Coronavirus Gard : pour ou contre le maintien du bac ?

Le Ministre de l’Education entend bien maintenir le baccalauréat cette année selon une formule à définir. En revanche, des enseignants notamment du gard sont favorables à son annulation pure et simple. Des parents d’élèves, eux, souhaitent un système de notation quoiqu’il arrive.
 

Y aura-t-il les examens du bac 2020 ?
Y aura-t-il les examens du bac 2020 ? © MaxPPP-Pierre HECKLER
Jean-Michel Blanquer l’a annoncé ce matin sur Europe 1 : une dose de contrôle continu sera introduite dans la formule du bac 2020 dont l’organisation est rendue particulièrement complexe du fait de l’épidémie de coronavirus. Le Ministre de l’Education et de la Jeunesse va même plus loin en n’excluant pas d’opter pour un diplôme basé à 100% sur les notes attribuées aux élèves tout au long de l’année scolaire. Il communiquera à la fin de la semaine sur la formule retenue.
 

Je suis décontenancée par cette annonce. La situation actuelle de confinement renforce les inégalités entre les lycéens. La solution n’est pas satisfaisante" une professeure d’histoire-géographie.


Confinée chez elle depuis la fermeture de tous les établissements scolaires le 16 mars, Maya Amer Moussa, professeure d’histoire-géographie au lycée Philippe Lamour à Nîmes, a testé une séance de classe virtuelle en demi-groupes. Elle n’a pas voulu utiliser l’outil mis en place par l’éducation nationale qu’elle ne juge pas suffisamment performant mais elle s’est appuyée sur d’autres applications.

La formule a ses limites : manque d’interactivité, notions nouvelles impossibles à traiter, fatigue plus importante.


Des élèves manquent à l’appel

Certains ne se sont pas manifestés depuis 15 jours, car ils ont pu être malades, sans qu’il s’agisse du covid 19, ou bien en raison de problèmes de connexion, ou bien enfin parce qu’ils ont décroché.

La situation actuelle renforce les inégalités entre les lycéens. Et la proposition d’avoir recours au contrôle continu va aggraver celles-ci. Les évaluations sont très différentes d’un établissement à un autre et même d’un professeur à l’autre, par manque d’harmonisation et de cadrage national.

Et si l’on donnait le bac à tout le monde ? Le doute doit bénéficier à tous les élèves. Aucune solution n’est satisfaisante.


Maya Amer Moussa est également co-secrétaire départementale du SNES, le Syndicat National des Enseignements de Second Degré. Et elle le reconnait :

Je n’aimerais pas être au Ministère. J’avoue ne pas savoir ce qu’il faut faire. Aucune solution ne peut être satisfaisante. Mais il ne faut pas que les élèves puissent être les victimes d’une crise dont ils ne sont pas les responsables.


Donner le bac comme en 68 ?

Elle propose donc, exceptionnellement, comme en 1968, de donner le bac à tout le monde tout en prévoyant des remises à niveau et des aménagements en début d’année prochaine pour venir en aide aux lycéens en difficulté. Elle souhaite également que puissent être accompagnés tous ceux n’ayant toujours pas validés leurs dossiers sur la plateforme Parcours Sup. Elle est également favorable au report d’un an de la réforme du bac, appliquée depuis la rentrée de septembre aux classes de 1ère.
 

Le doute doit bénéficier à tous. Organiser des épreuves du bac est encore possible si l’on reprend les cours le 4 mai. Mais pas question de les reporter cet été ou à la rentrée" un professeur de physique.


‘’Délivrer le diplôme à l’ensemble des élèves de Terminale doit être la solution du dernier recours’’.

estime pour sa part Emmanuel Bois, professeur de physique au lycée Daudet à Nîmes. Si les cours pouvaient reprendre le 4 mai, après les vacances officielles de printemps de la dernière zone, il estime le temps suffisant pour organiser la tenue d’épreuves, au moins les principales, au mois de juin. Il resterait alors environ un mois et demi de travail en classes pour poursuivre l’étude du programme.
 

Il n’est pas question, dit-il, de reporter le bac en juillet ou en septembre. Le contrôle continu peut être une option. Il faut en tous cas valider cette année scolaire, même tronquée, par l’obtention d’un diplôme. Il ne faut pas ajouter la sanction d’une année blanche à la sanction du confinement.
Nous demandons un report de la réforme du bac. Et nous ne voulons aucune suppression de classe à la rentrée prochaine.


La crise actuelle conforte les souhaits de cet enseignant, par ailleurs, secrétaire départemental de la FSU, la Fédération Syndicale Unitaire. Emmanuel Bois milite plus que jamais pour un report de la réforme contestée du bac, mise en place cette année en 1ère et dont l’examen final ne comptera plus que pour 60% de la note, les 40% restants étant répartis entre les bulletins de 1ère et terminale et le contrôle continu.


Le casse-tête de la visioconférence


La première fédération syndicale de l’enseignement regrette le maintien souhaité par le Ministre du rythme des réunions préparatoires à la carte scolaire de la rentrée 2020, en dépit de l’impossibilité pour l’administration et les syndicats d’échanger autrement que par visioconférence. Il attend en revanche la confirmation d’une directive que Jean-Michel Blanquer aurait donnée à ses services de ne supprimer aucune classe en septembre prochain.  


Les parents d'élèves s'interrogent

 

Il ne faut pas d’épreuve finale mais un contrôle continu à 100% portant uniquement sur le programmé étudié. Et quid du rattrapage ?" une parente d’élève de la FCPE


La FCPE, elle, demande la suppression de toute épreuve finale. Béatrice Leccia, la présidente de La Fédération des Conseils de Parents d’Elèves pour le Gard et coordinatrice régionale pour l’Académie de Montpellier, milite pour une reprise des cours dès que possible, après les vacances de printemps, et leur maintien jusqu’à fin juin pour assurer une année scolaire la plus longue possible.
 

Le bac pourrait très bien reposer à 100% sur le contrôle continu, mais qu’entend le Ministre ? Veut-t-il tenir compte uniquement des deux premiers trimestres déjà effectués ou pas ? Et qu’il prévoit aussi l’organisation d’un rattrapage pour les recalés. Mais pas question de donner le bac à tout le monde. 

La première fédération, en nombre de voix obtenues aux élections des représentants des parents d’élèves, s’inquiète aussi pour les élèves préparant un baccalauréat professionnel. Car le tiers de l’emploi du temps est consacré au travail en ateliers, aujourd’hui suspendus. Et ceux-ci permettent souvent de revaloriser une note.

Quoiqu’il en soit, la FCPE souhaite le maintien des conseils de classe, comme l’a d’ailleurs demandé la Rectrice à tous les chefs d’établissement la semaine dernière. Même si ceux-là devaient se tenir en visioconférence, confinement oblige.
 
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