Le Traité sur la Tolérance de Voltaire, succès littéraire depuis les attentats, est inspiré d'un fait divers... toulousain

Depuis le 11 janvier, le Traité sur la tolérance écrit par Voltaire est le carton littéraire du début d'année. Ce que l'on sait moins, c'est qu'à l'origine de ce livre, on trouve un fait divers toulousain, l'affaire Calas.

5000 livres vendus dans toute la France dans les deux jours qui ont suivi la manifestation du 11 janvier… 20 000 exemplaires réimprimés en urgence pour approvisionner les librairies en rupture de stock… Le Traité sur la Tolérance, écrit par Voltaire il y a plus de 250 ans, est devenu un des phénomènes littéraires de ce début d’année. Brandi par certains manifestants lors des marches qui ont suivi les attentats qui ont ensanglanté Paris, ce petit recueil philosophique a pour point de départ un fait divers qui a marqué la vie des Toulousains dans la deuxième moitié du 18ème siècle : la mort de Jean Calas.



Jean Calas mis à mort

Le 10 mars 1762, ce marchand d’étoffe de religion protestante est roué, torturé et brûlé vif  devant une immense foule, place St Georges, à Toulouse. Quelques mois plus tôt, son fils Marc-Antoine avait été retrouvé mort étranglé dans la maison familiale, au 50 rue des Filatiers. Ce dernier voulant se convertir au catholicisme, la famille Calas présente le soir du drame est accusée de l’avoir tué…

La version des Calas est certes confuse. Ils reconnaissent avoir maquillé ce qui était un suicide pour dettes de jeu en meurtre par un inconnu, pour épargner à Marc-Antoine le sort terrible réservé à l’époque aux suicidés : ils étaient alors « traînés sur la claie », c'est-à-dire tirés par une charrette face contre terre pour être jeté aux ordures.

Mais pour les enquêteurs de l’époque, la cause est entendue. C’est bien la seule volonté du fils  de changer de religion qui est la cause de son assassinat… S’en suit  une enquête à charge, puis un procès à l’issue duquel le Parlement de Toulouse décide la condamnation à mort par étranglement de Jean Calas.


Voltaire se saisit de l'affaire

Après la mort atroce  de son père, un des autres fils Calas doit s’exiler. Il rencontre alors Voltaire installé en Suisse, qui s’empare de l’affaire et décide de publier, en 1763, son Traité sur la Tolérance à l’occasion de la mort de Jean Calas. En une série de chapitres où l’on retrouve l’érudition, la verve et l’ironie mordante de l’auteur de Candide quand il s’agit de guerres de religion, Voltaire plaide pour le respect des croyances et l’esprit de tolérance entre les hommes. L’ouvrage fait le tour de l’Europe, il devient un symbole de la pensée philosophique du siècle des Lumières. Et il permet la révision du procès de Jean Calas, un conseil du roi Louis XV cassant alors l’arrêt de condamnation du Parlement de Toulouse.


Que reste-t-il de l'affaire Calas ?

Aujourd’hui, quelques traces de ce fait divers subsistent dans les rues de Toulouse. Le petit square pour enfants de la place Saint-Georges a pris le nom de Jean Calas. Une plaque rappelle l’endroit où le marchand protestant fut exécuté. La maison du 50 rue des Filatiers est, elle, désormais classée  sous le nom de Maison Calas. Une partie du bâtiment, fait d’appartements ou de caves voûtées si typique du vieux-Toulouse, est toujours habitée. Un local commercial de plus de 300 mètres carrés, située au rez-de-chaussée,  est lui inutilisé.

Une association, dénommée « Jean Calas, l’Europe nous regarde »,  présidée par un ancien professeur d’histoire, cherche à convaincre les collectivités territoriales de l’acquérir pour en faire un espace de connaissance, de réflexion et de rencontres autour de la laïcité et de l’esprit de tolérance. Les bénévoles qui l’animent  espèrent très prochainement refaire la lumière sur ce projet.

Ils attendent, le 9 mars prochain, la venue de plusieurs personnalités, dont Robert Badinter et de Jean-Louis Bianco, président de l’observatoire de la laïcité, à l’occasion du 250ème anniversaire de la réhabilitation de Jean Calas et de sa famille.