Confinement : la ruée des consommateurs sur les rayons non-essentiels des supermarchés avant leur fermeture

A partir du jeudi 5 novembre, les grandes surfaces ne pourront plus vendre du maquillage, des vêtements, des livres ou des fleurs, afin d'éviter de concurrencer les petits commerces fermés à l'approche des fêtes de Noël. Une mesure incomprise par les consommateurs comme par les commerçants.

Ce lundi 2 novembre, de nombreux consommateurs se sont rendus dans les supermarchés pour acheter des livres, jouets ou encore des vêtements avant la fermeture de ces rayons. Les petits commerces étant fermés, le gouvernement a annoncé que les grandes surfaces ouvertes devraient bloquer l'accès aux rayons des produits non-essentiels par mesure d'équité à partir de ce mardi 3 novembre.

Les rayons culturels, textiles, bijouterie, fleurs, jouets, maquillage mais aussi décoration et électroménager seront concernés par cette interdiction. Dans cet hypermarché de Carcassonne, dans l'Aude, Emilie s'est précipitée pour faire quelques achats pour ses enfants avant la fermeture des rayons. "Je suis venue acheter des baskets pour mes enfants, j'en profite parce que d'ici un mois on ne sait pas ce que va donner le confinement". Pour cette mère de famille, cette décision n'est pas logique : "Je trouve ça complètement absurde, ya des choses qui sont ouvertes, fermées... ce n'est pas clair."
 

 

Les consommateurs poussés à acheter sur internet

Pour ne pas concurrencer les commerces de proximité et de centre-ville, les supermarchés devront donc condamner les rayons, car les vider demandrait trop de temps. Il faudra faire preuve de pédagogie, selon Vincent Bracq, le responsable du secteur non-alimentaire du magasin. "En ce moment vous voyez des vitrines en centre-ville et vous ne pouvez pas acheter, ça sera la même problématique"
 


Dans cette grande surface, le secteur non-alimentaire représente 20 à 30 % du chiffre d'affaires. La direction craint qu' un nouveau confinement ne change définitivement les habitudes des consommateurs.
 

On est en train d'habituer les consommateurs à avoir exclusivement recours aux achats par internet alors qu'ils désertaient déjà les centre-ville et zones commerciales. Une fois que les habitudes sont prises, ça sera difficile de relancer cette dynamique commerciale.

Laurent Boissonnade, propriétaire de l'hypermarché

Une cliente croisée au rayon librairie est justement venue pour éviter ces achats sur internet. "Je suis venue voir pour acheter des livres pour Noël avant que ça ne ferme. Je préfère acheter ici plutôt que sur internet parce que je ne veux pas donner d’argent aux Gafa", raconte-t-elle.


Les petits commerçants passent à l'action

Nombreux sont ceux qui tentent de défendre les petits commerçants face à ces mesures décriées. Le maire de Carcassonne et le maire de Narbonne ont publié un arrêté pour permettre aux petits commerces dits "non-essentiels" de rester ouverts dans leur ville, samedi 31 octobre. Mais ces arrêtés ont été déférés au tribunal administratif. "J’ai demandé aux commerçants de ne pas rouvrir avant de connaître la décision de justice", a annoncé le maire de Narbonne, Didier Mouly.

À Uzès, dans le Gard, l'association des commerçants locaux a mené une action de sensibilisation devant un magasin Carrefour pour inciter les clients à soutenir les commerces de proximité, qui mettent en place un système de livraison et de "click and collect"d'ici la fin de la semaine. 
 
 

Fermer les rayons des grandes surfaces, ce n’était pas vraiment notre volonté. Notre volonté c’était de pouvoir rouvrir les petits rayons de nos petits commerces. On prépare actuellement les livraisons et le drive pour le click and collect qui va être mis en place sur tout l’Uzège dès ce mardin. L’objectif est que les gens continuent de faire vivre le commerce local.

Lara Mauger, Présidente de l'association des commerçants d'Uzès


Les clients se montrent compréhensifs : "C’est pas normal que les grandes surfaces vendent de tout alors qu’eux sont fermés", lance une femme. "Il faut que tout le monde joue le jeu, les commerçants comme les clients", ajoute un autre.

Une trentaine d'entre eux ont fait le déplacement, ainsi que le maire d'Uzès et le président de la CCI. "Nous espérons, d’ici le 12 novembre, commencer à rouvrir quelques après-midi, pas forcément les week-end mais progressivement pour préparer les fêtes de Noël", ajoute Laura Mauger, qui rappelle que certains commerçants pourraient ne pas se remettre d'un deuxième confinement. Le propriétaire de l'Intermarché d'Uzès a fermé ses rayons de produits non-essentiels bien avant la date butoir, afin de montrer son soutien à l'association des commerçants locaux.

La liste précise sera communiquée par décret ce mardi 3 novembre. Le ministère de l'Economie annonce une tolérance jusqu'à mercredi.
 
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