Coronavirus : “On va apprendre à vivre au jour le jour”, les conseils de psychologues et thérapeutes

Se donner des petits objectifs permet de diminuer les angoisses. / © FTV
Se donner des petits objectifs permet de diminuer les angoisses. / © FTV

Les périodes de crise collectives peuvent générer des angoisses, quels que soient l'âge, l'origine sociale, la situation familiale. Le confinement risque d'en rajouter. Explications et conseils avec des psychologue et thérapeute de la région Occitanie.

Par Marie Martin

L'angoisse monte. Pas tout le temps, bien sûr, mais au moins une fois par jour, de nombreux Français, qu'ils vivent désormais confinés ou qu'ils aillent travailler, sont intranquilles. 

Une peur archaïque

"En fait, les gens sont submergés par le flot d'informations négatives", explique Jean-François Labit, musico-thérapeute, qui a monté avec une vingtaine de psychologues et thérapeutes, une cellule d'écoute, en lien avec la ville de Rodez*. "Tout à coup, il y a cette peur très archaïque, de tomber malade, de mourir". 

Les gens seuls sont les plus inquiets parce qu'ils ne peuvent parler à personne mais les angoisses soudaines, ça touche vraiment tout type de population, quel que soit l'âge, quelle que soit la condition sociale

Les dangers d'un double langage

Les gens seuls sont plus sujets que les autres aux montées d'angoisse, "parce qu'ils ne peuvent parler à personne" mais en fait, les autres aussi sont touchés. Notamment par l'anxiété générée par les choix à faire. "Les informations sont parfois contradictoires, comme aller travailler ou rester confiné. Et le double langage, cela perturbe".

Evacuer le trop-plein d'émotions

"Quand les gens nous appellent, c'est parce qu'ils sont pris de panique. Je leur conseille d'écouter de la musique, de pratiquer des exercices de respiration. Quelques fois, ce sont effectivement des gens fragiles mais on entend aussi des gens qui sont des "chefs de famille", qui gèrent pour leurs enfants, leurs parents, qui encaissent les angoisses des autres, et parfois, ça déborde". 

Mais pour Jean-François Labit, il y a aussi du positif dans cette situation exceptionnelle : "Le monde de l'argent montre ses limites et la crise réveille des élans de solidarité que l'on ne soupçonnait pas". 

Apprendre à vivre au jour le jour

Annalisa Nicola est psychologue, dans le Tarn. Elle continue de travailler en téléconsultation avec ses patients. "Ce n'est pas pareil mais ça permet de continuer les suivis". 

Ce qu'elle s'est appliquée à elle-même, elle le conseille aux patients. "Bien sûr, on peut se laisser envahir mais on est obligé de rentrer dans ces mesures strictes, alors, il faut apprendre à vivre au jour le jour. Au fur et à mesure, on arrive à rentrer dans une routine différente.

On va vivre dans le présent et c'est quelque chose qu'on ne nous a pas appris

De nouvelles routines

"Je propose aux patients d'inventer de nouvelles routines, justement. De trier, d'établir des priorités, des petites habitudes qui font du bien. D'accepter de ne pas se projeter en permanence dans le futur, comme on fait d'habitude. Il va y avoir des moments durs, il faut être réaliste. Cela ne va pas être glorieux tous les jours, on n'est pas des héros, mais on peut se féliciter, par exemple, d'arriver à passer une heure à lire, se faire plaisir, sans se poser trop de questions. Il faut maîtriser le fait de ne pas avoir un sens à nos journées, comme avant". 
 
* La cellule d'écoute « Ecoute et apaisement » est active depuis lundi 23 ars 2020. Gérée par des psychologues et thérapeutes, elle est ouverte du lundi au vendredi de de 8h30 à 12h30 et de 16h30 à 20h30, joignable au 05.65.77.87.90.

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