L'inquiétude des étudiants toulousains de médecine face aux nouvelles modalités du concours de fin de première année

En pleine crise sanitaire liée au Coronavirus, les étudiants en médecine voient les modalités de leurs concours changer. Ce dernier aura lieu en présentiel, au mois de juin, mais les épreuves sont largement diminuées. 

Des milliers d'étudiants en première année de médecine vont se regrouper dans des parcs des expositions et autres salles d'examen au mois de juin pour passer leur concours final.
Des milliers d'étudiants en première année de médecine vont se regrouper dans des parcs des expositions et autres salles d'examen au mois de juin pour passer leur concours final. © Maxppp / Cedric JACQUOT
Ils sont le futur personnel soignant. Se battre contre des virus comme le coronavirus fera partie de leur quotidien. Pour l'instant, les étudiants en médecine sont inquiets pour leur propre santé physique et morale. 

Clotilde est étudiante en première année de médecine à Toulouse. Depuis sa rentrée scolaire au mois d'août, elle n'a cessé de réviser, d'apprendre. "14 heures par jour en moyenne", précise sa mère. C'est comme ça dans ce secteur d'étude, "même si on n'est pas du milieu, on en avait entendu parlé" raconte celle qui qualifie l'année scolaire en cours de terrifiante.  L'enjeu de la première année de médecine réside dans le concours national final : le PACES (Première année commune aux études de santé). Une partie de cet examen se déroule lors du premier semestre d'étude. Les étudiants assistent à trois mois de cours puis disposent d'un mois de révision. L'autre partie se déroule au deuxième semestre. Les épreuves auraient dû se dérouler en mai, mais le coronavirus a changé la donne. 

"Lâché par la fac"


A cause du Covid-19 et du confinement qui en a découlé, les étudiants en première année de médecine n'ont eu que deux mois de cours. "Et on a été complètement lâchés par la fac, aucun cours en ligne, rien..." raconte Clotilde qui se réjouit de l'aide du tutorat. Chaque étudiant en première année est suivi par un autre d'une année supérieur qui l'aide. "On a obtenu des informations grâce à nos tuteurs, la fac, elle, ne nous a envoyé que deux mails". Deux mois de cours donc, et trois pour réviser.

On est perdu dans les révisions, elles n'ont plus de sens. C'est difficile de rester concentrer et de garder l'objectif en tête. Les dernières vacances qu'on a eu remontent à janvier, rapporte la jeune femme âgée de 18 ans. 

"Ils acceptent des conditions d'étude que peu accepteraient" remarque sa mère qui se souvient que sa fille n'a même pas pris de pause pour le repas de noël cette année.

Concours basé sur la chance


La semaine dernière Clotilde a eu connaissance des nouvelles modalités du PACES, son concours finale pour passer en deuxième année. "C'était l'effondrement" se souvient sa mère, "cette promotion se sent sacrifiée !"

Tout ce que l'étudiante apprend par coeur depuis trois mois, 400 pages, sera évalué dans une seule et même épreuve. En temps normal, chaque matière est évaluée sur une heure de QCM en moyenne. Cette fois, toutes les matières seront réunies dans une quarantaine de QCM à compléter en une heure trente. Le contrôle portera donc sur une infime partie du cours étudié. Pour Clotilde, ses connaissances ne seront pas jugées à leur valeur.

Selon elle, la meilleure solution serait de prendre en compte seulement les résultats du premier semestre, "beaucoup plus représentatifs du travail fourni". 

Inégalité des chances


"On avait pas les moyens de lui payer une prépa privée", explique la mère de Clotilde. Si l'étudiante toulousaine affirme recevoir peu d'informations de la part de son université, elle constate que ceux qui suivent des prépas payantes sont mieux préparés, creusant encore plus les inégalités : "les profs leur envoie des cours, et des QCM pour se préparer à cette nouvelle épreuve" raconte Clotilde. L'étudiante avait pour habitude de travailler au calme, dans des bibliothèques universitaires. "Elle a tenu un temps son rythme", raconte sa mère, "mais c'est très compliqué sans prépa, elle n'a aucune donnée d’organisation de cours".

Fuite des épreuves en janvier, réforme, coronavirus ... l'année scolaire qu'est en train de passer Clotilde lui procure un "état de stress fou" explique sa mère.

Gestes barrières

Ce qui inquiète le plus Clotilde (et sa mère), ce sont les conditions sanitaires dans lesquelles elle va passer son concours. "à 1 000 dans une salle alors que les rassemblements de plus de 10 personnes sont interdits. On nous met en danger!" Et de reprendre : "Et comment on va attendre devant le parc des exposition ? On fera une queue de 1 kilomètre de long pour respecter la distanciation ?"

On lui demande de ne pas voir ses camarades pour ensuite leur dire d’aller à un concours. C'est aberrant, ça n'a pas de sens ! s'exclame sa mère. 

Pour elle, le PACES devrait se dérouler en ligne, comme pour les épreuves d'autres domaines d'étude.  Une pétition en ligne a été lancée afin d’obtenir une modification des modalités du concours.
 
La réponse d'Elie Serrano, doyen de la faculté de médecine de Rangueil
Dans un mail qui nous a été adressé, Elie Serrano, Doyen de la Faculté de Rangueil, a souhaité apporter des précisions au sujet du concours PACES :

"En cette situation de crise sanitaire sans précèdent, l'organisation de la deuxième partie des épreuves du concours PACES pose de multiples interrogations et suscite de vives inquiétudes chez les étudiantes et les étudiants présentant le concours cette année. Nous comprenons ces inquiétudes bien légitimes et faisons tout ce qui est nécessaire pour que ces épreuves puissent se dérouler.
Les conditions sanitaires imposent des mesures exceptionnelles afin de garantir la sécurité des étudiants, ainsi que celle des personnels administratifs et enseignants.
Ainsi, nous devons concilier la faisabilité du concours et la sécurité de toutes et tous.
Comme beaucoup d’universités, ces fortes contraintes nous ont conduits à adapter fortement les modalités de contrôle des connaissances, et force est de constater que les contraintes organisationnelles prennent le pas sur les contraintes pédagogiques.
Par exemple, le report des épreuves ayant réduit de deux semaines le délai de traitement des résultats, d’affectation par filières des trois concours toulousains et de publication des résultats, la réduction du nombre d’épreuves s’est imposée pour ne pas différer au 30 août la publication des résultats. La gestion en toute sécurité du flux des 900 étudiants par jour sur le site du parc des expositions de Toulouse, a quant à elle imposé la réduction de la durée des épreuves.
Nous sommes actuellement dans l’attente de la réponse du ministère à une demande de modifications des coefficients du second semestre, écourté par le confinement.
Dans l’attente, et à l’écoute, des nouvelles directives ministérielles en la matière, nous œuvrons à la mise en place de la meilleure des solutions possibles pour assurer la tenue de ces épreuves.
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