Gard : opposés au port du masque, les gérants d'une boulangerie d'Uzès décident de fermer leurs portes

Pris à partie pour leur choix de ne pas porter le masque dans leur boulangerie, Antoine Chaparra et Béatrice Trocmé ont décidé de fermer boutique le 29 octobre dernier. Ils ne rouvriront que le 4 janvier prochain.

La boulangerie gardoise est fermée depuis le 29 octobre.
La boulangerie gardoise est fermée depuis le 29 octobre. © France Télévisions.
Ce dimanche matin, Antoine Chaparra et Béatrice Trocmé ont découvert une surprise sur la devanture de leur boulangerie. Une banderole "La Fougasse Libre" trône désormais fièrement au-dessus de la porte d'entrée. "Quelqu'un a dû l'afficher dans la nuit", sourit le commerçant. 

L'histoire de ce couple, qui a ouvert "La Fougasse d'Uzès" il y a cinq ans, n'est pas passé inaperçue dans le quartier. Fermement opposés au port du masque, les deux gérants avaient décidé de s'en passer dans leur boutique, tout comme la majorité de leurs vendeurs. Mais face aux critiques sur les réseaux sociaux et aux dénonciations, ils ont préféré baisser temporairement le rideau.

Le magasin ne rouvrira ses portes que le 4 janvier prochain.

"C'est une question de bon sens"

Béatrice Trocmé est très fière de son établissement : "Il n'y a pas de comptoir entre les clients et les vendeuses. Tout est organisé pour que les gens soient en contact. Avec Antoine, nous avons toujours rêvé d'un lieu convivial, basé sur le service, l'accueil et le contact humain", explique-t-elle. 

Ainsi, dès le premier confinement, il était impensable pour le couple de casser l'ambiance chaleureuse qu'il avait réussi à créer.

Si nous avons décidé de ne pas porter le masque, ce n'est pas pour une question de militantisme, c'est une question de bon sens. Nous n'aurions pas été nous-mêmes si nous le portions.

Béatrice Trocmé, gérante de "La Fougasse d'Uzès"

L'initiative des deux gérants a été très suivie par les vendeurs. Parmi eux, quasiment personne ne porte le masque. "Je n'ai pas été forcée : je suis aussi contre le masque et c'est mon opinion personnelle", explique Emilie Souro, vendeuse. 

Le 27 octobre dernier, deux jours avant la fermeture de la boutique, la salariée a été verbalisée par la gendarmerie, tout comme deux autres employés.

Ils m'ont demandé pourquoi je ne portais pas de masque. J'ai répondu que c'était mon choix. Quand ils m'ont dit que c'était obligatoire, j'ai expliqué que j'étais libre et ils m'ont verbalisée. Je vais m'acquitter de l'amende, car je l'assume.

Emilie Souro, vendeuse

Le non-port du masque fait débat à Uzès

Dernièrement, Antoine Chaparra et Béatrice Trocmé assurent avoir été la cible de très nombreux commentaires négatifs sur la toile. "Tout se passait bien avec nos clients et puis d'un coup, on a été complètement cassé sur les réseaux sociaux. Toutes les remarques portaient sur le masque et pas sur nos produits." Ces dernières semaines, les patrons de la boulangerie ont également reçu des visites régulières de la police et de la gendarmerie.

On nous dénonçait quotidiennement à la mairie, à la police municipale ou à la gendarmerie et tout ça nous remontait aux oreilles.

Béatrice Trocmé

Le couple indique en revanche qu'il a pu compter sur le soutien d'une partie de sa clientèle. Et il suffit d'aller faire un tour dans le quartier pour s'en rendre compte. "Je les comprends ! On en a tous ras-le-bol", réagit une riveraine. "Ils ont fait un choix, ils sont libres. Et pour ma part, ça ne m'a jamais empêchée d'y aller", soutient une autre habitante d'Uzès. 

D'autres sont plus partagés. "Je n'avais même pas remarqué qu'ils ne portaient pas le masque. Mais je crois que les commerçants devraient montrer l'exemple, surtout quand ils ont la chance d'être considérés comme des commerces essentiels", défend un habitué de la boulangerie, déçu de voir la voir fermée. 

Cette fermeture justement coûtera cher aux propriétaires : 35 000 euros de coûts salariaux pour deux mois. "Nous ne pensions pas fermer et ça va être compliqué financièrement et émotionnellement", explique Béatrice Trocmé. "Mais tant pis, nous préférons rester droits dans nos bottes et en accord avec nos convictions."
 
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