Couvre-feu à Toulouse : "on va nous mettre à genoux", les théâtres toulousains soufflés par la mesure s’organisent

L’annonce du couvre-feu sanitaire est tombée comme un couperet. Les théâtres des villes classées en zone d’alerte maximale comme Toulouse vont devoir baisser le rideau à 21 heures, dès samedi. Un véritable coup de massue, les responsables de théâtres tentent de s’organiser.
 

"Parsifal", Opéra de Richard Wagner au Théâtre du Capitole en 2020
"Parsifal", Opéra de Richard Wagner au Théâtre du Capitole en 2020 © Michel Viala/DDM/MaxPPP
Dans le but d’endiguer la deuxième vague de l’épidémie de coronavirus, Emmanuel Macron, a fait le choix du couvre-feu sanitaire dans les villes classées en zone d’alerte maximale dont Toulouse et au moins 16 communes de l’agglomération. La mesure touche un secteur déjà à bout de souffle. Pour les responsables de théâtres c’est la douche froide, " 21 heures c'est un peu tôt pour une salle de spectacle!". Les syndicats du secteur public et privé parlent d'une "catastrophe économique et artistique".

Le couvre-feu sanitaire prend effet ce samedi 17 octobre et devrait durer minimum 4 semaines. Alors que l'activité redémarrait à peine, les directeurs de théâtre se retrouvent à nouveau confrontés à une crise sans précédent. Pourtant, les protocoles sanitaires stricts mis en place dans les salles de théâtre ont été salués par Roselyne Bachelot, la ministre de la Culture et le président de la République. Les théâtres ont su créer la confiance et le public est revenu, "Il y a moins de risque d'aller au théâtre qu'à un repas entre amis" constatait la ministre il n'y a pas si longtemps.
L'annonce du couvre-feu à 21 heures est un coup de massue pour les professionnels du secteur. Sidérés, abasourdis révoltés, stupéfiés, désespérés ou en colère, les sentiments varient peu. Cependant tous entrent en résistance malgré la contrainte et tentent de trouver des solutions pour maintenir à flot le navire et l'équipage.

Sidérés mais déterminés à maintenir les spectacles

Sébastien Bournac, directeur du théâtre Sorano à Toulouse maintient "à tout prix" sa programmation. Je suis sidéré ; passé ce choc, je peux vous affirmer que l'on ne va pas déprogrammer. C’est une décision incompréhensible et injuste et cela met tout le secteur en danger"                   .
La mesure intervient alors que le théâtre va lancer dans quelques jours le festival Supernova. Un festival qui met en avant la jeune création, "le théâtre de demain, des spectacles qui bousculent, qui sont nécessaires" explique le directeur.

Depuis ce matin, nous rassurons les théâtres partenaires et les équipes, nous mettons tout en place pour maintenir les spectacles.


Le festival Supernova c’est 15 équipes accueillies et plus de 33 programmations sur 3 semaines. La mesure tombe au moment le plus dense de la programmation :

Supernova c’est l’épicentre du projet que je conduis au Sorano depuis 5 ans, 33 programmations vont être bougées ! Des spectacles seront avancés à 17h30 et 18h30, les discussions sont en cours nous y travaillons.


Le président du SYNDEAC, le syndicat national des entreprises artistiques et culturelles, Nicolas Dubourg, parle d’une mesure abrupte :

On va nous mettre à genoux c’est quasiment l’annonce d’une fermeture déguisée. Nous avons une activité qui se déroule sur le temps libre de la population, entre la fin d’une journée de travail et 21heures, cela laisse à peine 3 heures. Cela va être très compliqué de déplacer les activités de spectacles, intenable en si peu de temps.

Le Café théâtre les 3T à Toulouse "se met à l'heure d'hiver". Tout le personnel est mobilisé et joue la carte de la réactivité. En réunion toute la matinée comme dans beaucoup de théâtres, les équipes ont travaillé sur le réaménagement des horaires. 

On était complet pour les 15 jours qui arrivent, on a réagi tout de suite, on avance nos horaires de spectacles, on rajoute des représentations le samedi et le dimanche, c'est génial, tout le monde suit!

raconte la gérante du théâtre des 3T à Toulouse, Corinne Pey

Au théâtre du Capitole les équipes accusent aussi le coup. Par chance sur les quatre semaines à venir, explique Claire Roserot de Melin, administratrice générale, les spectacles programmés au théâtre du Capitole ne sont pas très long, 1h30 en moyenne. "On travaille sur les horaires avec les équipes dédiées, on n’a pas encore arrêté les choses mais on va sûrement avancer l'heure de certains spectacles.
 

Négocier des aménagements auprès de l’exécutif

"Abasourdi, c’était le sentiment d’hier, aujourd’hui on met tout en œuvre pour maintenir notre programmation. 21 heures c’est un coup dur"

explique Claire Roserot de Melin, administratrice générale du théâtre et de l’orchestre du Capitole.
Tous les professionnels de la culture sont mobilisés pour demander au gouvernement  un aménagement du couvre-feu. Un assouplissement, même si les spectacles se terminent à 21 heures, le public pourrait bénéficier d’un laissez-passer, d’une dérogation le temps de regagner leur domicile.
Ce jeudi après-midi lors d'une conférence de presse, le premier ministre, Jean Castex n’était pas hostile à la demande "la décision est en débat" confirmait son entourage.

Les organisations professionnelles du secteur de la culture sont déjà sur le front des négociations . Elles sont actuellement en entretien avec la ministre de la culture. "C’est une prise de pouls, on verra plus tard pour le diagnostic et les prescriptions", explique Nicolas Dubourg, président du SYNDEAC, syndicat national des entreprises artistiques et culturelles  qui représente plus de 400 institutions en France.
 

On va demander en priorité de mettre en place un comité interministériel. Indispensable si on veut que le secteur se relève il faut une vraie volonté politique et envisager toutes les pistes, tous les champs, repenser par exemple la question du temps libéré en journée pour les actifs et les scolaires et en conséquence adapter le secteur des transports. 

  
              
"C’est une catastrophe économique, artistique et sociale, rajoute-t-il, il va y avoir un effet domino sur l’ensemble du secteur ; pour les indépendants par exemple il faudra aller plus loin qu’une année blanche".

Solidarité du public

Les responsables des salles de théâtres appellent les spectateurs à jouer le jeu, il en va de la survie de la culture. "On maintient notre programmation et c’est très compliqué ; on est exemplaire sur le plan des protocoles sanitaires, on a besoin du soutien des publics", explique Sébastien Bournac, directeur du théâtre Sorano.
"On compte sur les spectateurs, on a fait nos preuves on s’est adaptés, les spectateurs nous font confiance car ils viennent malgré l’épidémie de coronavirus, il faut que cela continue malgré les contraintes" rajoute Claire Roserot de Melin, administratrice générale du théâtre et de l’orchestre du Capitole.

La culture c'est vital, on sera le dernier rempart tant qu'on le peut


affirme la gérante du café théâtre les 3T à Toulouse, Corinne Pey : "C'est notre mission, on va s'adapter dans les règles bien sûr, le public répond déjà présent".
 
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