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Doit-on craindre la bactérie tueuse d'oliviers dans le Languedoc-Roussillon ?

Un champ d'oliviers à Montpellier, le 6 mai 2013. / © IP3 PRESS/MAXPPP
Un champ d'oliviers à Montpellier, le 6 mai 2013. / © IP3 PRESS/MAXPPP

Xylella Fastidiosa, la bactérie qui ravage les oliviers, vient d'être identifiée en Corse. Peut-elle se répandre dans notre région ? Réactions de spécialistes.

Par Claire Digiacomi

Depuis 2013 et son apparition en Italie, elle est redoutée par nombre d’agriculteurs du sud de la France. La Xylella Fastidiosa, rebaptisée la "bactérie tueuse d'oliviers", pourrait bien, aujourd’hui, devenir une réalité pour eux.

La Xylella a été détectée sur des feuilles de myrte de la commune de Propriano, en Corse-du-Sud, le 20 juillet 2015. Des mesures d'urgence sont d’ores et déjà mises en œuvre pour éviter la progression de la bactérie : "arrachage des plantes concernées, désinsectisation de la zone, et conduite d'une enquête épidémiologique", précise la préfecture de Corse dans un communiqué.

Dans le Languedoc-Roussillon, l’heure est à la prudence. "Bien sûr que nous craignons l’arrivée de cette bactérie, mais il ne faut pas faire de psychose", tempère Jean-Michel Duriez, responsable régional de l’Association française interprofessionnelle de l’olive (Afidol) à Montpellier. "Mais il est vrai qu’on ne pourra rien faire si jamais elle arrive chez nous, il faut donc rester prudent", ajoute-t-il, tout en rappelant que la bactérie ne touche pas que les oliviers, mais plus de 200 espèces végétales.

Manque d'information

Aucun moyen de lutte autre que la destruction des végétaux infectés n'existe pour le moment. La bactérie est transmise d'arbre en arbre par des petits insectes, lointains cousins de la cigale, les cercopes. Elle a déjà dévasté plus d'un million d'oliviers dans la région des Pouilles, dans le sud-est de l'Italie, où l'état de catastrophe naturelle a été décrété.

"Il faut quand même garder en tête que certaines plantes sont plus résistantes que d’autres", relativise Jean-Michel Duriez, qui rappelle que l’Italie ne possède que très peu de variétés d’oliviers, quand le Languedoc-Roussillon en compte une quarantaine. "Pour certains scientifiques, cette biodiversité est un atout par rapport à ce genre de problème", affirme-t-il. "Peut-être que la bactérie attaquera la Lucques sans toucher la Picholine (deux sous-espèces d’oliviers, NDLR)".

Des oliviers touchés par la bactérie Xylella Fastidiosa, près de Gallipoli, dans la région des Pouilles en Italie, en mai 2015. / © MARIE-LAURE MESSANA / AFP
Des oliviers touchés par la bactérie Xylella Fastidiosa, près de Gallipoli, dans la région des Pouilles en Italie, en mai 2015. / © MARIE-LAURE MESSANA / AFP

"Potentiellement, la situation est grave parce qu’on manque beaucoup d’information", analyse Thierry Candresse, virologue à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) de Bordeaux. Les symptômes de la Xylella Fastidiosa n’ont en effet rien de typique : les feuilles se dessèchent de manière sporadique sur la plante, par une asphyxie racinaire qui empêche la bonne alimentation en eau de la partie aérienne du végétal.

La propagation de la bactérie devrait suivre le mouvement naturel des insectes. Mais "on peut se demander si les insectes eux aussi ne voyagent pas dans ou sur des voitures, ce qui leur permettrait d’aller encore plus vite", s’interroge Thierry Candresse. "En deux ans, la maladie a progressé de façon importante en Italie", remarque-t-il.

Des actions en amont

Pour le spécialiste de l’Inra, l’essentiel de l’action doit donc se faire en amont, et pas seulement par les professionnels : "il faut contrôler le commerce de végétaux, mais aussi les importations privées et illégales. On peut également prévenir les gens qu’il faut éviter de récupérer n’importe où des plantes sensibles, en particulier d’Italie." Depuis l'épisode italien, la France a déjà suspendu unilatéralement les importations de produits frais en provenance des zones infestées, provoquant la colère des Italiens.

Des contrôles sont effectués régulièrement sur les végétaux du Languedoc-Roussillon. "Des mesures ont été prises depuis février 2015, en relation avec l’Etat", assure Jean-Michel Duriez. Des techniciens effectuent des prélèvements dès qu’un professionnel soulève une inquiétude sur un de ses plants, et des bulletins de santé du végétal sont diffusés "dans le petit milieu de l’olivier".

"En cas de doute, il ne faut pas hésiter à contacter un technicien de l’Afidol ou de la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt  (DRAAF)", conseille Jean-Michel Duriez. En Corse, les autorités ont renforcé les mesures de contrôle, tout en appelant la population à signaler symptômes ou suspicions de la présence de la Xylella Fastidiosa sur les espèces cibles : oliviers, prunus, pêchers, amandiers, lauriers-roses, vignes, agrumes, caféiers, chênes.

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