Coronavirus et confinement : les annulations de festivals mettent en grande difficulté les intermittents du spectacle

Pour les intermittents du spectacle, artistes et techniciens les festivals de l'été sont une source essentielle de revenus grâce aux recettes assurées par les milliers de spectateurs. / © MaxPPP
Pour les intermittents du spectacle, artistes et techniciens les festivals de l'été sont une source essentielle de revenus grâce aux recettes assurées par les milliers de spectateurs. / © MaxPPP

Depuis le début du confinement tous les spectacles sont interdits. La sortie progressive à partir du 11 mai ne les concernera que plus tard : l'annulation de nombreux festivals de l'été va impacter les revenus et indemnités chômage d'un très grand nombre d'intermittents, artistes et techniciens.

Par Yann-Olivier d'Amontloir

L'Occitanie est la première Région de France pour l'emploi des intermittents du spectacle : 24 000 environ selon les chiffres 2018 de l'INSEE sur les plus de 160 000 que compte la profession en régions (l'île-de-France emploie à elle seule presque la moitié du total national). Le secteur d'activités génère près d'un million d'emplois directs et indirects.
Depuis le 13 mars - date de l'interdiction des évènements rassemblant du public - tous sont au chômage, et cela risque de durer, compromettant gravement les ressources d'un intermittent du spectacle sur trois selon la CGT-spectacle..

Des réalités très diverses

La situation est d'autant plus complexe que les organisateurs de spectacles sont très diversifiés :
  • les théâtres privés avec des salariés permanents (administratifs et techniques)
  • les petites compagnies théâtrales, où très souvent les artistes sont leurs propres employeurs
  • les théâtres publics subventionnés, du type "scène nagtionale" où la billetterie représente à peine 20% de leurs ressources
  • les festivals avec leurs lots de monteurs de scènes et de tribunes, techniciens, artistes, musiciens travaillant souvent des mois à l'avance
  • enfin les campings, les clubs de plages, les bals et autres spectacles de rue pendant l'été, regroupés sous l'appellation d'employeurs occasionnels.
Pour ce qui est des droits à l'indemnisation chômage du régime spécifique des intermittents du spectacle - artistes et techniciens - les pouvoirs publics ont décidé d’allonger les droits de tous les demandeurs d’emploi qui se retrouvent en fin de droits à compter du 1er mars 2020, et ce, pendant toute la période de confinement.

Concrètement, pour les intermittents du spectacle, qu'ils aient ou non les 507 heures de travail rémunéré sur 12 mois, si la date anniversaire de cette période se situe entre le 1er mars et la fin du confinement, leurs droits sont automatiquement prorogés, De ce fait leur date anniversaire est reportée au 11 mai 2020 pour le moment, mais plus vraisemblablement au 15 juillet, voire même au 31 juillet prochain.

L'éventualité du chômage partiel

Un décret publié ce mercredi 15 avril stipule que tous les intermittents sous contrat peuvent être placés en chômage partiel : la difficulté à laquelle beaucoup font face est que le GUZO (le guichet unique du spectacle occasionnel) n'est pas encore configuré pour mettre cette mesure en application.

Cette mesure devrait aussi concerner tous ceux qui n'avaient pas encore signé de contrat au 13 mars, mais peuvent être considérés comme bénéficiant d'une promesse d'embauche, par exemple sous la forme d'un échange de mails ou d'une inscription sur un planning d'activité.

En cas d'annulation des périodes de création et des représentations, dans la mesure du possible et dans une démarche de solidarité professionnelle, il est demandé aux employeurs d’honorer les promesses d’embauche, à l’instar des contrats signés, qu’ils aient reçu début d’exécution ou pas

recommande le Ministère de la Culture.

Pour les autres la prorogation de leur période d'indemnisation ne fait que repousser le problème.

L'activité culturelle risque de ne reprendre qu'en septembre, très progressivement, et tous ceux qui n'auront pas réussi à recharger leurs droits en justifiant de 507 heures d'activité depuis le 1er mars 2019 se retrouveront exclus du bénéfice du régime spécifique des intermittents du spectacle

explique Michel Vié, musicien et représentant du syndicat CGT Spectacle en Midi-Pyrénées.
Outre les artistes, musiciens, comédiens, les ingénieurs du son, éclairagistes, techniciens, des dizaines de métiers relèvent du régime des intermittents du spectacle. / © MaxPPP
Outre les artistes, musiciens, comédiens, les ingénieurs du son, éclairagistes, techniciens, des dizaines de métiers relèvent du régime des intermittents du spectacle. / © MaxPPP

Son organisation a fait un sondage auprès de 2 000 intermittents sur toute la France : un tiers d'entre eux sont en situation de perdre leurs droits dans les jours suivant la sortie du confinement pour ce secteur.

Remettre à plat le système

Elle réclame en conséquence une prolongation d'un an des droits à indemnisation des intermittents au-delà de la date définitive de la reprise de l'activité.
Pour les membres de la coordination des intermittents et précaires de Midi-Pyrénées, c'est tout le milieu culturel qui va être longuement impacté par les conséquences du confinement lié à la pandémie de Covid-19.

Nous demandons la mise en place par l'Etat d'un fonds de rattrapage, mais aussi l'abolition de la réforme des retraites qui devait entrer en application le 1er avril, et qu'il va falloir remettre à plat. Le secteur de la Culture en France ne pourra pas faire l'économie d'une réflexion de fond

analyse Benoît Sanchez, représentant du collectif en Aveyron et membre du syndicat SUD-culture.
Tous sont dans l'attente des décisions et des précisions que doivent apporter dans les prochaines semaines la ministre du travail Muriel Pénicaud, et Franck Riester, le ministre de la Culture.

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