Coronavirus : la reprise de l'activité chez les sous-traitants de l'aéronautique suscite de nombreuses inquiétudes

Fermées pendant une semaine, deux usines du groupe Latécoère à Toulouse et une à Gimont doivent reprendre leur activité ce mardi 24 mars 2020. / © XAVIER DE FENOYL / MaxPPP
Fermées pendant une semaine, deux usines du groupe Latécoère à Toulouse et une à Gimont doivent reprendre leur activité ce mardi 24 mars 2020. / © XAVIER DE FENOYL / MaxPPP

Latécoère, Mecahers, Ateliers de la Haute-Garonne... Plusieurs sous-traitants aéronautiques ont fermé leurs usines temporairement pour y faire des aménagements de sécurité liés à la propagation du coronavirus. La reprise de leur activité suscite l'inquiétude, voire la colère de certains syndicats.

Par Laurence Boffet

Latécoère a décidé de rouvrir ce mardi matin ses deux usines de Toulouse et celle de Gimont (Gers) fermées depuis une semaine à cause de l'épidémie de coronavirus. Colère et inquiétude de la CGT qui appelle les salariés à ne pas venir sur leur lieu de travail. Une inquiétude partagée par d'autres sous-traitants aéronautiques : lundi, le même syndicat appelait les salariés de Mecahers à ne pas se rendre au travail.

Des mesures prises pour limiter les risques

Du côté de la direction de Latécoère, on explique que des mesures sanitaires ont été prises pendant toute cette semaine sur les chaînes de production. "Nous avons consulté les représentants de la commission santé sécurité et conditions de travail (CSSCT) et la médecine du travail et aménagé les postes de travail" explique Stéphane Molinier, directeur des opérations pour la branche Aérostructures de Latécoère. "Des procédures sont mises en place dès l'entrée des usines avec du gel-hydroalcoolique à l'entrée, un lavage des mains toutes les heures, une réorganisation de tous les flux avec des marquages au sol, des vestiaires agrandis, un système de nettoyage renforcé, plusieurs fois par jour..."
"On a réorganisé nos équipes pour éviter au maximum que les gens se croisent" poursuit-il et "aménagé les postes de travail pour qu'il y ait toujours une distance d'1 mètre entre les collègues de travail, pour qu'ils ne touchent pas de choses communes. Et sur les postes où c'est inévitable que deux personnes travaillent ensemble, elles seront équipées de masques, lunettes ou visières."
 

La CGT appelle les salariés à exercer leur droit de retrait

Des mesures qui ne suffisent pas à rassurer la CGT : le syndicat appelle les salariés à exercer leur droit de retrait. Il est le seul à avoir rendu un avis négatif lundi, lors d'une réunion téléphonique d'information et de consultation du CSE du groupe où les mesures d'hygiène et de sécurité mises en place par l'entreprise ont été détaillées. Les deux autres syndicats, FO et CFE-CGC, se sont abstenus.
 

"Une décision criminelle" pour la CGT

"Il faut donc continuer à produire des avions, c'est la décision de ces gens-là et tant pis si des ouvriers en meurent, si leur entourage en meurt et si des personnels soignants en meurent. Cette décision monstrueuse est à la fois criminelle et stupide." martèle le syndicat dans un communiqué. 

"Oui, notre communiqué est dur" admet ce mardi Florent Coste, secrétaire du syndicat CGT chez Latécoère, "mais c'est parce qu'on considère que la direction est vraiment criminelle : quand on met des gens dans une usine, dans un bâti, on les expose de toute façon". 

C'est une mesure que la raison impose, que le bon sens impose ! On peut arrêter de fabriquer des avions, le monde ne va pas s'arrêter de tourner. C'est une folie furieuse de rassembler des gens dans une usine, dans une période de confinement généralisé.

dit encore Florent Coste, évoquant l'inquiétude de nombreux salariés.
 

Une reprise pour maintenir l'activité selon la direction

On ne peut pas, nous tous seuls, décider de fermer pendant deux mois. Le gouvernement demande le maintien d'une activité économique, nos clients fonctionnent donc on rouvre tout doucement."

répond Stéphane Molinier

"Nous avons trois priorités" dit-il encore "la santé de nos salariés, la satisfaction de nos clients et la pérennité de notre entreprise. Nos clients aujourd'hui, Boing, Airbus, Embraer, ont tous repris. On reprend une activité à très faible capacité." 


De fait, très peu de salariés ont repris le travail ce mardi : une vingtaine sur 130 vont se croiser en deux vacations à Gimont. Et une trentaine sur 180 sur les deux sites toulousains de Latécoère. 
"Si on reprend à très faible capacité, pourquoi reprendre, dans ce cas-là ? " interroge encore Florent Coste, de la CGT. "Pour être capable de suivre dès que l'activité repartira" répond Stéphane Molinier. 
 

Et pour les salariés inquiets ?

Selon Florent Coste, de nombreux salariés des chaînes de production font part de leurs inquiétudes et ne tiennent pas à reprendre le travail. Une inquiétude que la direction dit comprendre ce mardi. "On n'est pas là pour faire de la productivité" dit Stéphane Molinier, "on est plus dans un temps de continuité de l'activité donc on ne force pas les gens à venir au travail. Il y a des gens qui sont dans une très grande inquiétude pour eux ou pour leurs proches. On va regarder ce mardi avec les ressources humaines quelles solutions on peut trouver entre la prise de congés ou le chômage partiel". 

Une inquiétude partagée chez de très nombreux sous-traitants aéronautiques

Lundi, Airbus a repris sa production, après quatre jours d'arrêt pour réaliser des contrôles de santé et de sécurité liées à la propagation du coronavirus. Et depuis, bon nombre de ses sous-traitants lui emboîtent le pas ou souhaient le faire au plus vite suscitant à chaque fois l'inquiétude de leurs salariés. C'est le cas notamment chez Mecahers où le travail a repris lundi et où la CGT dénonce "l'irresponsabilité de la direction". C'est le cas aussi aux Ateliers de la Haute-Garonne qui fabriquent des rivets pour les avions à Flourens et qui envisage une réouverture dans la semaine. "Alors que les médecins nous invitent à rester chez nous et qu'on est tous confinés, Airbus et les sous-traitants de l'aéronautique veulent nous faire reprendre le travail le plus vite possible" dénonce un élu CGT sur la page facebook syndicat
"Nous sommes en guerre et en tant que chair à canon, vous allez retourner au travail, c'est ce qui a été décidé par nos dirigeants" dénonce de son côté le syndicat UNSA Aérien de l'entreprise Derichebourg implantée à Blagnac. 

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