Coronavirus : la vie confinée au Mas Neuf en petite Camargue (Gard)

Situé entre Aigues-Mortes et les Saintes Maries de la mer, dans le Gard (30), Montcalm vit au rythme du confinement. Pour les habitants du Mas Neuf situé deux kilomètres plus loin, la pandémie fait peur. / © DR
Situé entre Aigues-Mortes et les Saintes Maries de la mer, dans le Gard (30), Montcalm vit au rythme du confinement. Pour les habitants du Mas Neuf situé deux kilomètres plus loin, la pandémie fait peur. / © DR

Situé entre Aigues-Mortes et les Saintes Maries de la mer, dans le Gard (30), Montcalm vit au rythme du confinement. Pour les habitants du Mas Neuf situé deux kilomètres plus loin, la pandémie fait peur.
 

Par Gilles Machu

On arrive au Mas Neuf par un chemin d’environ deux kilomètres. Difficile de se croiser, la route est étroite, entourée d’étangs et de vignes. Tout au fond, 29 personnes vivent dans  de vieilles bâtisses datant de 1850. D’anciennes habitations de vignerons, à la grande époque de Noilly Prat. Les maisons sont rénovées et confortables. La nuit, pas une lumière et le chant des crapauds. Comment je le sais ? J’y habite !  Tout comme Anne, François ou encore Marie-Claude.
 
Marie-Claude habite au Mas Neuf. / © DR
Marie-Claude habite au Mas Neuf. / © DR

Infirmière à la retraite

Marie-Claude était infirmière. A la retraite depuis 9 ans elle vit seule. Et depuis le confinement qu’elle respecte scrupuleusement, elle ne peut s’empêcher d’avoir peur. Peur du présent, de l’avenir : "je suis très angoissée. En voyant les informations, les larmes me montent aux yeux. Surtout quand je vois tous ces gens qui sont obligés de travailler. Surtout les médecins, les infirmières".

En voyant les informations, les larmes me montent aux yeux (Marie-Claude)


Et pourtant, elle se dit privilégiée. Elle habite un petit hameau tranquille, à la campagne. Elle peut sortir dans les vignes à quelques mètres et prendre l’air sans danger. Mais ça ne l’empêche pas d’être vraiment effrayée : "on avait de la chance de ne pas être en guerre, mais là, c’est la guerre. Contre un ennemi invisible. Franchement, ça fait peur. A tel point que je n’ai plus l’esprit pour avoir une activité soutenue".

On avait de la chance de ne pas être en guerre, mais là, c’est la guerre. Contre un ennemi invisible


D’habitude, elle a ses petites activités régulières. Le mardi, c’est  gym, et courses. Depuis le début du confinement, elle n’est pas sortie. Elle a des réserves et peut encore tenir quelques jours. Et puis, dans ce petit hameau, on peut se dépanner les uns, les autres. "Mais il va falloir que je sorte. J’ai besoin d’aller à la pharmacie. Et puis, il me faut des légumes frais. Hier, je suis allée chercher des poireaux sauvages qui poussent dans le jardin de ma sœur… juste à côté. Mais ce n’est pas suffisant".

Je trouve qu’il y a beaucoup de trop de gens égoïstes

Demain donc, elle remplira son attestation de sortie, prendra sa voiture pour faire les dix kilomètres qui la séparent d’Aigues-Mortes et faire des provisions afin de sortir le moins possible. Sur le chemin, elle ne pourra s’empêcher de penser à tous ceux qui sont obligés, chaque jour, de prendre la route pour se rendre à leur travail. Des courageuses, des courageux qui bravent le danger pour nous. Particulièrement ceux du monde médical : "vous savez, on ne choisit pas ces métiers par hasard. C’est un serment. Ils sont dans le dévouement. Et là, je trouve qu’il y a beaucoup de trop de gens égoïstes. Restez chez vous ! C’est mon message. En fait, j’ai peur que le corps médicale finisse décimé !"
 

François, pompier

Au Mas neuf, vit aussi François. Il vit confiné également. Il ne sort que toutes les 72 heures, et pour 24 heures. Il est pompier au Grau du Roi. Pour ce grand sportif, la vie de confiné est un calvaire. Fini la natation, le sport en général. Il se contente de quelques exercices autour du mas. "Ce confinement, il me permet de faire ce que je reporte toujours. Trier mes papiers administratifs. Ça me fait passer le temps… Mais voir mes amis, aller nager, ça me manque".

Moi je sors pour sauver des vies. Quand on vous dit de ne pas sortir, il faut le faire !!! (François, pompier)


Quant à sa vie professionnelle, elle a aussi évolué. "On a fait évoluer le rythme de travail. On fait maintenant 24 heures de garde et 72 heures de repos. Ceci afin de croiser le minimum de collègue. Et puis, on a adopté des gestes barrières…Le plus possible. Ne pas s’approcher de ceux que l’on secourt. Masques et gants obligatoires". Son message est le même que celui de Marie-Claude : "Moi je sors pour sauver des vies. Quand on vous dit de ne pas sortir, il faut le faire !!!"
 
Anne, apicultrice habite au Mas Neuf. / © DR
Anne, apicultrice habite au Mas Neuf. / © DR

Anne, apicultrice

Au Mas Neuf, le printemps n’a pas attendu la fin du confinement pour pointer son nez dehors. Avec les premières fleurs, les abeilles commencent à travailler. Ce sont les ouvrières d’Anne. Elle est apicultrice. Elle vit ici avec son mari et ses trois filles. "Avec mes filles, on s’est réorganisé. Une heure de grasse mat’ en plus tous les jours. On se lève à 7 heures 30 au lieu de 6 heures 30. Petit déjeuner et puis, de 9 heures à midi, je joue à l’institutrice. Enfin, surtout avec mes deux plus petites. Ma grande, Sophie qui est en terminale – elle a seize ans-  est autonome. Leçons et devoirs pour les deux autres. C’est le rituel chaque matin avec Julie douze ans et Charlotte, six ans".

L’après-midi, quartier libre pour les enfants. Vélo autour du mas, gym dans la cour. Et le week-end, c’est repos. Mais ce qui est le plus difficile pour elle, c’est de devoir approvisionner la maison. Elle avoue être un peu hypochondriaque. Pour elle, pas question d’aller au supermarché. Elle ne compte que sur le Drive. Mais c’est compliqué en ce moment.
 


Le côté positif du confinement, c’est qu’il lui laisse plus de temps pour son métier. Plus d’aller-retour pour emmener les enfants à l’école. Ce sont des heures gagnées pour ses ruches. "C’est la première année que je suis opérationnelle au printemps. Tout est prêt. En ce moment, je finis de gérer les colonies d’abeilles pour agrandir mon cheptel. Mes ruches sont en place et sur place. A quelques mètres de la maison. Je suis prête pour la récolte qui commencera fin juin, début juillet. Contrairement à d’autres apiculteurs, je ne fais pas transhumer mes abeilles. Elles trouvent ici tous ce qu’il leur faut".

C’est la première année que je suis opérationnelle au printemps. Tout est prêt (Anne, apicultrice)


Si Anne se dit plutôt chanceuse, cela ne l’empêche pas de compatir avec ceux du monde médical, obligés d’être en contact avec les malades. "Ce sont souvent des mamans, avec des enfants. Elles sont courageuses ! Moi, ça me fait vraiment flipper. Ça nous fait réfléchir sur nos modes de vie. J’ai le sentiment qu’en une semaine, des choses ont changé. Enfin, en ce qui me concerne. Je porte un autre regard sur notre environnement. Faut-il manger des fraises en février ? Sur l’utilité d’une agriculture de proximité. L’incertitude me fait réfléchir !"

L’utilité d’une agriculture de proximité


Comme Anne, comme Marie-Claude, comme François, comme moi, comme tous les habitants du Mas Neuf, nous restons confinés. Et le temps, ici, a changé de montre.
 

 

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