Saint-Mamert-du-Gard : des images difficiles d'un élevage de lapins dévoilées par l'association "Nos Viventia"

Ce mercredi matin, l'association de protection des vivants "Nos Viventia" a publié les images d'une enquête sur les conditions de vie de centaines de lapins dans un élevage à Saint-Mamert-du-Gard. Pierre Rigaux, fondateur de l’association, souhaite l'interdiction des élevages de chasse. 

Selon l'enquête de "Nos Viventia", l'élevage produit 4000 à 5000 jeunes lapins par an
Selon l'enquête de "Nos Viventia", l'élevage produit 4000 à 5000 jeunes lapins par an © MAXPPP/Vincent Isore

Pendant 2 minutes et 13 secondes s’enchaînent des images de lapins dans des cages, entassés, blessés, parfois visiblement mort. Ce mercredi matin, Pierre Rigaux, naturaliste, a publié sur les réseaux sociaux la vidéo d’une enquête sur un élevage situé à Saint-Mamert-du-Gard. 

Selon l'enquête, 300 lapins femelles seraient "utilisés pour produire des jeunes vendus à des chasseurs". Une pratique qui n’est pas rare pour Pierre Rigaux :  "L’élevage d’animaux pour la chasse est quelque chose qui à la fois est très méconnu de l’ensemble des citoyens, mais très répandu dans le milieu de la chasse".

Attention, certaines images peuvent être choquantes. 

Tout au long de la vidéo, on peut voir le nom de l’association "Nos Viventia" apparaître. "Nos Viventia", qui veut dire "nous les vivants", a été créée fin 2020 pour la "protection du vivant". Les images publiées par son fondateur n’auraient pas été filmées par l’association elle-même, mais par un "lanceur d’alerte" mi-février : "Heureusement que des gens nous envoient des images comme celles-ci parce que sinon personne ne serait au courant" explique Pierre Rigaux.

Je pense que tout le monde sera stupéfait de savoir qu’on élève des animaux, et pas que quelque-uns, pour essentiellement le plaisir de les abattre. En plus, on les élève dans des conditions misérables.

Pierre Rigaux

La vidéo pointe du doigt les conditions de vie des lapins dans cet élevage : "Ce sont des animaux qui sont maintenus dans des cages minuscules. À aucun moment on ne tient compte de leur bien-être ou de leur nécessité biologique primaire. Ce sont essentiellement des femelles qui sont maintenues dans ces cages-là, sur un sol grillagé pour que les crottes tombent au sol. On peut imaginer la douleur pour les pattes et le fait de vivre dans un espace si exigu".

Pas de problème de maladie selon l'éleveur 

Peu après avoir reçu les images, l’association a contacté l’éleveur qui aurait affirmé que son élevage n’a pas de problème de maladie : "Cet éleveur dit qu’il vaccine ses lapins ce qui est une nécessité pour pouvoir les commercialiser" confie Pierre Rigaux.

Des images de lapins blessés et entassés dans des cages ont été diffusées par l'association "Nos Viventia".
Des images de lapins blessés et entassés dans des cages ont été diffusées par l'association "Nos Viventia". © Nos Viventia

De notre côté, nous avons tenté à plusieurs reprises de contacter l’éleveur, sans succès. 

Quand j’ai découvert que le conseil départemental du Gard achetait des lapins pour les lâcher, et en particulier, acheter des lapins à cet éleveur, j’étais assez stupéfait.

Pierre Rigaux

Par ailleurs, l’enquête explique que les lapins sont vendus et lâchés pour du « repeuplement ». Selon Pierre Rigaux, un des clients de l’élevage serait le Conseil départemental du Gard. Un scandale pour le naturaliste : "Là, c’est de l’argent public pour le coup. Le conseil départemental achète une centaine de lapins. Selon l’éleveur lui-même, ils sont lâchés sur un site acquis par le conseil départemental du Gard qui est la forêt départementale de Méjannes-le-Clap. Théoriquement, selon le conseil départemental, les lapins sont lâchés pour la biodiversité et pour l’intérêt de la faune sauvage."

Pas d’infraction grave relevée par les services de l’Etat

24h après la mise en ligne de la vidéo, les services de l'état se sont emparés du dossier : ce jeudi 11 mars au matin, une délégation a procédé à une inspection de l’élevage pendant près de deux heures :  

On n'a pas constaté de mauvais traitement aux animaux et d'infractions graves. Selon l'éleveur, les images n'ont pas été tournées en intégralité dans l'élevage.

Claude Colardelle, Directeur départemental de la protection des populations Gard

Les services de l'Etat ont remis à l'éleveur une lettre de mise en demeure pour différents manquements, notamment sur l'hygiène du bâtiment. Une procédure « classique » lors d' une inspection.

Mais la publication de la vidéo et ce type d'accusation inquiète la Chambre d' agriculture : 

Quand ces associations servent réellement de donneurs d'alerte, je ne vois pas de problème. Des fois elles ont trouvé des choses qui étaient inadmissibles. Mais par contre quand il y a ce lobbying extrêmement fort pratiquement chaque semaine, on a une affaire...ça devient lourd !

Patrick Viala, élu de la Chambre d'agriculture du Gard

L'éleveur incriminé entend de son côté déposer une plainte pour intrusion.

Avec cette enquête, l'association souhaite alerter les élus mais aussi les citoyens. Ils militent pour l'interdiction des élevages de chasse. 

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