Face à l'obligation vaccinale, la directrice adjointe du CHU de Toulouse veut préserver l'offre de soin et le collectif

Depuis ce 15 septembre 2021, les 16 000 agents du CHU de Toulouse doivent être en conformité avec la loi. Sans un schéma vaccinal complet ou au moins une dose, le personnel ne peut travailler. Anne Ferrer, la directrice adjointe du CHU fait le point sur la vaccination anti-Covid et les effectifs.
Le CHU de Toulouse face à l'obligation vaccinale : la situation de 1385 agents reste à clarifier
Le CHU de Toulouse face à l'obligation vaccinale : la situation de 1385 agents reste à clarifier © Xavier de Fenoyl via Maxppp

Le sujet est sensible, presque tabou et soulève nombre de questions. Qu'en est-il de la vaccination des personnels des hôpitaux et des cliniques ? Que se passe-t-il si un agent se présente sans un schéma vaccinal complet ? Comment vont s'organiser les services déjà à flux tendu avec moins de personnel ? Cela va t-il impacter l'offre de soins ? La directrice adjointe du CHU de Toulouse, Anne Ferrer, nous répond.

Des discussions et des menaces

Depuis plusieurs semaines, les cadres et le service des Ressources Humaines du CHU de Toulouse ne chôment pas. Depuis la loi du 5 août 2021, l’obligation vaccinale des personnes travaillant dans les secteurs sanitaire, social et médico-social est prévue à partir du 15 septembre. Jusqu'à présent, un simple test PCR pouvait suffire pour prendre son poste. Depuis ce 15 septembre, ce n'est plus possible. "Depuis plusieurs semaines, nous alertons sur cette obligation, nous discutons avec les agents... Je dois dire que les cadres ont fait un travail formidable, dans une période très compliquée." Anne Ferrer avoue ne pas trop lire les commentaires des anti-vax sur les réseaux sociaux, mais avoir reçu des menaces. 

Le point en date du 15 septembre

Ce mercredi matin, 92,56% du personnel est totalement vacciné selon la direction. Beaucoup se sont faits vacciner à la dernière minute.

108 agents ont déclaré ne pas vouloir se faire vacciner parmi les soignants, 8 au sein du service logistique et 11 sur le pôle administratif.

Anne Ferrer, directrice adjointe du CHU de Toulouse

Pas facile de faire un point précis. Certains agents sont en arrêt maladie (plusieurs centaines selon la direction). Et le CHU compte beaucoup de médecins libéraux qui exercent à l'hôpital occasionnellement et qui ne sont pas encore revenus travailler... D'autres sont partis dans les départements et territoires d'Outre-mer. Concrètement, la situation de 1385 agents reste à clarifier, soit plus de 8% du personnel. 

Suspension immédiate et privation du salaire

Pour toute personne ne présentant pas un schéma vaccinal complet se présentant au CHU, la sanction est immédiate : l'agent ne peut plus accéder à son poste de travail, il est suspendu et il ne perçoit plus son salaire. C'est déjà le cas depuis fin août pour 6 personnes au CHU toulousain qui n'ont pas voulu présenter un test PCR : 1 médecin a démissionné, 1 interne et 4 personnel non médicaux ont été suspendus. "Nous ne ferons aucune entorse au règlement, c'est la loi. Mais il y a toujours du dialogue. Ils sont reçus par les cadres, ils ont un temps pour réfléchir. Ils sont suspendus mais reconvoqués dans les 3 jours. Là, ils ont le choix entre se mettre en conformité avant le 15 octobre ou de démissionner. "

Une commission des retours a été mise en place pour gérer ces difficultés. Si une personne est suspendue, elle perd son salaire jusqu'à son retour avec un schéma vaccinal complet ou bien elle doit démissionner. Sur les 1385 agents qui sont encore dans le flou, tous ne prendront pas cette voie radicale. Selon Santé Publique France, environ 2% des agents des hôpitaux choisiraient de changer de vie.

Un impact sur l'offre de soin ?

L'obligation vaccinale vient rajouter une difficulté, là où le personnel soignant était déjà éreinté par des mois de lutte contre le coronavirus et le manque d'effectif. Même si les démissions se font rares, elles pourraient tout de même avoir un impact. "Pour cette semaine, l'offre de soin reste comme elle était prévue. Il n'y a pas de déprogrammation d'opérations, pas plus que de reports de soins et de consultations, assure Anne Ferrer. La situation avait été anticipée. Nous avons recruté des remplaçants."

Mais difficile de prédire l'avenir. Tout va dépendre de la fonction des personnes ne souhaitant plus travailler au CHU. S'il s'agit de métiers déjà à flux tendu (médecins, infirmiers...), les remplacements prendront du temps.  La directrice adjointe et ses cadres espèrent convaincre, afin que ces départs soient "les moins nombreux possible". Mais la situation est complexe. 

Si le pass sanitaire prend bien fin au 15 novembre, il va perdurer dans les hôpitaux et autres cliniques. Un agent qui démissionnerait du CHU de Toulouse ne pourra pas exercer ses fonctions ailleurs. À partir de ce 15 septembre, tous ceux qui n'ont pas au moins une dose -et à condition de faire la 2e avant le 15 octobre- ne peuvent plus travailler. De quoi déstabiliser certains services. "Nous faisons tout le nécessaire pour préserver l'offre de soin et le collectif", affirme Anne Ferrer. Les prochains jours risquent d'être cruciaux pour les hôpitaux et leurs usagers.

Selon les derniers chiffres fournis par l'ARS du 14 septembre, l'Occitanie compte 974 hospitalisations en cours (-93) dont 229 sur la Haute-Garonne. 5 091 personnes sont décédées dans les établissements de santé d'Occitanie suite au Covid.  

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