d’incivilités régulières qui se passaient au niveau des dépôts de poubelles. D'autres part, il nous a paru nécessaire de protéger l’accès à l’école primaire Jean Auzel qui se trouve en fin de voie et sans aucune protection ni vision directe d’habitants à proximité. 

Il n’y a pas de problèmes qui soient intervenus dans les derniers mois", reconnaît l'édile, "mais la protection des entrées des écoles est une demande de vigipirate. A chaque fois qu’il y a une alerte, il faut mettre en place des mesures de protection au niveau de l’école et cela nous facilitera grandement la tâche. "

 

Selon le maire, Jean-Philippe Périé, les équipes municipales consacrent une demi-journée par semaine à l'enlèvement des déchets.
Selon le maire, Jean-Philippe Périé, les équipes municipales consacrent une demi-journée par semaine à l'enlèvement des déchets. © Mairie de Marcillac

Plusieurs associations s'indignent

Pour contester cette décision, un collectif s'est créé, soutenu par diverses associations. La section départementale de la ligue des droits de l'homme a apporté son soutien aux contestataires, en rédigeant un courrier au maire de Marcillac (disponible en version PDF).

Si la ligue des droits de l'homme regrette cette décision d'un point de vue philosophique, son président, Jacky Burzala, craint également que les installations de caméras ne se multiplient. " Dès que l’on commence à mettre des caméras pour soi-disant régler un problème, on se dit « il y a un autre problème à côté, on va continuer à mettre des caméras » et on aboutit de fil en aiguille à une surveillance de l’espace public. Ceci est contraire à certains textes législatifs qui sont favorables à la liberté d’aller et venir sans se sentir surveillé", argumente le président.

" On pourrait presque penser que c'est une information du Gorafi "

" On pourrait presque penser que c’est une information qui a été sortie par le Gorafi (site internet satirique), tellement c’est ubuesque de mettre des caméras pour surveiller des poubelles dans un village de 1 700 habitants" , ironise Laurent Renaudin, secrétaire départemental Europe-Ecologie-Les-Verts. 

Lui aussi s'oppose à cette décision, qu'il juge " inutile ". L'écologiste poursuit : " il y a d’autres réponses à apporter. La première serait d’avoir un véhicule qui circule en ville pour récupérer les encombrants devant chez les gens, c’est ce qui se passe en ville. "

En plus de ces interrogations sur l'utilité, Laurent Renaudin doute de l'efficacité d'une telle installation. C’est complètement inefficace parce que qu’il n’y aura personne derrière. C’est uniquement de l’enregistrement. Donc il faudrait qu’un juge donne l’autorisation de visionner les vidéos pour savoir que monsieur ou madame untel est venu déposer une vieille chaise cassée à côté des bacs à ordures. Les juges ont autre chose à faire. Ils ne le feront jamais, ou alors il faudrait un drame. "  

En janvier dernier, la municipalité avait organisé une journée de sensibilisation pour lutter contre les incivilités.

Une pétition en ligne a été lancée pour lutter contre l'installation des caméras de vidéoprotection. Elle recense près de 2 400 signatures ce mercredi 24 mars. 

Le reportage complet, signé par nos équipes sur place, est à retrouver sur notre chaîne Youtube

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