TÉMOIGNAGE. Un journaliste, couvrant une action anti-OGM dans l'Aveyron, poursuivi par la justice : "une entrave à la liberté de la presse"

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Écrit par Lauriane Nembrot, Sylvain Duchampt

Grégoire Souchay est un journaliste indépendant, basé dans l’Aveyron. Après avoir couvert une action menée par des activistes pour le climat en novembre 2021, il est poursuivi par la justice. Dénonçant de graves entraves à la liberté de la presse, il témoigne.

Voilà bientôt dix ans que Grégoire Souchay est journaliste. Titulaire d’une carte de presse, il travaille avant tout sur les questions liées à l’environnement et à l’énergie. Ces dernières années, il collabore avec de nombreux médias comme Libération ou Reporterre. 

Comme il en a l’habitude depuis près d’une décennie, Grégoire Souchay est parti en reportage jeudi 10 novembre 2021. Ce jour-là, 80 activistes pour le climat issus du Collectif des faucheurs ont fait irruption dans les locaux de l'entreprise RAGT à Calmont dans l’Aveyron. Au cours de cette action, ils ont notamment pénétré dans des hangars et détruit des sacs d’engrais. Les militants souhaitaient dénoncer l’utilisation d’OGM dans l’agriculture. Des OGM que produit l'entreprise aveyronnaise visée. 

Ce jour-là, j’ai fait mon travail de journaliste. Comme d’autres collègues qui étaient présents, j’ai pris des photos, j’ai suivi et j’ai interviewé des gens qui menaient une action de désobéissance civile. Et puis je suis reparti”, explique Grégoire Souchay, joint par France 3 Occitanie mercredi 30 novembre. 

Des poursuites qui interrogent 

Mais malgré ce travail de reporter effectué au moment de l’action menée par les faucheurs, Grégoire Souchay attire aujourd'hui l’attention de la justice. Si le groupe semencier RAGT a porté plainte contre les militants, le parquet a également décidé de poursuivre le journaliste aveyronnais. “On me reproche d’avoir participé en tant que tel à l’action. Je suis donc poursuivi au même titre que les faucheurs volontaires.”, indique l’intéressé. “C’est tout simplement incompréhensible. C’est inadmissible”.

Je ne comprends pas que le procureur décide de me poursuivre en justice en toute connaissance de cause

Grégoire Souchay, journaliste

Cette situation est d’autant plus surprenante puisque le statut du journaliste était connu après avoir été signalé à plusieurs reprises au moment de l'intrusion de novembre 2021. “Quand je suis arrivé sur place j’ai été contrôlé par quelqu’un qui semble-t-il fait partie de RAGT, qui se trouvait avec d’autres salariés de l’entreprise”, raconte le journaliste. “Je lui ai montré ma carte de presse de bonne foi.

Idem lorsqu’il est entendu par la gendarmerie puis par les enquêteurs au cours de l’instruction. “J’ai bien expliqué que je suis journaliste, que j’ai ma carte de presse, que je travaille dans la région depuis des années et que ce jour-là je faisais juste mon travail. Je peux comprendre qu’au moment de la première audition on ne fasse pas le distinguo. Mais je ne comprends pas que le procureur décide de me poursuivre en justice en toute connaissance de cause”, résume Grégoire Souchay. 

La liberté de la presse menacée 

D'autres médias étaient présents pour couvrir l'action volontaire. À ce jour, Grégoire Souchay est le seul journaliste à être attaqué en justice dans cette affaire. Indépendant, il suivait l’action du 10 novembre 2021 pour le compte du média en ligne Reporterre, spécialisé sur les questions écologiques, environnementales et climatiques. La rédaction du site est déjà sous le coup d’autres actions judiciaires. “J’ai des collègues de Reporterre qui ont fini en garde à vue (lors d'autres événements) et qui ont reçu des amendes alors qu’ils étaient en train de faire leur travail aux côtés d’autres journalistes pendant d’autres actions menées par des militants climatiques”, explique le rédacteur. 

J’ai des collègues qui ont fini en garde à vue et qui ont reçu des amendes alors qu’ils étaient en train de faire leur travail

Grégoire Souchay

Selon lui, toutes ces procédures intentées en justice à l’encontre de journalistes constituent une entrave à l’information et à la liberté de la presse. “Mine de rien, cela a des impacts directs sur mon travail. Concrètement, si je veux faire une enquête sur la RAGT Semences, je suis dans une position compliquée.” assure l’intéressé, qui précise que “cette situation nous met en colère à Reporterre”.

Soutien massif sur les réseaux sociaux 

Bien décidé à se défendre et à se battre pour préserver sa liberté d’informer, Grégoire Souchay médiatise son affaire. Dans un tweet relayé plus de 400 fois depuis sa publication, le journaliste dénonce le fait d’être “à [s]on tour attaqué en justice pour avoir fait [s]on travail de journaliste pour Reporterre”. 

Une pétition en ligne a été lancée en soutien au journaliste. Plusieurs journalistes et organes de presse l’ont déjà signé. “J’estime que c’est intolérable que je sois poursuivi pour mon travail de journaliste. Et c’est semble-t-il l’avis de plein de gens dans la profession. Des syndicats de journalistes, des associations professionnelles, des sociétés de rédacteurs et des citoyens me soutiennent. Ils me disent que ce n’est pas possible”. Une soirée pour la liberté d’information est également prévue à Paris, lundi 5 décembre 2022. 

L’audience de Grégoire Souchay devant le tribunal était initialement prévue à Rodez le 7 décembre prochain. Elle est reportée au printemps. Contacté, le procureur de Rodez, Nicolas Rigot Muller explique ne pas avoir d'informations sur ce dossier "intenté par son prédécesseur". Quoi qu'il en soit, il maintien qu'en l'état : "il n'y a pas de poursuites juste parce que c'est un journaliste parce qu'on ne poursuit pas un journaliste quand il fait juste son travail", sans apporter plus de précisions...

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