Fête de la musique 2024 : "Tant que j'ai l'amour de mon public, je continue" rencontre avec l'artiste Slim Paul

Slim Paul fait partie des artistes dont le talent n'est plus à démontrer. Le Toulousain ex-chanteur du groupe Scarecrow continue de distiller son blues rock avec sa guitare complice, tandis que sa voix rocailleuse poursuit l'ivresse. En concert pour la fête de la musique, il sera également le 5 juillet au festival Pause Guitare d'Albi. Entretien.

La silhouette longiligne, l'élégance naturelle, le regard qui interpelle, Slim Paul a marqué le paysage artistique toulousain mais aussi bien plus loin, notamment aux States où il a nourri sa musique. Car voilà, même s'il est blanc, sa musique c'est le blues. Enfin, pas vraiment car les influences sont multiples et sa création très riche. Rencontre avec un artiste attachant et au talent multiple qui sera sur scène pour la fête de la musique puis au festival Pause Guitare.

France 3 Occitanie : Après 2 albums avec Slim Paul trio, tu viens de sortir un nouveau single : "Your eyes on me"

Slim Paul : Ce titre, je l’ai écrit pour personne. Il y a du moi dans le premier couplet mais j’essaie que chacun puisse se l’approprier. 

Le son est un peu différent des 2 précédents albums car je travaille chez moi avec la MAO (musique assistée par ordinateur), le son est moins organique. Je fais les beats et la basse sur ordi mais quand je chante ou que je joue guitare, je garde l'esprit live. Mon blues a toujours été ouvert, aéré. La MAO rend le son plus moderne, se rapprochant plus du hip-hop et de la musique électro. On est en train d'enregistrer un deuxième single, il est mortel, tellement frais dans la tête.

France 3 Occitanie : Du coup tu sors des singles et il y aura un album plus tard?

Slim Paul : L'album est en projet mais il y a la conjoncture. Je ne peux pas refaire comme avant avec de gros studios, de gros moyens, un label. Pour ce troisième album, j'ai compris que c’était compliqué. À mon grand dam, je vais difficilement pouvoir presser des CD, vinyles. La musique se consomme désormais par internet et sur plateforme de streaming. Je vais donc sortir une série de singles que je regrouperai plus tard dans une galette. L'avantage : chaque single est mis en avant avec  un clip. Ça me permet d’avoir de l’actu toute l’année. J’ai toujours travaillé morceau par morceau. C'est vrai que dans un album, chaque morceau fait partie d’un tout. À part ça, ce processus ne change pas grand-chose. J'enregistre à la maison et ensuite je vais au studio Backspin de Monestiés (Tarn). Il y aura 2 singles d’ici la fin de l'année.

France 3 Occitanie : Même pour quelqu'un comme toi qui remplit des salles, avec Slim Paul Trio ou Scarecrow auparavant, vivre de sa musique devient compliqué ?

Slim Paul : J'ai la chance de pouvoir faire des sorties de disque au Bikini, jouer au Metronum ou au Bijou. Je suis bien installé. Quand tu commences ce métier, tu sais que c’est compliqué. Les artistes sont peu nombreux à réussir, beaucoup plus à galérer. J’ai la chance de faire le métier que j’aime, vivre ma passion et d’avoir des gens qui achètent ma musique. Ensuite, c’est cyclique. J’ai connu des périodes plus fastes. Je démarche des boîtes de prod pour travailler. Beaucoup ont kifé mais certains me disent qu'ils sont incapables de vendre Slim Paul en France ! Pourquoi ? Beaucoup considèrent que c’est une niche. Je ne perds pas espoir de tomber sur la personne qui saura me comprendre, comment me vendre correctement, qui comprendra le projet pour m’amener un peu plus loin. J'ai pas mal de refus en France. J’ai eu quand même des belles années au début de Slim Paul trio. Désormais c'est plus calme. Je m’adapte, j’attends que la roue tourne. Tant que j’ai l’amour de mon public, je continue.

France 3 Occitanie : Dans Scarecrow ou avec Slim Paul Trio, tu fais l'acteur dans tes clips. On voit que tu y prends du plaisir...

Slim Paul :  Oui, j'invite les gens à aller mater mes clips! Acteur c'est un autre pan de mon métier et je crois que j'ai un peu progressé (rires). J’ai envie de pouvoir me regarder et dire : ça va. J’écris les clips. Je délègue pour la réalisation mais le résultat est très proche du travail initial. Tout est une question d'idées. C'est comme dans ma musique, j'essaie de diversifier. C'est toujours ma force de travailler avec beaucoup de musiciens, de ne pas m’enfermer dans le Slim Paul. J’ai agrandi le cercle avec Lorenzo Luciani le batteur de Scarecrow, je fais des featuring avec plein d'artistes. Je travaille avec Al’Tarba un producteur du hip-hop renommé, j'invite le rappeur LMA... Avec toujours beaucoup de hip-hop, c'est la musique qui me motive, me maintient dans un éveil au groove. Il y a deux versants dans ma musique : l'émotion, le calme, la plénitude et de l’autre, le groove dansant. J'adore aussi les cuivres. C’est bonnard de jouer en live avec des cuivres. Ça donne une couleur particulière. Ça me parle beaucoup.

France 3 Occitanie : Justement même si ta photo actuelle est en noir et blanc, ta musique est très colorée, métissée. Quelles sont tes influences ?

Slim Paul : Le blues est le ciment de ma musique, là dont tout part. C'est naturel d’avoir une sonorité blues mais encore une fois, je ne veux pas m’enfermer. Je fais la musique qui me vient. Je ne veux pas respecter les codes voire même je veux les péter. Sinon, j’écoute beaucoup de choses : Pink Floyd c'est pour moi le plus grand groupe, surtout la période psyché des années 70, avec la liberté de faire des morceaux de 20 minutes où tu t'ennuies jamais... Les Beatles aussi.

Cover plutôt dark side de ce titre des Beatles : "Taxman"

Côté blues, il y a les maîtres : Blind Willie Johnson, Robert Johnson, John Lee Hooker, BB King, Mudy Waters... J'écoute pas mal de musique africaine, du Bénin ou de la Côte d’Ivoire. C'est très inspirant vocalement, une autre manière d’amener l’émotion. J'adore Fiac Sy, il va collaborer sur un prochain single, Chiwoniso ou des plus connus comme Boubacar Traoré ou Myriam Makeba.

France 3 Occitanie : Tes textes sont surtout en anglais même si tu as chanté en français avec Scarecrow. C'est ta musique qui veut ça ?

Slim Paul : Je n’ai plus peur du français! Je me cachais souvent derrière une langue étrangère ou derrière ma guitare. Maintenant j'assume. J'écris en anglais car je le fais depuis 20 ans. Depuis mon enfance, j'écoute de la musique anglophone : James Broxn, Ray Charles. C'est vrai que je raconte beaucoup d’histoires d’amour mais Scarecrow balançait pas mal. J’ai parlé de santé mentale, de solitude, de société et je continue. Je suis un témoin. Je prends mes histoires persos -ou ce qui m’a choqué- et je fais réagir. J’essaie de le tourner de manière universelle : ce que je vis n’est pas éloigné de ce que vit mon voisin.

France 3 Occitanie : Tu es un artiste qui s'éclate aussi sur scène. Tu maîtrises grave...

Slim Paul : Même s'il y a encore ma timidité, je me cache moins derrière ma gratte ! Là je vais faire Pause Guitare à Albi (Tarn) le 5 juillet avec Slim Paul trio. Puis je vais aller faire 3 jours en Hongrie avec Tom Turtle aux percussions. J'ai la chance d'être demandé à l'étranger mais Albi, le Tarn, la région Occitanie en général, c'est top. Il y a des festivals, des assos qui se bougent, on vit bien, avec un bon public. Il y a ce mood que je retrouve aussi en Bretagne.

Slim Paul live au festival Ecaussystème de Gignac (Lot) en 2022



France 3 Occitanie : Un kif que tu voudrais faire ?

Slim Paul :  J'ai pas mal de fantasmes mais le grand kif serait d'avoir un big band, sur une belle scène, avec des cordes, des cuivres, une chorale. Pas forcément une guitare et rendre hommage à Ray Charles.

Merci Paul. Vous pouvez retrouver d'autres articles sur les artistes d'Occitanie en cliquant sur ce lien.

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