" Je ne suis pas intimidée mais édifiée" : le témoignage du Dr Oudet, victime de cyberharcèlement par des antivax

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Alors que la justice s'apprête à juger 8 membres d'un groupe antivax pour harcèlement moral en ligne, nous nous sommes entretenus avec le Dr Julie Oudet. Cette urgentiste au CHU Purpan est très active sur les réseaux sociaux et fait régulièrement l'objet de messages haineux.

Julie Oudet officie au pôle de médecine d'urgence au CHU Purpan à Toulouse et s'est vu confier l'organisation du vaccinodrome de la ville rose. Depuis deux ans, elle vit en première ligne la crise du Covid et relaie régulièrement ce quotidien sur les réseaux sociaux. Une réalité qui n'est visiblement pas au goût de certains internautes. Messages haineux, commentaires d'intimidation, elle nous raconte comment des groupes antivax tentent de la faire taire sur la toile. 

Quand avez-vous commencé à être harcelée sur les réseaux sociaux ?

Je suis à l'aise avec les réseaux sociaux et y suis active depuis plusieurs années. La première fois que j'ai eu à affaire à des commentaires malveillants c'est lorsque j'ai publié un tweet où j'estimais qu'il fallait être prudent sur la prétendue efficacité de la chloroquine pour traiter le covid.

Dans les services de réanimation on a souvent des patients qui font des intoxications à cette molécule, je craignais donc que cet emballement fasse plus de mal que de bien. 

Quels types de messages ou de commentaires avez-vous alors reçus ? 

C'est souvent le même type d'attaques depuis le début de la pandémie. D'abord le tutoiement est systématique et le paternalisme aussi.  "Ma petite tu ferais mieux de soigner tes patients plutôt que d'être sur twitter". Cette phrase est un grand classique.

Lorsque je publie un message pour évoquer la situation en réanimation, à savoir la très grande majorité des non-vaccinés qui occupent les lits, beaucoup commentent par des "Vous nous empoisonnez avec vos vaccins". 

Mais il y a surtout les intimidations et les menaces. " On va te faire ceci, ou tu vas subir cela. Vous serez tous tondus et condamnés à mort lorsque le peuple aura repris le pouvoir." J'ai même été menacée de viol plusieurs fois ! 

Un jour j'ai reçu des milliers de commentaires haineux en quelques minutes après qu'un site antivax ait relayé un de mes tweets. 

Malgré ces menaces vous continuez pourtant de publier très régulièrement des contenus liés à la crise sanitaire. Vous ne craignez pas pour votre sécurité?  

Non, je n'ai pas peur. D'abord il faut savoir que la moitié de ces messages sont envoyés automatiquement par des ordinateurs. Derrière ces algorithmes, ce sont des groupes antivax qui veulent faire le plus de bruit possible et galvaniser leur public. 

Je ne suis pas intimidée mais plutôt édifiée par leur façon de refuser le débat. Ils n'ont aucun argument. Au contraire, moi j'estime que mes tweets sont des arguments de fond. 

Ensuite, je pense que ça n'est pas moi qu'ils visent personnellement mais le message que je porte. 

Je fais donc en sorte que leur haine me passe au dessus.

Ce qui ne me passe pas au dessus en revanche, c'est la détresse des patients en réanimation qui regrettent de ne pas s'être fait vacciner. 

Je continuerai donc à exposer mon point de vue. Les réseaux sociaux sont une sorte de place publique ouverte au débat et je n'ai pas l'intention d'y chuchoter.