Elections municipales : pourquoi certains maires décident de ne pas se représenter

La façade de la mairie du Carla-Bayle en Ariège. / © ERIC CABANIS / AFP
La façade de la mairie du Carla-Bayle en Ariège. / © ERIC CABANIS / AFP

Selon une étude menée par le centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) et l'association des maires de France, la moitié d'entre eux envisage de passer la main en 2020. Certains estiment avoir fait leur devoir, d'autres supportent mal la pression de leurs administrés. Témoignages.

Par Laurence Boffet

"Ma décision était déjà prise depuis le début de l'année mais cette agression en a précipité l'annonce". Trois jours après avoir été blessé à l'avant-bras en intervenant au cours d'une dispute familiale dans sa commune, Francis Boy, le maire de Saint-Ybars, en Ariège, le confirme : il ne briguera pas de nouveau mandat. Comme de nombreux maires de France, l'élu a décidé de jeter l'éponge, à quelques mois des prochaines élections municipales. 
 

"Je vais redevenir un citoyen lambda"

"Je suis fatigué" dit-il, "j'ai été victime d'agressions verbales, des gens sont venus plusieurs fois chez moi, ont abîmé ma voiture, crevé mes pneus... Et là, j'ai du mal à me remettre psychologiquement de cette agression, c'est très dur à vivre, surtout quand ce sont des gens qu'on connaît."

Elu en 2008 sous la bannière socialiste, Francis Boy se dit aujourd'hui "très fatigué". "Le maire est à la fois un défouloir et un psychologue", explique-t-il. "Je suis né dans ce village, j'y suis très présent mais partager à ce point la détresse des gens, c'est très dur. C'est devenu très, très difficile. Aujourd'hui, je vais préserver ma santé". Il a surtout du mal à admettre "la dégradation de la société et sa violence" accrues selon lui ces trois dernières années.

Je suis un républicain convaincu mais là, je ne supporte plus cette République" Francis Boy

Aujourd'hui, Francis Boy dit attendre "le retour d'un Etat régalien même si, quand on parle d'autorité, on passe pour un fou". Il a décidé de renoncer à toute vie politique. "Je vais redevenir un simple citoyen et j'observerai tout ça de loin". 
 

"J'ai plein d'autres expériences à vivre"

La maire de Verdun-sur-Garonne, elle aussi, a fait le choix de ne pas se représenter. Ce n'est pas la lassitude qui l'emporte chez elle mais plutôt une envie d'autre chose. "J'ai 37 ans et plein d'expériences à vivre dans ma vie professionnelle. Je ne peux pas cumuler un mandat avec une vie professionnelle à plein temps." explique Aurélie Corbineau, en disponibilité depuis son élection sur une liste citoyenne en 2008.

C'était une très belle expérience mais j'ai envie de passer la main." Aurélie Corbineau

D'abord conseillère municipale, elle est devenue maire quelques mois plus tard, lorsque le maire de la commune est décédé. "J'ai assumé un rôle que je n'avais pas envisagé, c'était une belle expérience mais aujourd'hui, j'ai envie de passer la main" explique-t-elle. "Cela fait 12 ans que je suis impliquée dans la vie politique car nous avions travaillé six ans à préparer ce mandat avant de présenter notre liste citoyenne. Nous avons réalisé des projets, plus nombreux que prévu, et j'estime avoir rempli le contrat. ".

Aurélie Corbineau évoque aussi des indemnités d'élu "trop justes pour vivre seule avec deux enfants sans travailler à côté" et la difficulté de trouver un emploi seulement à mi-temps pour conserver son mandat. Il y a enfin la solitude ressentie parfois, comme quand l'élue et son équipe ont été menacées, en 2016 : "je n'ai reçu aucun soutien de l'Etat lorsque j'ai été menacée de mort " dit-elle, "ni quand nous avons vécu 18 mois de pression avec des lettres anonymes". Conclusion ? "Tout n'est pas tout noir ou tout blanc. Ce n'est pas une raison en particulier qui me pousse à renoncer mais la somme de toutes. Et c'était d'abord une belle expérience" conclut-elle.
 

"Il faut se battre tout le temps, pour tout."

"Il faut avoir du courage ou un peu d'inconscience pour devenir maire d'une commune rurale aujourd'hui" dit de son côté Michel Soriano. A 64 ans, le maire sans étiquette de Lasséran en est à son deuxième mandat dans cette petite commune gersoise de 400 habitants. "Je n'ai jamais été inscrit dans un parti politique" dit-il, "mais j'ai toujours voté et j'ai toujours été investi dans la vie locale. Je suis un militant laïc, j'ai toujours été bénévole. A 10 ans, j'étais déjà membre du comité des fêtes..." Mais aujourd'hui, il souhaite raccrocher. 

Il faut se battre tout le temps, pour tout. Nous sommes des médecins généralistes et on nous demande d'être des spécialistes." Michel Soriano

C'est l'accumulation des entités qui le contrarie le plus : "il y a la commune, évidemment, la communauté de communes, la communauté de pays... Tout ça, ce sont des réunions, ça demande beaucoup de temps, beaucoup de travail. C'est en moyenne deux réunions par semaines et ça peut aller jusqu'à cinq. "

Lui aussi, il a connu les menaces : "j'ai été menacé de mort, je me suis fait sortir à coups de poings. Je n'avais pas d'ennemis et maintenant j'en ai". Mais ce n'est pas du tout ce qu'il veut retenir de ses mandats de maire : "j'ai surtout fait des rencontres sensationnelles. Rendre service à des administrés, se sentir utile, ça remue les tripes". 
Aujourd'hui, Michel Soriano a envie d'avoir plus de temps pour sa famille. "J'ai envie de faire autre chose. C'est l'heure des choix." Mais s'il ne veut plus être maire, il ne veut pas renoncer à "tout ce qui a été construit pendant ces 11 ans". Michel Soriano s'est donc mis en quête d'un successeur. "L'idéal serait que je trouve quelqu'un, que je l'aide, je pourrais être conseiller municipal et l'assister." Problème, le remplaçant est pour l'instant difficile à trouver...




 

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