Scénario de polar et gaz soporifique : comment un collectionneur se fait voler 485.000 euros de monnaies anciennes

Image d'illustration d'une pièce en or. / © Daniel BARRY/MaxPPP
Image d'illustration d'une pièce en or. / © Daniel BARRY/MaxPPP

Dans la nuit de dimanche à lundi 18 novembre, ce collectionneur s'est fait dérober à son domicile la totalité de ses pièces de monnaie. Il revenait de la grande bourse de Monte-Carlo (Monaco) où tout le dimanche il avait exposé sa précieuse collection.

Par Nathalie Fournis

C'est un scénario digne d'un polar que nous raconte ce numismate de Millau (Aveyron). Il a souhaité garder l'anonymat, nous le prénommerons Jean au cours de cet article.

De Monaco à Millau

Ce dimanche 17 novembre, à 17 heures, Jean quitte Monaco après avoir participé à la bourse numismatique de la Principauté, avec sa compagne et son fils. Le sexagénaire y a présenté une des plus belles collections de monnaies anciennes du sud de la France. Des pièces allant de l'Antiquité à la Révolution française. Des pièces en or, en argent et en bronze, des pièces rares aussi. Il a exposé des pièces grecques, mérovingiennes, carolingiennes ou encore des pièces frappées des rois de France. En tout il en possède environ 480.

Ma plus belle pièce, nous dit-il, c'est celle de Jeanne de Naples en or, ce n'est pas la plus chère, mais j'aime l'histoire liée à cette reine. 

La famille prend l'autoroute direction l'Aveyron, la précieuse collection à bord.
En fin d'après-midi, une petite pause sur une aire de repos entre Marseille et Aix-en-Provence s'impose. Jean voit arriver sur le parking derrière lui, deux voitures aux vitres fumées. Quelque chose l'alerte sur la présence de ces véhicules, il demande à son fils de remonter dans la voiture et reprend la route.
A Montpellier, la famille s'arrête pour faire le plein de carburant et en repartant, les voitures noires sont à nouveau derrière eux.
Sur l'autoroute, ce n'est pas rare de voir et revoir plusieurs fois les mêmes voitures, il y prête attention le temps d'un échange avec sa compagne et oublie ces véhicules jusqu'à leur arrivée à la maison.

A la maison

Après 5 heures de route, Jean arrive à Millau aux alentours de 22 heures. La banque où il a un coffre-fort est fermée à cette heure là, il laisse dans son auto garée dans son jardin, la majeure partie de sa collection, l'argent liquide issu des ventes de la journée et le reste des pièces, dans la maison.

Les voleurs viennent d'abord visiter les maisons où ils opèrent. La voiture est protégée par une alarme, si des voleurs pénètrent chez moi, ils se serviront d'abord de ce qu'il y a à l'intérieur.
Et puis je n'ai pas de coffre-fort à mon domicile, sinon on a un revolver sur la tempe.

22 heures 02

Le couple regarde un peu la télé, il est passé 22 heures.
Au même moment dans le jardin, 4 hommes approchent de la maison, capuches sur la tête, ils pénètrent dans la propriété en sautant le mur. L'éclairage public est encore allumé.

Les visiteurs ne savent peut être pas que la caméra de vidéo surveillance de l'entreprise voisine capte leurs allées et venues.

22 heures 18

Les hommes sortent du jardin. Le repérage est terminé.

A 1 heure 11 du matin

L'éclairage public s'est éteint. Les mêmes hommes arrivent en voiture devant la maison. Sur les images de la caméra, on les voit décharger du matériel de la malle.
Ils ont commencé par fracturer la maison au pied de biche. On les voit en action, au moins 4 personnes.
Ils ont fouillé la maison et sont montés dans ma chambre, ont fouillé mes vêtements pour récupérer la clé de la voiture dans mon pantalon. 

"On a été clairement gazés, sûrement par une bouche d'aération de la maison... Comment voulez-vous ne pas entendre le fracas de la porte, leur présence dans notre chambre... d'habitude j'entends les déplacements du chat dans la maison et ma compagne a aussi le sommeil très léger."

Ils ont pris dans ma chambre la sacoche avec l'argent, au moins 15.000 euros en liquide et aussi les pièces de monnaie.
 

 1 heure 45

Ils sortent du jardin avec des sacs et une minute plus tard la petite voiture s'en va vers Millau.
Un des hommes repart à pied, il a sûrement garé une voiture plus loin.

8 heures lundi matin

Jean et sa famille ont du mal à sortir du lit et le réveil est pénible pour tout le monde.
Je vois que ma chambre a été fouillée. Ma sacoche et ma mallette contenant les plateaux de pièces ont disparu.
Il fait très froid à l'intérieur de la maison, la plupart des fenêtres sont grandes ouvertes.

Ils nous ont gazé mais ils ont tout ouvert après, ils ont eu peur qu'on meurt. 

 

J'ai 66 ans, je suis un passionné des pièces de monnaie, d'histoire et un infatigable chineur.
J'avais 10 ans quand j'ai trouvé près de chez moi ma première pièce, c'était un truc de fou. Aujourd'hui, tous les livres de ma bibliothèque sont des ouvrages traitant de numismatique. Si la police ne retrouve pas ma collection, je ne reparlerai plus jamais de numismatique.


Depuis son dépôt de plainte lundi dernier, Jean n'a toujours pas été entendu par les enquêteurs de la police de Millau. Il sait juste que le parquet a été saisi et que les policiers ont visionné les images de la vidéo surveillance de l'entreprise en face de son domicile. Il ne dort plus, sa famille est traumatisée.

Sa collection toute entière a été volée. Elle représentait une vie de collecte d'une valeur de 485.000 euros.
Pour couronner le tout, elle n'était même pas asurée.

Les voleurs ont tout emporté, sauf une pièce : un demi Louis d'or de Noailles, il était posé sur sa cheminée.

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