Contresens sur autoroute : comprendre et prévenir un phénomène difficile à endiguer

Samedi 9 mars 2024, un grave accident sur l’A68 a fait deux morts près de Toulouse (Haute-Garonne). Une voiture roulait à contresens après avoir fait demi tour au péage. Une situation qui soulève des interrogations sur les causes de ces comportements particulièrement dangereux et les solutions qui peuvent y être apportés

Vous avez peut-être déjà croisé un panneau à message variable indiquant "véhicule à contresens" sur l’autoroute. Ce samedi 9 mars, une voiture roulant dans le mauvais sens a créé un grave accident, impliquant 5 véhicules et provoquant la mort de deux personnes, le conducteur de 79 ans et un jeune homme de 23 ans conduisant la voiture percutée. Un événement loin d’être isolé.

En 2022, 1 200 contresens ont été détectés sur les autoroutes en France. Selon la Sanef, «53% de ces contresens surviennent la nuit » et « dans la grande majorité des cas, les conducteurs sont soit âgés et désorientés (+ de 75 ans) soit sous l'emprise de substances psychoactives (alcool – drogue – médicament) ». En Occitanie, les faits divers impliquant des contresens se sont multipliés fin 2023.

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Début novembre, un automobiliste était interpellé après avoir pris l’autoroute A62 à l’envers entre Agen et Montauban, et testé positif au cannabis et à la cocaïne. Début décembre, une conductrice désorientée remontait l’autoroute entre Orange et Montpellier à contresens. La veille de Noël, un Sétois qui circulait sur l’A20 près de Montauban a permis à une voiture qui roulait à contresens de faire demi-tour sans causer d’accident. Le couple de personnes âgées dans l’habitacle ne savait « pas comment faire pour repartir dans l’autre sens », selon le témoignage recueilli par France 3 Occitanie. Fin 2023, dans le Gard, un octogénaire avait fait demi-tour au péage de Nîmes sur l'A54 car il ne pouvait pas s'acquitter du montant demandé, et roulé sur la bande d'arrêt d'urgence pendant 7 km avant que les gendarmes ne réussissent à l'interpeller.

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Chaque année, il y a à peu près 400 contresens recensés sur autoroute, dont des marches arrière au péage ou sur la bande d’arrêt d’urgence. Cette infraction est en cause dans environ 6 % des accidents mortels sur autoroute, selon des chiffres de 2019 relevés par l’Association française des sociétés d’autoroute. Une trentaine de personnes en décèdent chaque année, selon l’Observatoire national interministériel de sécurité routière.

Dans le département du Tarn, entre 2015 et 2023, seulement "2 accidents en contresens, 1 sur l'autoroute A68 (2015) et l'autre sur la RN88 - rocade d'Albi (2023)" ont été recensés. Pour les services de la préfecture, "ces deux accidents ne peuvent pas être représentatifs d'un quelconque phénomène sur le plan local.  Statistiquement, les valeurs sont trop faibles. Ces accidents ont des profils de conducteurs et des causes différents."

Même si le phénomène est qualifié de "rare et marginal", l’État a demandé depuis plusieurs années aux gestionnaires de voiries de prendre en compte ce type d'accident, "en aménageant les îlots des bretelles de sorties des échangeurs pour éviter la prise à contresens et la pose de panneaux de signalisation de type "sens interdit" sur fond carré jaune pour alerter l'usager."

Le permis à vie ?

Ces comportements aux conséquences parfois dramatiques alimentent néanmoins les débats. Les députés européens se sont récemment interrogés sur le conditionnement du permis de conduire à des visites médicales. Une proposition rejetée fin février par le Parlement européen et ainsi laissée à la discrétion des pays membres.

En France, sauf infractions successives au code de la route entraînant la perte des 12 points, le permis de conduire se conserve à vie. Mais pour certains automobilistes âgés, l’obtention du permis remonte à loin et certains réflexes peuvent avoir été oubliés. Dans le but de pallier ces oublis, des stages de prévention sont mis en place dans plusieurs départements, comme le Tarn et l’Aveyron.

En février, des séniors ont pu revoir le code et même bénéficier d’une session de conduite avec un moniteur d’auto-école dans le sud Aveyron. L’occasion de rappeler les bons gestes à adopter sur la route, la signification des nouveaux panneaux de signalisation et surtout, redonner confiance à des automobilistes parfois un peu perdus. Pour Bernard Stasiowski, directeur des Comités départementaux de la sécurité routière du Tarn et de l’Aveyron, rendre obligatoire ces stages ou la visite médicale n’est peut-être pas la solution, mais « je pense que ça devrait être conseillé et mis en place dans beaucoup d’associations pour permettre à ces séniors de se mettre à niveau et faire une évaluation sur son niveau de conduite et ses connaissances. » Et peut-être permettre d'éviter quelques contresens sur les routes à l'avenir.