Coronavirus : examens et concours de l'enseignement supérieur à Toulouse, entre incertitudes et préoccupations

Cette photo d'étudiants en plein partiel ne se reproduira pas avant au moins mai. A cause du Coronavirus, la plupart des examens et concours sont reportés, annulés, ou se dérouleront en ligne. / © Maxppp / Michel Labonne
Cette photo d'étudiants en plein partiel ne se reproduira pas avant au moins mai. A cause du Coronavirus, la plupart des examens et concours sont reportés, annulés, ou se dérouleront en ligne. / © Maxppp / Michel Labonne

A cause du Coronavirus, à Toulouse, chaque établissement de l'enseignement supérieur propose des modalités différentes concernant les examens et concours à venir. Certains sont reportés, d'autres maintenus en ligne, d'autres encore sont annulés. Syndicats et étudiants racontent leurs inquiétudes.

Par Karen Cassuto

Lucas Giordano a eu la chance de pouvoir quitter sa chambre d'étudiant de 9m2 pour se confiner auprès de sa famille à Marseille. Etudiant en troisième année de licence en géographie à l'université toulousaine Jean-Jaurès, il suit ses cours à distance, sur une plateforme en ligne. Il passera ses examens deux semaines après la reprise des cours, au mois de mai si la situation ne change pas d'ici là. Syndiqué auprès de l'UNEF (Union Nationale des Etudiants de France), il s'inquiète surtout pour les étudiants qui n'ont pas accès à internet, notamment ceux qui vivent en zone blanche

La fracture du numérique créer une inégalité des chances en termes de réussite, dénonce Lucas Giordano.

 

D'autant plus que les enseignements sont complexes sans professeurs. Lui passe des heures sur ses cours chaque jour. "Un cours magistral qui dure deux heures en présentiel, je mets la journée à le travailler seul chez moi !" Pour lui, impossible de travailler les cours de manière optimale. Iris Antonio raconte la même pression. Etudiante en Master 2 à l'INSPE (Institut National Supérieur du Professorat et de l'Éducation), elle alterne entre étudiante et institutrice : 15 jours dans une école primaire, et 15 jours à la fac. En plus des classes qu'elle prépare pour ses élèves, elle doit suivre ses propres cours, et rendre un mémoire de fin d'étude. Pour autant, elle ne se considère pas comme la plus à plaindre : 

Dans ma promo il y a beaucoup de mamans qui doivent faire la classe à leurs enfants en plus de dispenser leurs propres cours, en plus des révisions, et du mémoire !

Alors quand les examens arriveront, les étudiants seront-ils prêts ? 


Les examens reportés après la reprises des cours


Les universités toulousaines pensent presque toutes à un report des examens à la rentrée, ou quelques semaines après la reprise. Sur leurs sites internet, elles ont toutes développé une rubrique "Coronavirus", pour répondre aux questions des étudiants. 
 
A Toulouse Capitole, les examens d'avril sont reportés en mai, si le confinement prend fin d'ici là. Dans tous les cas, l'université précise que les examens porteront sur les cours dispensés jusqu'au 13 mars (juste avant le début du confinement). Les cours en ligne sont destinés à terminer le programme, et les notes concernant cette partie de l'année ne seront pas prises en compte "pour préserver l'égalité des chance parce que certains sont encore victimes de la rupture numérique", précise la communication de la fac.
 

A Jean-Jaurès, les examens auront lieu deux semaines après la réouverture de l'université. L'université précise que selon la situation sanitaire à la fin de la période de confinement, les partiels seront soit en présentiel, soit en ligne. La possibilité de les réaliser à distance sur une plateforme dédiée est en cours de préparation. 


Nous sommes dans la difficulté de pouvoir apporter des réponses stables alors que les éléments ne sont pas stabilisés au niveau national. Nous livrons des diplômes nationaux, c'est l'Etat qui est opérateur du cadre dans lequel il accepte que l'université délivre ces diplômes, rappelle Emmanuelle Garnier, présidente de l'université Jean-Jaurès. 


Le report des examens en été engendre deux problématiques, d'après Samya Mokhtar, référente à la section local de l'UNEF Toulouse : 
  • "Cela décale le temps de correction, et les sessions de rattrapages au mois de juillet ou septembre. Alors que beaucoup d’étudiants utilisent les mois de juillet, août et septembre pour travailler, et pouvoir tenir financièrement durant l’année universitaire".
  • "Il y a aussi la problématique du logement, beaucoup d’étudiants ont dû quitter définitivement leurs logements avec le confinement, faute de moyens pour régler leurs loyers. Il peut être compliqué pour ces étudiants-là de revenir passer leurs examens dans ces conditions".


Des épreuves maintenues, en ligne


Jérémie Nollet, professeur à Sciences Po Toulouse, dispense ses cours en ligne depuis le début du confinement. Ses élèves sont confinés dans toute la France. Certains doivent partir une année à l'étranger dès le mois de septembre. Pour lui, la meilleure solution n'est pas le report à une date ultérieure inconnue, mais plutôt la mise en place d'évaluations en ligne. Sur Moodle, la plateforme qu'il utilise pour donner ses cours, il peut créer des interrogations notamment sous forme de QCM, et les élèves peuvent déposer leurs devoirs. Mais certains ne se sont encore jamais connectés. "Alors on essaie de faire le point avec eux", explique-t-il. 

Les élèves qui ne sont pas encore sur la plateforme, mais aussi les professeurs, ont été interrogés cette semaine, rapporte Simon Tordjman, directeur des études du premier cycle à Sciences Po Toulouse. Il précise que l'hypothèse privilégiée concernant les examens finaux est celle d'un maintient, en ligne. Les étudiants seront évalués sur leurs capacité d'analyse et de réflexion, pour aller plus loin que le cours dont ils disposent. A distance, les interrogations ne peuvent évidemment pas porter sur des connaissances de cours. Une commission devrait se réunir dans les jours à venir, "avec un critère qui doit présider : l'égalité pour nos étudiants. Si un seul ne peut pas se connecter, on en tiendra compte", assure Simon Tordjman. 

A l'institut Limayrac, pas de problème de connexion pour les 70 étudiants en informatique. Dans cette école privée sous contrat avec l'Etat, des examens en ligne ont déjà lieu chaque semaine, mais la pédagogue a changé. "On remplace toutes les évaluations habituelles par des petits travaux réguliers rendus dans la journée ou dans la semaine", détaille Michel Belkacem, responsable pédagogique des formations supérieures en informatique. Il explique que tous les examens physiques vont être supprimés. Les projets informatiques nécessitant des équipements sont annulés.
 
A Limayrac les cours enregistrés sont disponibles sur une plateforme pour être revus par les étudiants en informatique. / © Michel Belkacem
A Limayrac les cours enregistrés sont disponibles sur une plateforme pour être revus par les étudiants en informatique. / © Michel Belkacem
 

Et pour les enseignements pratiques ?


Melissa Gibert étudie l'esthétique à l'école toulousaine Sylvia Terrade. Elle doit passer ses examens cet été, si la situation sanitaire le permet. Ses oraux prévus pour avril, ont été reportés. 

Mais on a pas de date précise, et ça nous inquiète car on ne sait pas quand est-ce que l'on peut espérer avoir notre diplôme et donc postuler à des offres d'emplois, explique Melissa Gibert.


L'école dépend de l'éducation nationale, rétorque la directrice adjointe Pauline Babeau, qui attend les consignes du ministère pour annoncer des dates. Pour l'heure, l'école donne en priorité les cours théoriques, en ligne. La pratique, ce sera quand l'école pourra réouvrir. Mais ce qui inquiète Pauline Babeau c'est surtout "le fait que les élèves déjà en difficulté le seront encore plus à la reprise des cours".

Autre pratique, celle des langues vivantes. Nolwenn Dresen étudie l'espagnol à Toulouse Jean-Jaurès. Elle devait passer le concours du CAPES (Certificat d'Aptitude au Professorat de l'Enseignement du Second degré) ce 26 et 27 mars. Ce sera pour plus tard : "d'ici juin, juillet". L'étudiante est surtout angoissée par la perte de la maitrise de l'espagnol : 

Quand on ne parle pas espagnol, on perd beaucoup. Donc deux mois sans pratiquer, c'est très compliqué. 


La fracture numérique à l'heure de la "continuité pédagogique"


"Continuité pédagogique". L'expression est sur les réseaux sociaux de tous les établissements du supérieur en France. Assurer le maintient des cours pour tous les étudiants, c'est ce dont s'occupe en priorité Fabienne Alary, vice-présidente de la commission formation et vie universitaire à Paul Sabatier (Toulouse). La date des examens, on verra plus tard, quand le confinement sera terminé. Pour l'heure, elle pointe du doigt une inégalité : "Les étudiants ne sont pas tous équipés" pour suivre les cours en ligne. Pour les aider, la Région Occitanie promet de fournir 180 ordinateurs portables à l'université, qui compte 32 000 étudiants. Des ordinateurs serait également prochainement envoyés aux autres facultés toulousaines. Les présidents réclament aussi une aide des opérateurs de téléphonie à qui ils demandent d'ouvrir, le temps du confinement, des forfaits en illimités à internet aux étudiants qui en ont besoin.

Et pour cause, un quart des étudiants affirment ne pas disposer d'une connexion internet de bonne qualité, d'après une enquête de l'union des syndicats étudiants Alternative dont Tennessee Amate fait partie. Il tient à rappeler la situation des étudiants qui travaillent. Certains exercent des emplois dans la grande distribution et sont donc encore plus sollicités, ils ont moins de temps pour les cours. D'autres ont perdu leur emploi et n'ont donc plus d'argent. "Sans parler des étudiants qui ont des enfants à garder, et des étrangers rentrés chez eux qui ne pourront pas revenir en France juste pour les examens". 

On est dans des conditions d'étude très difficile, qui ne font qu'augmenter la précarité des étudiants les plus défavorisés, et on s'interroge sur la pertinence d'examens en cette période de confinement, développe Tennessee Amate.


L'UET (Union des Etudiants de Toulouse) dont il fait partie, défend une validation automatique du semestre pour tous les étudiants et étudiantes. "Si les examens sont maintenus, ça va en laisser un grand nombre sur la touche", pense Tennessee Amate.
 

Bien pire que l'incertitudes des examens, certains étudiants n'ont plus les moyens financiers de se nourrir parce qu'ils ont perdu leur emploi. C'est ce que rapporte Souleyman, de la fédération des étudiants africains de Toulouse. Dans ce cas de figure, les universités travaillent avec le CROUS pour mettre en place un dispositif d'aides sociales et financières. Affaire à suivre. 
 

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus