Covid-19 : dans les écoles, "on va arriver aux vacances en traînant la patte, avec des cas qui vont se multiplier"

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Écrit par Marion Fontaine
Des enfants en école primaire qui portent un masque, le lundi 6 décembre 2021.
Des enfants en école primaire qui portent un masque, le lundi 6 décembre 2021. © JAMES ARTHUR GEKIERE / BELGA / MAXPPP

Un nouveau protocole sanitaire est entré en vigueur le 29 novembre 2021 dans les écoles maternelles et primaires. Après une semaine, les parents d'élèves et les syndicats d'enseignants soulignent ses limites, alors que le gouvernement va annoncer son durcissement dans la soirée du 6 décembre.

Tester pour ne pas fermer. Depuis le 29 novembre 2021, le gouvernement mise sur une nouvelle stratégie pour faire face à la cinquième vague de Covid-19 dans les écoles.

Une semaine après la mise en place de ce nouveau protocole sanitaire, lundi 6 décembre, les réactions sont plutôt mitigées du côté des parents comme des enseignants d'Occitanie. "On marche sur la tête, c'est du grand n'importe quoi", fustige Xavier Mouchard, co-secrétaire départemental du syndicat FSU Haute-Garonne.

Pharmacies et laboratoires saturés

Auparavant, la règle était la suivante : dès qu'un élève est atteint du Covid-19, sa classe est fermée pour sept jours. Désormais, si un élève est malade, la classe n'est plus systématiquement fermée. Ses camarades peuvent revenir à l'école s'ils fournissent un test PCR ou antigénique négatif. 

À l'école primaire Claude Nougaro d'Albi, dans le Tarn, "des enfants ont été déclarés positifs samedi", explique Cécile*, mère de deux enfants. Des messages ont été envoyés sur la plateforme de l'école et par mail pour avertir les parents. Lundi 6 décembre, devant les grilles de l'école, "beaucoup de parents n'avaient pas vu ces messages et n'ont donc pas fait tester leurs enfants. Ils ont dû repartir avec eux. Certains comprenaient, mais d'autres étaient en colère". 

Elle rappelle que, le dimanche en urgence, "ce n'est pas facile de trouver des rendez-vous pour des tests". Plus généralement, "ce n'est pas simple en ce moment, avec l'augmentation des cas chez les enfants. Les pharmacies et les laboratoires sont surmenés".  

Lorsqu'un cas est détecté dans une classe, deux modalités sont possibles : soit un laboratoire vient effectuer les tests, soit les parents vont faire tester leurs enfants. Or, "l'administration n'est pas réactive", souffle Xavier Mouchard. "Il y a tellement de cas partout que les laboratoires ne peuvent pas suivre". Ainsi, il faut parfois plusieurs jours avant que la campagne de dépistage ne se fasse, ce qui laisse le temps au Covid-19 de se propager. 

Et le délai peut même s'allonger jusqu'à paraître ridiculement long. À la maternelle Marie et Pierre Curie de Toulouse, "ce dépistage va être mis en place le 16 décembre, soit la veille des vacances scolaires" et deux semaines après l'apparition des premiers cas de Covid-19, s'indigne Jenny Delher, parent d'élève et représentante FCPE. 

Flambée de cas chez les 3-10 ans

Si les cas graves de Covid-19 sont moins fréquents chez les enfants, la cinquième vague épidémique les touche particulièrement – d'autant plus que les moins de 12 ans, à part certaines exceptions, ne sont pas encore concernés par la vaccination.

En seulement quelques semaines, les contaminations ont fortement augmenté. En Occitanie, la semaine du 26 novembre, le taux d'incidence est de 1 055 nouveaux cas pour 100 000 enfants âgés de 6 à 10 ans (il était de 571 la semaine dernière). 

Pour qu'une classe ferme, selon le nouveau protocole sanitaire, il faut attendre que trois cas se déclarent sur une période de sept jours au sein de celle-ci. Le 26 novembre, dans l'académie de Toulouse, 370 classes d'écoles maternelles et de primaires, ainsi que 8 de collèges, étaient fermées, expliquait à France bleu Occitanie, le recteur Mostapha Fourar. 

Plus récemment, à Figeac dans le Lot, le préfet a même ordonné la fermeture de l'école maternelle Jeanne d'Arc, après que cinq membres du personnel et onze élèves ont été testés positifs au Covid-19 ce lundi 6 décembre, indique La Dépêche

Pour Xavier Mouchard, revenir à l'ancien protocole sanitaire serait peut-être une solution : "On ferme la classe, on laisse le temps aux élèves de se faire tester et, si les tests sont négatifs, les élèves peuvent revenir"

Nous sommes pour l'ouverture des classes, mais face à la montée en puissance du Covid, on aurait préféré rester à la fermeture dès le premier cas de Covid-19.

Xavier Mouchard, co-secrétaire départemental FSU Haute-Garonne

À cela s'ajoute un autre problème : il n'y a pas que les élèves qui contractent le Covid-19. Et, face à la pénurie de professeurs, les instituteurs malades ne sont parfois pas remplacés. "Au FSU, nous avons des appels tous les jours de collègues qui se retrouvent sans enseignant", grince Xavier Mouchard. 

À l'école maternelle Marie et Pierre Curie de Toulouse, lundi 6 décembre, "quatre maîtresses sur six et trois ATSEM sont en arrêt maladie à cause du Covid", note Jenny Delher. Pour l'heure, aucune institutrice n'a été remplacée. Résultat : les enseignants "font ce qu'ils peuvent" et les élèves sont "dispatchés" dans les classes encore ouvertes. 

"C'est le lot commun de pas mal d'écoles du département", déplore Xavier Mouchard. Il cite notamment le cas d'une école du quartier toulousain de La Daurade où, à cause du manque d'instituteurs, "il y a neuf élèves de plus par classe"

Chez les instituteurs, "ça craque de partout"

Cécile ajoute que la classe de ses deux enfants scolarisés à l'école Claude Nougaro, "se mélange avec d'autres classes pour des activités deux-trois fois par semaine, et partage la même cour""La limitation du brassage entre élèves de groupes différents (classe, groupe de classes ou niveau) est requise", écrit pourtant le ministère de l'Éducation sur son site Internet

On nous a imposé un dispositif que nous ne pouvons même pas respecter.

Xavier Mouchard, co-secrétaire départemental FSU Haute-Garonne

Devant des protocoles sanitaires "qui changent sans cesse", "on est fatigué", regrette le co-secrétaire départemental du FSU. "Tout ça pèse sur les équipes. Ça craque de partout, les gens ont les larmes aux yeux."

Le Premier ministre Jean Castex et le ministre de la Santé Olivier Véran ont pris la parole à 19 heures, lundi 6 décembre, à l'issue d'un Conseil de défense sanitaire. Selon franceinfo, ils devraient annoncer le renforcement du protocole sanitaire, qui va passer au niveau 3, qui prévoit notamment l'obligation du port du masque pour les élèves et le personnel en intérieur et en extérieur. 

Xavier Mouchard est désabusé. Il n'attend rien de cette allocution. "On se sent méprisé, pas du tout écouté. On va arriver aux vacances de Noël en traînant la patte, avec des cas de Covid qui vont se multiplier".    

*le prénom a été modifié

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