Covid et crise économique : les Restos du coeur constatent une explosion de la précarité

Crise sanitaire, nouveaux bénéficiaires, baisse des dons, manque de bénévoles. Les Restos du coeur reprennent du service le 24 novembre 2020 dans un contexte inédit. Et misent plus que jamais sur la solidarité.Témoignages avant l'ouverture dans le Gard et les Pyrénées-orientales.
Crise sanitaire, nouveaux bénéficiaires, baisse des dons, manque de bénévoles… Les Restos du coeur reprennent du service le 24 novembre 2020 dans un contexte inédit.
Crise sanitaire, nouveaux bénéficiaires, baisse des dons, manque de bénévoles… Les Restos du coeur reprennent du service le 24 novembre 2020 dans un contexte inédit. © CHARLY TRIBALLEAU / AFP
Les inscriptions pour la distribution d’hiver ont commencé depuis plusieurs jours. Aux quatre coins de l'Occitanie, les équipes se mobilisent, prêtes à lancer mardi 24 novembre cette nouvelle campagne. Fidèles à l’esprit de Coluche depuis 35 ans. Mais Bernard Boulery, président des Restos du coeur du Gard, est dubitatif. Inquiet de ne pas voir plus de monde s’inscrire. « L’affluence pour l’instant est dans les mêmes eaux que l’an dernier.

Il n’y a pas plus de monde. Et ça nous inquiète. Par crainte de la contamination, des personnes ne viennent pas.

Bernard Boulery, président des Restos du coeur du Gard

Pourtant, les équipes des Restos le savent : la précarité grandit, de confinement en confinement. Ils ont l’expérience de la première vague.  « A Alès, j’ai rencontré des gens que je n’avais jamais vu, témoigne Bernard. De jeunes auto-entrepreneurs qui avaient investi toutes leurs économies dans leur projet et qui se retrouvaient sans aucune possibilité d’indemnisation. Des étudiants, des jeunes de moins de 25 ans sans RSA, des gens en intérim sans boulot. On a vu arriver beaucoup de monde. »

Des pauvres de plus en plus pauvres

Ce que redoutent les bénévoles, c’est l’aggravation de la situation. Au printemps dernier, les familles n’avaient plus de cantine pour les enfants à midi. Et pour faire face à ces dépenses alimentaires en plus, elles ont souvent sacrifié le paiement du loyer et des factures. Elles sont aujourd’hui très endettées. Le reconfinement va avoir des conséquences dramatiques.

20 à 30% de bénéficiaires en plus

Les Restos envisagent une augmentation des bénéficiaires de 20 à 30 %. Ce constat, Odile Bregand le fait déjà dans les Pyrénées-Orientales. La responsable catalane a vu en avril arriver pour le première fois des commerçants et des artisans. « Ils ont pu reprendre un peu d’activité cet été mais ils vont revenir », assure-t-elle.
Du coup, les bénévoles sont confrontés à un défi de taille. Comment gérer cet afflux imminent en respectant les contraintes sanitaires ? Dans la petite commune de Céret par exemple, les locaux sont exigus, 35m2 à peine pour accueillir les bénéficiaires. Un vrai casse-tête.

Une distribution sous haute contrainte sanitaire

Les équipes catalanes essaient de mettre en place des rendez-vous d’une demi-heure pour les inscriptions et les distributions à venir. Les bénéficiaires doivent venir seuls.  Dans le Gard, même souci de limitation  : « Nous restreignons l’accès à 2-3 personnes par local. Avec un circuit précis, une remise des produits sur la table, pas de la main à la main. Les files d’attentes seront un peu plus longues. Mais nous allons allonger les plages horaires, nous adapter à la demande», explique Bernard Boulery. « Chez les Restos, on appelle ça l’agilité, " sourit Odile, son homologue perpignanaise.
 

Y aura-t-il suffisamment pour tous ? 

Autre difficulté du moment, trouver des denrées. Car les dons sont forcément moins importants : courses alimentaires limitées, commerces fermés, baisse du pouvoir d’achat…  Dans le Gard, Bernard Boulery prévoit d’ores et déjà d’organiser une collecte supplémentaire avant Noël. Histoire de renflouer les stocks.
Mais pour ça, il faut des bénévoles. Ils sont le nerf de la guerre, depuis le départ. Une grande majorité sont des retraités de plus de 65 ans, une population à risque face au covid. Beaucoup ont décidé de se mettre en retrait, pour se protéger. « C’est tout a fait compréhensible », explique Odile Bregand.

40 % de nos bénévoles, des seniors, ne peuvent plus venir. Sur 600 personnes, ça fait beaucoup de bras en moins

Odile Brégand, présidente des Restos du coeur des Pyrénées-Orientales
 

Ne pas baisser les bras

Malgré tout, en plus de la campagne d’hiver, l’équipe catalane compte maintenir ses activités comme le soutien scolaire où il y a un énorme besoin, et la distribution de colis auprès des gens de la rue. Même motivation sans faille dans l’antenne gardoise où l’on aimerait mettre en place une tournée en camion dans les petits villages du sud des Cévennes. Pour inverser la démarche, aller à la rencontre de ceux qui sont touchés par la précarité. Et qui ne vont pas oser frapper à la porte des Restos. Les bénévoles le savent : cet hiver sera long et compliqué. Ils espèrent qu’il sera solidaire.
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